‹ Légendes révolutionnaires (volume 2)Chapitre 71 sur 81 · acte ne détruit pas (ce que d'ailleurs il peut avoir de bon · texte numérisé non relu

acte ne détruit pas (ce que d'ailleurs il peut avoir de bon

91. Le Çvapaca dit ; Celui-là procède à l'opposé des gens de bien, qui sciemment s'empare avec avidité d'un aliment immonde, dans un lieu décrié, au détriment d'un malheureux qui le lui refuse. Le châtiment s'attachera au coupable (39).

92. Bhîshma dit : Le Çvapaca, ayant ainsi parlé au fils de Kuçika, se tut. Viçvimitra, le sage (Brahmane), s'empara de la queue de chien.

93. L'illustre Muni, mû par l'instinct de la conservation, emporta cette viande et se mit en devoir, accompagné de sa femme (40), de la manger dans la forêt.

94. Il se dit : Je mangerai à loisir cette queue de chien, lorsque préalablement j'aurai rendu mes devoirs aux Dieux, suivant la règle (41).

95. Alors le Muni alluma le feu, suivant le rite de Brahmâ ; il fit cuire, suivant le rite d'Indra, la viande (destinée au sacrifice) (42).

96. Puis (il divisa cette viande pour la distribuer) aux Dieux et aux Pitris, ô Bhàrata; il invoqua les Dieux, en commençant par Indra, et donna sa part à chacun, suivant Tordre.

99- L'excellent Deux-fois-né, ayani achevé ce sacrifice avant de goâier à l'offrande, satisfit les Dieux ei les Pitris.

loo. Ainsi, le sage, à l'âme élevée, lorsqu'il est tombé dans l'indigence et qu'il souhaite vivre, prolongera son existence malheureuse par tous les moyens qu'il connaîl.

lot. En suivant cette maxime, on sauvera toujours sa vie. L'homme, en vivant, acquiert la sainteté et jouit du bonheur.

loi. Ainsi, t> fils de Kuni!, le sage, à l'âme épurée, sachant discerner te juste de l'injuste, doit vivre dans ce monde, en se conformant à la

NOTES

(i) Lorsque les supérieurs ne savent plus commander, ni les inférieurs obéir.

(2) Au lieu de servir à la Délivrance finale.

(3) Parce qu'ils se dressent continuellement des embûches.

(4) Les deux termes j^og^a et kshema ont, dans ce passage, une signification spéciale que donne le commentateur. Le premier veut dire Vacquisition de choses que Von n* avait pas encore; le second, la conservation de ce que Von possède déjà. Nous avons retenu, dans la traduction, le sens plus général que l'on donne habituellement à ces expressions, afin d'éviter une double périphrase que la brièveté du texte nous interdisait,

(5) Na samçaya, « il n'y a pas de doute; » cette formule se rencontre souvent. Les écrivains de l'Inde s'en servent pour appuyer sur le caractère indiscutable de leurs assertions parfois les plus aventureuses.

(6) Le texte n'a qu'un mot pour exprimer cette fin de la seconde période du monde et le commencement de la troisième, samdhi, qui signifie lien, transition; et, quand il s'agit du temps, aube ou crépuscule.

(7) Indra, autre nom du Dieu de la pluie.

(8) Ce terme désigne ici la planète Brihaspati,

ï BRAHMANE AFFAMÉ

le gourou, c'est-à-dire, le maitre des Dieux; on l'identifie avec Jupiter,

(gj Pratâp nous apprend que, dans l'Inde, durant les mois chauds, des personnes charitables ites, des lentes de feuil-

oine détrempée dans de

:ore, pendant la saison

centaines, sur le bord

de ces établis;

nt,le long des lage où tes voyageurs du sucre put, ci de l'i l'eau. Aujourd'hui e chaude, on trouve p; des principales route qui, observe naïvement le bon Pandil, soulagent réellement \es voy^eursaccablésde soif, il pense que les puits publics dont il est ici question sont des fontaines improvisées de ce genre.

(io)Eïpression liturgique dont on accorapagnÉ l'offrande.

(u) Ces poteaux servaient à attacher lesvlctimesdestinées aux sacrifices. On les invoque assez souvent, dans le Rig-Véda, comme autant de divinités.

(il] Ces monstresse recrutaient principalement parmi les Rakshas et les Pifâcas, qui ne manquaient jamais les occasions de faire le mal et de tourmenter les Êtres.

