‹ Légendes révolutionnaires (volume 2)Chapitre 68 sur 81 · Je suis Viçvâmitra, ô vénérable, je suis · texte numérisé non relu

Je suis Viçvâmitra, ô vénérable, je suis

entré (ici), poussé par la faim. Ne me tue pas, ô homme vertueux, puisque tu vois ma droiture.

48. Le Candâla, entendant la voix du grand et saint Rishi, s'élança tout ému de sa couche à sa rencontre.

49. Versant des larmes en faisant l'anjali, par honneur pour le fils de Kuçika, il lui dit :

Que viens-tu faire (ici), dans la nuit, ô Brahmane?

50. Viçvâmitra répondit doucement ( 1 9) au Candâla (20) : Accablé, mourant de faim, je désire m'emparer de cette queue de chien.

5i. La faim rend effronté; celui qui cherche à manger n'a plus de pudeur; le besoin m'incite au mal, je vais prendre cette queue de chien.

52. Mes souffles vitaux s'affaiblissent; ma science (des Védas) est rendue nulle par la faim; je suis sans force, sans discernement, je ne mets plus de différence entre les aliments purs et les aliments impurs.

53. Bien que je sache que c'est mal (21), je prendrai celte queue de chien, puisqu'après avoir erré dans votre village, je n'ai pu découvrir (d'autre) nourriture. '

54. Mon esprit étant porté au péché, je prendrai cette queue de chien. Agni est la bouche des Dieux (22); c'est leur prêtre, c'est le Seigneur, il ne peut supporter que ce qui est pur (et pourtant il mange de tout).

55. Comme lui, moi qui suis Brahmane, je puis manger de tout, d'après la loi, sache-le. — Le Candâla lui répondit : O grand Rishi, écoute :

56. Après avoir ouï la vérité, fais en sorte de ne point violer la loi. Cette loi qui te concerne, apprends-la, je vais te la dire.

57. Les sages nous enseignent que le chien est inférieur au chacal ; or, dans le chien, ce qu'il y a de plus infime, c'est la queue.

58. Il n'est pas convenable, ô grand Rishi, — la loi le défend, — de prendre à un Candâla surtout des viandes impures.

59. Avise à un autre moyen (qui soit) légitime de soutenir ton existence ; ne détruis pas, ô grand Muni, ton ascétisme (23), en touchant à (cette) viande.

60. Celui qui connaît clairement la loi ne doit point' confondre les devoirs (24) : ne transgresse

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donc point tes obligations ; tu es certes le meilleur des hommes de bien.

6i. A ces paroles, l'illustre muni Viçvâmitra, ô prince, taureau des Bhâratas, répondit de la façon suivante :

62. Il y a très longtemps que je cours ainsi privé de nourriture, et je ne vois pas comment je pourrai me sustenter.

63. Lorsqu'on est dans le dénûment, on doit par n'importe quel moyen soutenir sa vie ; mais, (ce n'est que) dans une situation normale qu'il faut observer la loi.

64. Le devoir des Kshatriyas est celui d'Indra ; le devoir des Brahmanes est celui d'Âgni ; le Véda est le guide ; c'est ma force ; je mangerai donc (cette viande) pour apaiser ma faim (25).

65. Ce qui est nécessaire à la vie, on le peut employer sans scrupule. L'existence vaut mieux que la mort ; le vivant (seul) peut accomplir la loi.

66. Comme je désire vivre, je me décide, après y avoir réfléchi, à manger cet aliment impur ; ne m'en empêche pas.

67. A force d'austérités, d'étude (des Védas), je retrouverai ma (première) vertu et je dissi-

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perai les ombres {de mon péché), comme les astres lumineux (chassent) un épais brouillard. 68. Le Çvapaca dit: En mangeant cetteviande tu n'obtiendras ni une longue maintien) de tes souffles vitaux de l'immortalité. Mendie d'autres aliments; ne ['obstiné pas à manger de la chair de chien; cette nourriture ne convient pas aux Deux-fois-

69. Viçvâmitra dit : Dans ma détinsse, ô Çvapaca, je ne trouve pas d'autre nourriture, et je n'ai pas d'argent(pour m'en procurer). Je meurs de faim, je ne puis plus me iratner; je suis sans espoir; je pense que, dans cet aliment, je trouverai les six (sortes) de saveur [16).

70. Le Çvapaca dit: Cinq sortes d'animaux h cinq griffes {17) peuvent servira l'alimentation du Brahmane, du Kshatriya et du Vaiçya. Telle est la règle Établie par les Védas, ne songe donc plus à ce mets immonde.

71. Viçvàmiiradit : Agasiya ayant faim mangea l'Asura Vàtàpi. Je suis dans le dénùment, je vais donc manger cette queue de chien.

71. Le Çvapaca dit: Cherche un autre alimeni; tu ne peux prendre celui-ci ; non, tune le

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dois pas; malgré ton envie, n'emporte pas cette queue de chien.

73. Viçvâmitra dit: Les sages font autorité en matière de loi ; je veux suivre leurs pratiques; j'estime cette queue de chien le meilleur des aliments purs.

74. Le Çvapaca dit : La conduite d'un homme dépravé ne (peut pas être considérée comme) l'éternel devoir. Ici-bas, il ne faut pas faire ce qu'il n'est pas permis de faire ; ne t'illusionne pas au point de commettre le mal.

75. Viçvâmitra dit: Ce que fait un Rishi ne peut être mal, ni blâmable (28). Or, je ne fais nulle différence entre un chien et une gazelle (29). Je puis manger cette queue,

76. Le Çvapaca dit : Ce Rishi (Agastya), n'ayant agi que (sur les instances) des Brahmanes et dans leur intérêt,n'outrepassa point les limites du devoir; où est le devoir, le péché ne saurait être; or, les gourous doivent être protégés par tous les moyens (3o).

77. Viçvâmitra dit: Je suis Brahmane et j'ai pour ami mon corps : je le soigne, je le révère en ce monde. C'est par désir de le sustenter que

j'ai voulu m'emparer de ce mets, sans craindre les brigands, tes pareils (3i).

78. Le Çvapaca dit : Les hommes qui abandonnent ici-bas l'existence, plutôt que de se nourrir d'aliments impurs, obtiennent (la satisfaction de) tous leurs désirs. Tu le sais : remplis donc ton vœu en domptant ton appétit.

79. Viçvâmitra dit: Ce (vœu) (32) procure, il est vrai, le bonheur, après la mort; mais, tant que l'on vit, il est un obstacle évident à (l'accomplissement des) œuvres (prescrites). Je suis de nouveau affermi dans le devoir; j'ai l'âme tranquille. Je dois protéger la racine (du devoir) et manger cet aliment immonde.

80. Pour celui qui a l'âme pure, manger de la viande de chien est certainement licite (33), (il n'en est pas ainsi) de l'esclave des sens. D'ailleurs, lors même que je douterais de la légitimité d'un tel acte, en le commettant, je ne cours aucun risque de me ravaler à ton rang.

Si. Le Çvapaca dit : Ce mal doit être empêché, tel est mon sentiment. Mais je suis un pervers, un trompeur, puisque, n'étant point brahmane, je (me permets de) te blâmer.

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