‹ Légendes révolutionnaires (volume 2)Chapitre 7 sur 81 · Dieu des Dieux, gardien des mondes, ô Go · texte numérisé non relu

Dieu des Dieux, gardien des mondes, ô Go

l8 LA VACHE DU BRAHMANB

vinda, suprême Purusha, ô Nârâyanaf Hrishikeça, toi dont la gloire est immaculée, qui lie «connais point la déchéance, qui es immuable,

28. Sois-moi propice au moment où j'entre dans la voie des Dieux, ô Krishna, mon Seigneur ; en quelque lieu où je sois, que toujours ma pensée s'attache à tes pieds !

2g. Salut à toi. Auteur de tout ce qui existe, Brahme à Ténergie sans limite ; salut à Krishna, à Vâsudeva, au maître des Yogas.

3o. — Ayant ainsi parlé, (Nriga) tourna respectueusement autour de Krishna, (puis, se prosternant), il lui toucha les pieds de son diadème. Congédié par le dieu, il monta, sous les yeux de tous, dans un char céleste d'une splendeur incomparable.

3i. Bhagavat, le fils de Devakî, Krishna qui honore les Brahmanes à Pégal des Dieux et qui est l'âme de la loi, dit à ceux qui l'entouraient, pour l'instruction des Kshatriyas :

32. Il est bien dur à digérer le bien (volé) aux Brahmanes, si peu qu'on en mange, même pour Agni, quelle que soit sa puissance; à plus forte raison pDur les rois qu'enivre leurgrandeur.

LA TACHE DU BRAHMANE I9

33. Ce qui est vénéneux, à mon avis, ce nVst point le hâlâhala^ puisquMl y a un contrepoison ; le bien (volé) aux Brahmanes, voilà le vrai poison auquel sur la terre on ne peut remédier.

34. Le poison ne tue que celui qui l'avale ; on éteint le feu avec de Peau ; le bien des Brahmanes, pareil au feu de Parani, détruit une famille radicalement.

33. Le bien qu^on enlève à un Brahmane, après lui avoir arraché son consentement, tue le ravisseur, son fils et son petit-fils; celui qu'on lui dérobe, en usant de violence ou d'autorité, cause la perte de vingt générations, dix en avant et dix en arrière.

36. Les rois,dans Taveuglement de leur dignité, ne s'aperçoivent pas qu'ils vont à leur perte, et qu'ils se damnent en convoitant le bien légitime des Brahmanes, tant ils sont insensés !

37. Autant de grains dépoussière sont amassés parles larmes que répandent, dans leur douleur, les Brahmanes instruits et chefs de famille,lorsqu'on les dépouille,

38. Autant d'années les rois et leurs gens, incapables de frein, cuisent dans les enfers,pour avoir

20 LA VACHB DU BRAHMANE

(ainsi) dérobé aux Brahmanes leurs possessions. 3g. Celui qui reprend à un Brahmane ce que lui ou un autre lui a donné pour vivre, renaîtra pendant soixante mille ans, dans Tordure, à Tétât de ver.

40. Puissé-je ne jamais détenir le bien d*un Brahmane ! Les princes qui le convoitent vivent peu de temps; (ils sont) vaincus, détrônés, et (à leur mort, ils renaissent) reptiles hideux.

41. Ne nuisez jamais à un Brahmane, même coupable, ô mes (serviteurs) ; qu'il vous batte ou qu'il vous maudisse odieusement, honorez-le toujours.

42. De même que je rends aux Brahmanes, au temps marqué (3), les hommages (qui leur sont dus), ainsi faites ; celui qui agit autrement, je le châtie.

43. Le bien enlevé à un Brahmane précipite en enfer celui qui le détient, même à son insu, comme la vache du Brahmane y précipita Nriga.