(i3) Le mot sanscrit oshadi désigne plus spécialement lesherbes, mais dans ce passage il est mis pour tous les végétaux, en général, arbres et plantes,

(14) Bhakshyâbhakshyasama pour qui les cho-

ses qui se mangent et celles qui ne se mangent pas sont semblables.

(i5) Il s'agit ici principalement du feu sacré, dans lequel on verse le homa, la libation sainte de beurre clarifié.

J[i6) Nirmâlya signifie littéralement ici des guirlandes qui n^en sont plus, c'est-à*dire des guirlandos de fleurs fanées, débris de sacrifices offerts par d'autres personnes et ramassés par ces misérables Çvapacas.

(17) Le poète voulant montrer tout à la fois la détresse de Viçvâmitra et la pauvreté des Çvapacas, n'imagine rien de mieux que cette queue de chieUy à laquelle il fait jouer un rôle dont l'importance nous semble passablement ridicule, bien qu'il la' regarde comme toute naturelle. Pour bien juger les œuvres littéraires des Hindous, il convient de nous placer à leur point de vue, non au nôtre, nous ne devons pas l'oublier.

(18) Ce çloka et le précédent appartiennent à la Çruti, c'est-à-dire aux Livres saints. Viçvâmitra se les remémore pour se former la conscience et se convaincre que l'acte qu'il se dispose à faire n'est pas illégal. On voit que, dans le cas de détresse, lorsqu'on est contraint de recourir au vol pour ne pas mourir de faim, la législation brahmanique ordonne de commencer par voler les pauvres Candâlas, avant de s'attaquer aux riches Brahmanes.

(19) Les Candâlas n'étaient pas habitués, non

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plus que ne le sont les Parias de nos jours, à entendre les gens des classes supérieures leur parler doucement. Le ton sur lequel on leur parlait habituellement, ressemblait un peu à celui qu'un maître bourru emploie à Tégard de son chien.

(20) Dans le texte, on lit, non pas Candâla, mais Mâtanga, mot qui veut dire éléphant; c'est que le pauvre Candâla est réputé l'égal, sinon même l'inférieur d'une bête de somme.

(21) Comment le sait-il, puisqu'au çloka précédent, il s'avoue privé de discernement? C'est là une contradiction, du moins dans les termes, et peut-être dans l'idée.

(22) Cette expression revient à chaque instant dans les Védas. Comme le feu sacré consume les offrandes qu'on y jette en leur honneur, les Dieux, qui sont censés s'en nourrir, empruntent, pour les manger, sa mâchoire ardente au Dieu du feu, Agni. Cf. Bh. Pur. 11, vu, 45.

(23) Ne ruine pas tes propres mérites, l'œuvre de ton salut si péniblement élaborée par toutes les mortifications que tu t'es imposées jusqu'ici dans ce but.

(24) Voici l'observation que fait Pratâp à ce sujet : « No one of the three regcnerate orders should take dog's méat. If thou takest such méat, where would then the distinction be between persons of those orders and men like Candâlas ? f — Le dharmasamkara, ou la confusion de

LE BUAHICANB AFPAlci 387

devoirs, amène nécessairement, d'après les Hindous, la confusion des castes, ce qui est réputé par eux le plus grand des malheurs. Un domestique hindou, appartenant à Tune des trois castes privilégiées, ne consentira jamais à manger à la table de son maitre, si celui-ci est un mleccha, un étranger, fût-ce le vice-roi lui-même; c'est que les mlecchas sont un peu au rang des chiens et que manger avec un chien est aussi infamant que manger du chien.

(25) La glose explique ce passage. Indra est le protecteur des êtres, le Kshatriya doit l'être aussi. Agni se nourrit de tout. Par suite le Brahmane qui procède d'Âgni peut, lui aussi, prendre n'importe quel alimenr.

(26) Le commentateur oublie de nous énumérer ces six espèces de saveur; c'est dommage, car nous aurions un nouvel échantillon de la subtilité hindoue, laquelle, nous le savons, n'a point son égale, lorsqu'il s'agit de fendre un cheveu en quatre.

