‹ Légendes révolutionnaires (volume 2)Chapitre 73 sur 81 · LE DEVOIR DE L HOSPITALITE 29D · texte numérisé non relu

LE DEVOIR DE L HOSPITALITE 29D

autrement; d'ailleurs, sans doute, cette question, il ne se la posa jamais; elle ne lui vint même pas à ridée.

Un jour qu'il chassait dans une forêt, il fut surpris par un orage formidable; transi de froid et plus qu'à demi-mort d'épouvante, il ne laissa pas que de continuer la série de ses forfaits, en capturant une malheureuse colombe qui gisait à terre, près de lui : l'instinct du mal le maîtrisait d'une façon absolue.

Sans trop s'inquiéter de la vraisemblance, le poète arme son oiseau chasseur d'un filet, d'une cage, d'un bâton même: de tout Tattirail des oiseleurs. Cependant le cyclone passe aussi rapide que violent. Le ciel se rassérène, les étoiles brillent d'un vif éclat ; mais les sentiers de la forêt sont devenus impraticables; et comme le narrateur semble oublier que son oiseau a des ailes, à moins toutefois que celles-ci ne fussent toujours paralysées par la pluie et le froid, il ne lui inspire pas l'idée de s'envoler chez lui, dans son propre nid, mais il lui fait chercher un refuge près d'un arbre colossal, le maître de la forêt (i).

(I) çi. 12.

2^6 LB DEVOIR DE l'HOSPITALITÉ

L'oiseau chasseur, accablé de fatigue, s'endort au pied du géant, non loutetols sans avoir préalablement adoré ses divinités (i), car les plantes, comme les hommes, et en général les êtres et les éléments, ont des divinités spéciales qui président à leurs destinées.

Le chêne sous lequel s'était endormi l'oiseau de proie, sa cage près de Im", était précisément celui dont le couple de pigeons habitait l'épaisse ramure. Le mâle, a ce moment m£me, se désolait, en voyant que sa compagne, absente depuis le matin, n'était pas encore rentrée.

Il exhalait ses plaintes en termes touchants. Que deviendra-t-il, si son épouse est morte ? Il dépeint les tristesses du veuvage. Un mot peut résumer son monologue : le foyer, la maison, ce n'est point l'amas de pierres ou de bois qui porte ce nom, c'est la femme (i).

La femelle cependant à son insu écoulait ; elle fut ravie de l'élogequ'il venait defaired'elle. Aussitôt elle se dit qu'une épouse, digne de ce nom, est celle qui assure la félicité de son mari; car

(t) çi. }].

LE DEVOIR DE l'hOSPITALITÉ

elle se souvient que les divinités qui président aux destinées de la femme sont contentes, si l'époux est conteijt (i). C'est un peu la contre-partie de notre proverbe : Ce que femme veut, Dieu le veut. Ici le poète insinue que les divinités protectrices de la femme sont autres que celles qui s'occupent de l'homme. Il est probable que chaque divinité s'attache aux êtres de son sexe, quand il s'agit des hommes ou des animaux qui, ne l'oublions pas, sont des hommes déchus.

Le moyen que la colombe indique à son mari d'atteindre la perfection et par là même d'obtenir le salut, c'est de se dévouer pour son hôte, de se sacrifier pour l'oiseau chasseur, en le nourrissant au besoin de sa chair (2). Les épouses qu'elle lui promet dans l'autre monde, ce sont les Apsarâs, les nymphes célestes.

Le pigeon éveille alors l'oiseau de proie et se déclare prêt à satisfaire toutes ses exigences. Il pose en principe qu'il faut exercer l'hospitalité, même à l'égard d'un ennemi, et rappelle l'exem-

(i) Adhy. 145, çi. 3.

(2) çi. 13.

pie de l'arbre qui ne refuse pas son ombre au bûcheron venu pour l'abattre (i).

L'oiseau chasseur se plaint du froid ; aussitôt le pigeon entasse des feuilles sèches et fait du feu. Son hâte parle ensuite de la faim qui l'exténue. Le pigeon qui vit au iour le jour (i) demeure un instant perpleie; in ai s le conseil de sa femelle lui revient, et bravement il se jette dans le brasier: sa chair servira de nourriture (3) à son ennemi devenu son hôte.

A la vue d'un tel héroïsme, celui-ci rentre en lui-même et se met à regretter sa vie passée dans le crime. Le repentir s'empare de son âme et il se décide à tout quitter pour expier ses fautes et se sauver à son tour. Il commence par rendre la liberté à la colombe, et laissant là ses engins de destruction, il inaugure, sans plus larder, une seconde vie consacrée à la pénitence {4).

La colombe, se remémorant les éminentes qualités de son époux et résolue de ne point lui

(0A4h. né. s.

(»Ç1. lé.

U) Adhy. HJ. Çl- "-

Page 1