44. Ayant ainsi parlé aux habitants de Dvàrakâ, Bhagavat, Mukunda, qui purifie tous les mondes, rentra dans son palais.

LA VACHE DU BRAHMANE 21

NOTES

(i)Le roi Parîkshit^run des personnages les plus fameux de la mythologie purânique,

(2) Laksha et plus bas ayuta sont deux noms de nombre, ordinairement traduits, le premier par 100.000, le second par lo.ooo. Mais ici nous pensons qu*il faut intervertir Tordre dans lequel se présentent ces deux chiffres, puisque Nriga propose un laksha de vaches et que le second Brahmane lui répond qu'il n'accepterait pas même un ayuta^ en échange de celle qu'il lui a donnée. A moins qu'il ne s'agisse, comme l'insinue la glose, d'un ayuta en plus du laksha,

(3) C'est-à-dire aux sacrifices du matin, du midi et du soir, comme l'explique la glose.

LES VINGT-aUATRE GOUROUS DU JEUNE BRAHMANE

ÉPISODE DU BHAGAVATA PURANA

L'épisode suivant, nous le détachons, comme le précédent, de la partie encore inédite du Bhâgavata Puràna. Nous. pensons que le lecteur nous saura gré de lui donner ces intéressants échantillons de la sagesse brahmanique. Il y verra Tune des formes multiples que les Brahmanes surent toujours donner à leur enseignement, pour le graver plus facilement dans Tesprit et le cœur de leurs disciples. Afin de goûter toute la saveur de ces récits qui remplissent les épopées de llnde, de ces dialogues encore plus interminables que ceux de Tlliadc et de l'Odyssée, il convient de se

placer au point de vue hindou; il faut se faire provisoi rement C/5/i>^a,disciple,et se supposer aux pieds d'un Gourou ou d'un -4 c^fr^^j, c*est-à-dire d'un maître chargé d'enseigner, non seulement le dogme et la morale, mais encore toutes les sciences naturelles, tous les arts. Le narrateur de VHistoire des vingt-quatre gourous du brahmane est Bhagavat, le héros du Bhâgavata, c'est-à-dire le dieu Yishnou, identifié dans tout ce poème à Brahme ou l'essence divine elle-même. Son interlocuteur Uddhavay illustre descendant de Yadu, était désireux de connaître intimement la Divinité, car il savait que cette science est nécessaire au salut. Mais laissons-le expliquer lui-même son désir.

Uddhava dit (i) : « O maître du Yoga, réceptacle du Yoga, âme du Yoga, source du Yoga, c'est en vue du salut que tu me parles du renoncement particulier au Sannyâsin.

» Le renoncement aux biens désirables est difficile, ô être immense, pour ceux qui ont l'âme (exclusivement occupée) des objets sensibles, et surtout ceux qui ne sont pas dévoués (à ton culte), ô âme universelle ; c'est mon opinion.

(i) Par. XI, Adhy. yii, çlokâ 14 et seq.

"» Aveuglé, comme je le suis, par le (sentiment) du moi et du mien, plongé dans mon être qui est Tœuvre de ta Mâyâ, et dans tout ce qui s'y rapporte, enseigne-moi comment j'accomplirai sans tarder ta parole, ô Bhagavat, (moi) ton serviteur;

» Nul autre que toi qui es le Vrai, qui brilles par toi-même, qui es TAtman, ne saurait, même parmi les Dieux, me parler de toi. Seigneur ; c'est que tous les êtres animés, Brahmâ le premier, ont l'esprit troublé par ton pouvoir magique, leurs pensées se fixant sur les choses extérieures.