(27) Nîlakantha cite le lièvre et le porc-épic, parmi ces animaux à cmg griffes, dont les Deuxfois-nés peuvent se nourrir. Il y aurait une assez curieuse étude à faire sur les animaux réputés purs ou impurs par les divers peuples. Ici, le législateur hindou compte le nombre de doigts des animaux. Dans le Lévitique (cap. xi) il est défendu de se nourrir des animaux qui ne ruminent pas et qui n'ont pas le sabot fendu. Le hé-

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risson ou porc-épic et le lièvre sont déclarés immondes, bien que ruminants, parce qu'ils n'ont pas le sabol fendu (v. 5 et 6). Il serait intéressant de rechercher à quelles préoccupations, hygiéniques ou autres, ont obéi les auteurs de ces prescriptions diverses et parfois opposées, comme ici.

(28) Pratâp, au sujet de ce çloka, observe qu'Agastya étant un Rishi, ne pouvait faire ce qui était mal : Agastya was a Rishi, He could not do what was sinful. C'est que les Rishis étaient des saints confirmés en grâce. Toutefois, la légende nous apprend, dans maint endroit, qu'ils ne furent pas toujours à l'abri des séductions des Apsarâs. Ajoutons que celles-ci leur étaient députées par les Dieux eux-mêmes qui, jaloux de leurs privilèges, voyaient en eux des rivaux redoutables.

(29) Viçvâmitra, élevant le chien à la hauteur de la gazelle, rappelle, par le contraste, le mauvais plaisant qui abaissait un gigot de mouton au niveau d'un hareng, afin d'en pouvoir manger le vendredi.

(30) Nîlakanthanous apprend que l'ascète Agastya mangea l'Asura Vàtàpi, moins encore pour apaiser sa faim, que pour l'empêcher de dévorer lui-même plus longtemps les Brahmanes, ses gourous.Ceci change un peu la question, en effet.

(3 1) Avouons que, pour un brigand, le Çvapaca joue ici un assez beau rôle et qu'il se montre plus

instruit dans la Loi que Ton n'avait lieu de s'y attendre.

(32) Le vœu de mourir de faim, plutôt que de manger des aliments défendus.

(33)Omniamunda mundis;coinquinatis autem et infidelibus nihil est mundum, sed inquioatœ sunt eorum et mens et conscientia.(S. Paul, Ep. ad Tit. I, i5).

(34) Dans le Pâpaloka, le monde des méchants, c'est le même que celui des damnés, l'enfer, eftcore désigné sous le nom de Naraka, Nîla* kantha suppose que le tcrmç pâpaloka se rapporte k Viçvâmitra et au Çvapaca; il le met au duel, par suite, pâpàlokau, tout en maintenant la lecture avaliptau. Le sens de ce membre de phrase alors serait celui-ci : « Nous serions deux pervers, deux insensés. » Nîlakantha peut avoir raison.

(35) Ou plutôt illégalité,

(36) Sans la glose, cette phrase de Viçvâmitra serait absolument inintelligible. Nous croyons même que Pratâp, malgré son secours, ne l'a pas comprise en entier; cependant, nous n'oserions l'affirmer, car le savant Pandit se sert assez fréquemment d'un autre texte que celui de Bombay, le seul que nous ayons sous les yeux.

(37) Dans la nécessité.

(38) Ici encore, nous adoptons un tout autre sens que Pratâp. Si notre interprétation est la bonne, cette morale de Viçvâmitra s'éloigne de

l'axiome qui veut que l'acte, pour être bon, le soit complètement, et qui le réprouve sïl a quelque point défectueux.' Bonum ex utrâque parte, malum ex quocunque defectu,

(39) Le Çvapaca fait toujours le procès de Viçvâmitra qui malgré lui s'empare de la queue de chien, sans égard à la nature immonde de cette viande, comme à celle du lieu où il la ramasse et de la personne à laquelle il la dérobe.

(40) Nous avons vu, au çloka 27, que Viçvâmitra avait abandonné dans un hospice sa femme et son enfant. Le poète, qui l'a peut-être oublié, lui fait emmener ici la première dans la forêt, sans plus nous parler du second.

(41) Les Dieux avaient droit aux prémices.

L*usage de les leur offrir fut commun à toute l'antiquité. En jetant l'offrande dans les flammes, on l'anéantissait autant que possible ; on reconnaissait par là le pouvoir souverain de la Divinité et l'absolue dépendance de Thomme.

(42) Ces rites différents et, le plus souvent, d'une complication extrême, étaient scrupuleusement observés.Grâce à cette complexité, la lecture des manuels liturgiques de l'Inde ancienne est bien la plus fastidieuse que Ton puisse imaginer.

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