‹ Légendes révolutionnaires (volume 2)Chapitre 66 sur 81 · Que les moyens d'existence sur la terre sont · texte numérisé non relu

Que les moyens d'existence sur la terre sont

complètement à la merci des voleurs ; lorsqu'est venu ce temps calamiteux, comment peut vivre le Brahmane ?

7. Comment, alors qu'il ne veut pas, dans sa compassion pour eux, abandonner ses fils et ses petits-fils, se soutiendra-t-il au milieu de ces maux, dis-le-moi, ô mon royal aïeul ?

8. Comment le roi agira-t-il, si le monde devient impur ? Comment s'y prendra-t-il pour ne point s'écarter du Profit, ni du Devoir ?

9. Bhîshma dit : O héros, la paix et la prospérité (4) des sujets, les pluies abondantes, les maladies, la mort, les périls, tout dépend du roi.

10. Les âges Krita, Tretâ, Dvàpara et Kali, ô taureau des Bhâratas, dépendent du roi; c'est ma conviction: il n'y a pas de doute à ce sujet (5).

1 1 . Lorsqu'arrive pour les peuples ces temps de calamité (dont tu parles), il faut vivre d'une façon conforme à la sagesse.

12. On raconte un itihâsa très ancien h ce sujet: c'est l'entretien de Viçvâmitra et d'un Candâla, dans la cabane de celui-ci.

i3. A la tin du Tretâ, au commencement du Dvâpara (6), de par la volonté des Dieux, une se-

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cheresse terrible affligea la terre, durant douze années.

14. La fin de Texistence étant arrivée pour les êtres fort âgés, alors que le Tretâ se terminait et que le Dvâpara commençait,

i5. Le Dieu aux mille yeux (7) ne fit pas tomber la pluie; le Gourou (8) revint sur ses pas, et Soma, quittant son orbite, s*élança dans la direction du sud.

16. Il ne bruina même pas, à plus forte raison n'y eut-il point d*averses; les rivières, leurs eaux étant desséchées, disparurent.

17. Les étangs, les ruisseaux, les fontaines, les sources, leur beauté détruite, ne parurent plus, en vertu de Tordre de choses établi par les Dieux.

18. L'eau étant devenue presque introuvable, les puits publics furent fermés (9), les sacrifices et la récitation du Véda cessèrent; on ne prononça plus le mot vashat (10) j et les rites propitiatoires ne furent plus accomplis.

19. L'agriculture fut abandonnée de même que le soin des troupeaux; les ventes et les achats furent interrompus ; les poteaux (11) furent arrachés

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en grand nombre; les principales solennités (ellesmêmes), ne furent plus chômées des Brahmanes.

20. (De toutes parts), on voyait des monceaux d'ossements; on entendait les cris de bêtes monstrueuses (12); les villes autrefois les plus peuplées étaient désertes; les villages étaient incendiés.

2 1 . Les voleurs, les assassins, les mauvais roiS| la méfiance des uns à l'égard des autres, avaient mis en fuite les populations.

22. Les temples tombaient en ruines, les vieillards périssaient (misérablement) ; les vaches manquaient ainsi que les brebis et les buffles; les créatures se détruisaient en majeure partie les unes les autres.

23. Les Brahmanes étaient tués, la sécurité n'existait plus ; les plantes (i 3) se flétrissaient par monceaux; la terre avait l'aspect d'un cimetière immense.

24. Dans ce temps extrêmement calamiteux, la loi ayant péri,ô Yudhishthira, les êtres, poussés par la faim, se dévoraient les uns les autres.

25. Les Rishis, délaissant leurs observances, négligeant les feux sacrés, et les Dieux, désertant leurs ermitages sylvestres,erraient de tous côtés.

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26. Or, le bienheureux Viçvâmitra, grand et sage Rishi, allait çà et là, sans asile et mourant de faim.

27. Après avoir mis son épouse et son fils à Thospice, (il marchait au hasard), pareil à un homme qui ne sait point distinguer les aliments purs des aliments immondes (14); sans feu (i5), sans demeure.

28. Un jour qu'il errait de la sorte, il arriva dans un village, situé au milieu d'un bois ; il était habité par des Çvapacas, vivant de rapines et de meurtres.

29. On voyait partout des tessons, des couvertures faites de peaux de chiens, des ossements de sangliers et d'ânes, des tasses, des écuelles ;

30. Des lambeaux de vêtements, dépouilles de cadavres; des guirlandes de fleurs fanées (16); des huttes ornées, comme signes distinctifs, de peaux de serpents.

3i. On entendait des cris assourdissants de volailles, d'ânes, de mules et de gens qui se querellaient.

32. Çà et là, s'élevaient des temples, ornés d'étendards, représentant des oiseaux, tels que des hiboux ; tout retentissait du son des gongs

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et des hurlements de chiens errant par bandes.

33. Le grand Rishi Viçvâmitra entra (dans ce village), poussé par la faim, et chercha par tous moyens à se procurer de la nourriture.

34. Le fils de Kuçika eut beau mendier, il ne trouva rien, ni viande, ni riz, ni fruits, ni racines, ni quoi que ce soit.

35. Ma situation est affreuse, pensa le fils de Kuçika. Et il tomba, par terre, de faiblesse, au milieu de ce village de Candâlas.

36. Le Muni se demandait : Que faire ? Comment éviter la mort ? Voilà (ce qu'il se disait), ô excellent fils de Prithâ.

37. Aussitôt le Muni, ô prince, aperçut par terre, dans la maison d'un Candâla, une queue de chien, tué avec un couteau (17).

38. Alors il se dit : Il faut que je vole (ce morceau de chair), car je n'ai pas d'(autre) moyen de soutenir maintenant mon existence.

39. Dans les temps de détresse, le vol est autorisé, principalement (quand il s'agit) d'un homme de haute condition. Un Brahmane, pour soutenir sa vie, peut recourir au vol, c'est cer« tain.

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