» C'est donc vers toi qui es sans défaut, sans limites, connaissant tout, qui es le Seigneur, dont le séjour est infini et impérissable, que, l'esprit détaché (du monde), accablé par le chagrin, hélas! je cherche un asile, ô Nârâyana, l'ami des hommes. »

La confiance d'Uddhava ne fut pas trompée; Bhagavat l'en récompensa par les lumières surnaturelles dont il dissipa les ténèbres de son intelligence. Mais avouons que la prière que nous venons de lire ne manque pas de grandeur. Ces paroles : Nul autre que toi qui es lé Vrai, qui brilles par toi-même, qui es VA me par excellence, ne saurait me parler de toi, seraient presque dignes d'être

bibliques, tant elles sont belles. Dieu seul est l'absolue vérité ; les autres êtres, étant finis, n'ont qu'une vérité limitée, s'il nous est permis de parler ainsi : ils sont vrais dans une certaine mesure seulement; hors de là, ils cessent d'être vrais, parce qu'ils cessent d'être. De plus, Dieu seul brille par lui-même ; les créatures, lui empruntant ce qu'elles ont de lumineux, ne sont en elles-mêmes que ténèbres et, par suite, qu'erreur et mensonge. Dieu est l'Ame ou l'Esprit par excellence, et, comme seul il se connaît, nul autre que lui ne saurait parler pertinemment de lui-même. Mais, s'il nous importe de connaître Dieu, il ne nous est pas moins utile de savoir quels sont les traits caractéristiques d'un serviteur de Dieu. Voici comment Hari, c'est-à-dire Vishnou, définit ses serviteurs :

Hari dit (i; : c Celui qui reconnaît, dans tous les êtres, la grandeur suprême de l'Ame, de Bhagavat, et les êtres dans Bbagavat, dans l'Ame, est un éminent serviteur de Bbagavat.

» Celui qui éprouve, à l'égard du Seigneur, de ses serviteurs, des sots, de ses ennemis, des sentiments d'amour, d'amitié, de compassion et d'in-

(i) Par. XI, Adhy ii, çlo. 4; et seq.

différence, est un ser^^iteur médiocre de Bhagavat.

» Celui qui honore Hari avec foi, dans une ima* ge, et non dans ses dévots et dans les autres êtres, est un petit serviteur de Bhagavat.

» Celui qui, même lorsqu'il perçoit les objets par les organes des sens, n'éprouve pour eux ni répulsion, ni attrait, parce qu'il considère l'univers comme l'Illusion de Vishnou, est un serviteur éminent de Bhagavat.

» Celui qui, dans son corps, ses sens, son souffle vital, son organe interne, sa pensée, ne se laisse nullement troubler, grâce au souvenir de Hari, par les maux de la naissance, de la mort, de la faim, de la crainte, du désir, attributs (du monde) de la transmigration, est à la tête des serviteurs de Bhagavat.

• Celui dans le cœur duquel les désirs, les actes n'existent même pas en germe, mais qui s^absorbe (tout entier) dans le seul Vâsudeva, est un éminent serviteur de Bhagavat.

• Celui que sa naissance ou ses œuvres, sa caste, son ordre ou sa race n'attachent pas à ce corps par le sentiment de la personnalité est aimé de Hari.

» Celui qui ne dit jamais : Ceci est à moi^ cela

ne Vest pas Cà^est moi, c'est un autrej, qu'il s'agisse des richesses ou de rame, mais qui, apaisé, considère tous les êtres du même œil, est un éminent serviteur de Bhagava't.

9 Celui qui ne voudrait pas, même pour la souveraineté des trois mondes, détourner un instant, fût-ce durant un demi-clin d'oeil, sa pensée, toujours active, du lotus des pieds de Bhagavat que convoitent les Suras et les autres (êtres) qui ont leur âme dans Ajita, tient le premier rang parmi les serviteurs de Vishnou.

» La fièvre (du désir, etc.) étant calmée par la clarté, (pareille à celle) de la lune, des ongles, (semblables à des) perles, des doigts de pieds de Bhagavat aux grands pas, comment renaîtraitelle dans le cœur de ses adorateurs? Quand la lune est levée (quand la nuit arrive), la chaleur du soleil (disparaît).

