Puis, de nouveau, je redeviens son ennemi
2iO LE CHAT ET LE RAT
Vois l'inconstance de l'amitié. Nous sommes restés unis aussi longtemps qu'a duré la raison (de notre affection réciproque).
162. Celle-ci a eu pour cause une circonstance spéciale, grâce à laquelle tu es devenu mon ami, toi qui es mon ennemi-né.
i63. Le motif (de notre amitié) ayant disparu, notre inimitié naturelle revient. Je suis profondément versé dans la connaissance des préceptes qui concernent la conduite à tenir;
164. Dès lors, serais-je entré dans le filet à cause de toi, dis? Tu as pu me délivrer, j'ai pu (te sauver) à mon tour.
i65. Ce service réciproque étant rendu, il n'y a pas de raison pour que nous prolongions notre alliance. Tu as atteint ton but, ô mon cher, et moi (le mien).
166. Désormais, je ne puis t'être utile qu'en qualité d'aliment. Je suis une proie pour toi ; de plus je suis faible et tu es puissant.
167. Il ne peut pas y avoir d'alliance entre nous, dans des conditions si dissemblables. Je saisis ton plan. Délivré (d'un premier péril),
168. Maintenant tu désires faire de moi ta proie par quelque heureux stratagème. Ce fut la faim
qui te fit tomber dans le piège. Tu en es sorti, mais la faim te tourmente (toujours).
169. Te fiant sur l'habileté acquise par (l'étude) des castras, tu désires maintenant te repaître de mes membres. Je te sais affamé et voici pour toi l'heure de dîner ;
170. Tu cherches à manger et c'est sur moi que tu comptes. Voilà comment toi, qui as femme et enfants, tu désires faire alliance avec moi.
171. Tu t'efforces de m'inspirer confiance ; mon cher, c'est impossible. S'ils me voient avec toi, ta tendre épouse et tes enfants,
172. Comment ne deviendrai-je pas leur proie, à ces êtres qui te sont chers ? Non, je n'irai pas avec toi; il n'y a plus de raison de nous fréquenter.
173. Sois bien intentionné à mon égard, si tu es maître de toi et que tu songes au service (que je t'ai rendu). Lorsqu'un ennemi, animé de sentiments bas (et d'ailleurs) dans une situation critique,
174. Cherche à apaiser la faim qui le torture, qui donc, s'il est prudent, se livrerait à lui ? Porte-toi bien, je m'en vais, tu m'es suspect, même de loin.
175. Qu'il soit le résultat de la confiance ou de rétourderie, le contact (du faible) avec le fort n'est jamais louable.
176. Je n'irai point près de toi, n'insiste pas, ô Lomaça. Si tu estimes que je t'ai rendu service, donne cours à tes bons sentiments.
177. Même à l'abri du danger, je tremble devant un (plus) puissant (que moi). Si tu n'agis pas par égoïsme, dis-moi ce qu'il faut faire.
178. Je t'accorderai tout, hormis ma vie. Pour sauver sa vie on sacrifie enfants, royaume, bijoux, richesses.
179. On abandonne tout pour conserver l'existence. (Du reste), l'empire, les richesses, les joyaux que l'on a cédés à un ennemi,
180. Peuvent être reconquis, tant que l'on existe, dit-on. Mais abandonner sa vie, comme (on abandonne) ses biens et ses joyaux, n'est point désirable.
181. On doit donc tout sacrifier pour sauver ses jours, même ses femmes, même ses richesses. Ceux qui sont préoccupés de leur sauvegarde personnelle, qui s'entourent des plus grandes précautions,