» Celui dont Hari n'abandonne certainement pas le cœur — lui qui détruit la multitude des péchés, quand son nom est prononcé, même involontairement, — le lotus de ses pieds étant attaché (au cœur de son serviteur) par le lienderafFection,est dit un serviteur éminent de Bhagavat. »

Ce tableau de Phomme pieux n^est point sans

beauté, à part certains détails qui sentent un peu trop le philosophe védantiste. Celui qui en reproduirait les traits ne serait pas loin, peut-être, de mériter le titre de serviteur du vrai Dieu. Ne voir que Dieu, n^aimer que lui, n*adorer que lui, considérer tout le reste d^un œil indifférent, ne se laisser abattre par aucune épreuve et cela en souvenir de Dieu, c'est-à-dire par amour pour lui; renoncer au germe même des désirs, pour absorber sa pensée en Dieu, au point de ne plus vouloir Pen détacher, n'importe à quel prix, voilà certes un assez beau programme, — même pour un Chrétiené Quanta cetteassertiondu poète qu'il suffit, pour être sauvé, de prononcer le nom de Dieu, fût-ce involontairement^ il est bon de savoir que, d'après lui, plus d^une légende est là pour nous le prouver, ce nom possède une vertu tellement efficace, un pouvoir de conversion si extraordinaire, que la simple énonciation des syllabes qui le composent, dans la langue sacrée de l'Inde, purifie les lèvres les plus souillées, la bouche la plus immonde, et redonne un cœur nouveau, une âme aussi noble, aussi chaste qu'elle a pu être jusque-là vile et libidineuse. Le Bhâgavata nous raconte l'histoire de ce pécheur endurci, nommé

3o LBS VINGT-QUATRE GOUROUS

Âjâmila (i), lequel^ au moment de mourir, appela son jeune fils, Nârâyana, qui jouait à quelque distance. Les messagers de Yama, le dieu de la mort, étaient venus, sur les ordres de leur maître, pour entraîner le coupable dans les enfers, mais à peine eut-il prononcé ce nom, qui se trouve être l'un des noms de Vishnou, de Dieu, auquel il ne songeait nullement, que les envoyés de celuici l'arrachèrent aux mains des serviteurs de Yama et le sauvèrent de la mort. Ces derniers durent s'en retourner les mains vides. Ils dirent à Yama, en lui parlant de ceux qui venaient ainsi de leur enlever leur proie: « Nous désirons apprendre de toi quels sont ces gens qui, à Tinstant où le coupable criait: Nârâyana! sont accourus en lui disant : N* aie pas peur, » Yama leur apprit que c'étaient les serviteurs d'un dieu plus puissant que lui, Vishnou; il ajouta: « Voyez, enfants, la grandeur de cette pratique qui consiste à prononcer le nom de Hari, puisque par elle Ajâmila luimême a été délivré des chaînes de la mort. »

Âjâmila revint à la vertu. Il mourut dans de

(i) Bhàg, Pur,, Par. vi, Adhy. ii et m.

LES VINGt-QUATRE GOUROUS 3l

grands sentiments de repentir, après une vie tout entière passée dans le crime.

« Or, observe le poète, si Ajâmila, pour avoir, en mourant, prononcé le nom de Hari, quand il ne faisait qu'appeler son fils, a pu parvenir à la demeure de Dieu, que sera-ce de celui qui prononce ce nom avec foi (i) ? »

Cette doctrine, en apparence si large, ne favorise donc pas le relâchement autant qu'elle le semble du premier abord ; et le vrai sectateur du Brahmanisme sera tenté de reprendre à son compte la parole attribuée à Çuka par Tauteur du Chant des Pândavas, dans le Brihatstotraratnâkara, VOcéan des éleges célèbres :

Le vénérable Çuka dît: Après avoir relu et souvent médité tous les castras, j'arrive à cette conclusion, quHlfaut toujours penser à Nârâyana (2), Dans cette légende du Bhâgavata, il s'agit d'un jeune Brahmane qui parcourt à grands pas la voie du salut, guidé par vingt-quatre maîtres d'un nouveau genre: les unslui indiquent ce quUl doit pratiquer, les autres ce qu'il lui faut éviter; tous

(i) Bhàg.t Par. vi, Adhy. 11, çl. 49. Cf. Cosmologie hindoue» a6l. (2) Cf. De la prier* ches Us Hindous, p. 40, Istai. Lonva'n<

prêchent d'exemple, mais plusieurs, à la façon des Ilotes lorsqu'ils inculquaientramourdela sobriété dans Pâme des jeunes Lacédémoniens par les excès de tout genre auxquels ils se livraient, en leur présence,sur Tordrede leurs maîtres, les pères de ces mêmes enfants.De plus, d'après ce jeune ascète chez qui la maturité de Tâme avait devancé celle du corps, sUl nous est permis de parler ainsi, le pain du ciel, on doit, le plus souvent, le gagner à la sueur de son front, comme celui de la terre ; et rhomme qui, se fondant sur Pexemple d^Âjâmila, passerait toute son existence dans le mal, se réservant d'invoquer, à Theure suprême, le nom de Dieu, risquerait fort de mourir sans le prononcer; sa spéculation serait dès lors d'autant plus détestable que, supposé qu'elle réussît, il ne serait jamais qu'un fort petit saint et que, dans le cas plus probable, puisque le hasard seul ou plutôt la divinité en déciderait, où elle vînt à échouer, il périrait, corps et âme, infailliblement.

Notre jeune Brahmane passe en revue chacun de ses vingt-quatre gourous et il énumère les divers enseignements qu'il en tire. Nous ne dirons pas que ses comparaisons soienttoujours bien naturçlles; mais elles sont toujours originales, pitto-

resques, et rarement elles manquent de justesse. Nous nous permettons de recommander au lecteur les trois apologues du Pigeon, de Pingalâ et de la jeune Fille aux bracelets ; il pourra se rendre compte, en les étudiant, de la façon dont les Hindous traitent ce genre de littérature, secondaire chez la plupart des peuples, mais pour eux le plus important de tous, celui qu'ils emploient le plus volontiers pour transmettre leurs préceptes moraux à la postérité. La fable du Pigeon, si nous ne nous abusons pas, est conduite avec le plus grand bonheur, bien que le plus simplement du monde. Elle est toute de sentiment et du sentiment le plus tendre, le plus délicat; elle rappelle un peu la fable ravissante de La Fontaine :

Denx pigeons s'aimaient d'amour tendre, etc. (i),

avec cette différence que La Fontaine ne parle que de l'amitié, tandis que son émule hindou traite de l'amour conjugal et paternel.

Ne rien amasser pour le lendemain, vivre au jour le jour, pratiquer l'indifférence, en d'autres termes, l'esprit de mortification, et cela pourser-

(i) Les Deux Pigeons, Uv. ix, fab, 2.

vir Dieu plus librement, plus complètement :

telle est, en résumé, la doctrine générale des vingtquatre gourous. Cette sagesse profane semble parfois un reflet, bien pâle, il est vrai, de la divine Sagesse. Nolite solUciti esse, dicentes: Quid manducabimuSf aut quid bibemuSy autquooperiemur?.,, Quœrite ergo primum regnum Deiy et justitiam ejus, et hœc omnia adjicientur vobis. Nolite ergo aolliciti esse in crastinum. Crastinus enim diessollicitus erit sibi ipsi: suj/tcit diei malitia sua (i).

(i) Math., VI, 31-34.

PARVAN XI ADHYAYA VII

24. ^hagavat dit : ... On raconte la légende suivante; elle est fort ancienne; c'est un dialogue entre un sage et Yadu, dont la gloire ne se mesure pas.

25. Yadu, instruit dans la loi, voyant errer à l'aventure, sans le moindre souci, un jeune et sage Brahmane qui pratiquait le renoncement, lui adressa cette question :

26. Yadu dit : D'où vient qu'avec une intelligence aussi remarquable, tu ne fais rien et que, sage comme tu l'es, tu cours ainsi le monde, comme un insensé ?

27. D'ordinaire, en s'adonnant au devoir, à l'intérêt, au plaisir, à l'étude, les hommes visent à l'aisance, la gloire, la fortune.

28. Tu es intelligent, sage, habile, beau, éloquent, et tu ne fais rien, tu n'ambitionnes rien, semblable à un idiot, à un ivrogne, à un Piçâca.

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29. Au milieu de gens que dévorent, comme un incendie, les ardeurs du plaisir et de la cupidité; tu ne ressens pas plus les atteintes du

•feu que l'éléphant qui prend ses ébats dans les eaux du Gange.

30. Dis-nous, ô Brahmane, nous t'en prions, la cause de cette félicité dont jouit ton âme, étranger, comme tu l'es, aux plaisirs des sens et vivant isolé.

3i. ^hagavat dit : Le fortuné Brahmane répondit à la question du roi Yadu, l'ami des Brahmanes, plein de sagesse, qui se tenait respectueusement incliné devant lui.

32. Le Brahmane dit : Nombreux sont mes gourous, ô roi, ils sont remplis de sagesse, et, comme j'ai reçu d'eux (cette) sagesse, j'erre affranchi (i). Voici (leurs noms), écoute :

33. (Ce sont) la terre, le vent, l'espace, l'eau, le feu, la lune, le soleil, le pigeon, le boa, l'océan, le papillon de nuit, l'abeille, l'éléphant,

34. Le frelon, l'antilope, le poisson, la (courtisane) Pingalâ, l'aigle de mer, le petit enfant, la jeune fille, le fabricant de flèches, le serpent, l'araignée, la chenille.

dont je suis le disciple ; leurs manières d'agir me servent de leçons.

36. Ce que j'apprends d'eux, quand et comment (je l'apprends), ô petit-fils de Nahusha, tigre parmi les hommes, écoute-le, je vais te le dire.

37. Lors même qu'il est foulé aux pieds par les êtres agissant sous l'impulsion de la Destinée, le sage, dans sa science, ne se détournera point de son chemin : c'est l'enseignement que me donne la terre (2).

38. L'homme vertueux qui ne souhaite jamais rien que pour les autres, qui n'existe que pour les autres, est le disciple des montagnes (3) et des arbres, c'est d'eux qu'il apprend ainsi à ne vivre que pour autrui.

39. L'ascète cherchera son contentement dans l'entretien du souffle vital, non dans les plaisirs des sens, de peur que sa science ne périsse, ou que sa parole et son esprit ne se dissipent.

40. Dans ses relations avec les objets extérieurs et leurs qualités multiples', le Yogin, à l'imitation du vent, ne s'attachera pas à ce qu'ils ont de bon ou de mauvais, mais il en séparera complètement son cœur.

41. Bien que plongé ici-bas au milieu de corps terrestres et séjournant parmi leurs qualités, le Yogin, grâce à sa perception de l'Ame, ne s'unit pas plus à celles-ci que le vent aux odeurs.

42. Vivant en dedans et au dehors des corps mobiles et immobiles, puisqu'il est, à la fois, l'âme (intérieure de ces corps) et Brahme, en vertu de son union intime (avec lui), le solitaire fera en sorte que sa propre âme, à l'instar de l'espace étendu, ne soit pas séparée (des corps) et ne soit pas unie (à eux) par sa puissance de pénétration.

43. Les êtres composés de feu, d'eau, de terre, les nuages, par exemple, transportés par le vent, n'entrent pas en contact avec l'espace, (de même) l'âme (n'entre pas en contact) avec les qualités émises par le Temps (4).

44. D'un naturel limpide, onctueux, suave, le solitaire, étang sacré (5) parmi les hommes, purifie les péchés, en ami, par sa vue, son contact et les (hymnes de) louanges (qu'on lui adresse).

45. Brillant d'un éclatant tapas {6) irrésistible, n'ayant que son ventre pour récipient, mangeant de tout (7), celui dont l'âme est arrivée au Yoga, semblable au feu, ne contracte pas de souillures.

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