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Loi du 9 Horéal an IV

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Lorsqu'il rétablit l'ordre en France, Napoléon Bonaparte tint à honneur de faire, pour les lettres, les sciences et les arts, ce qu'il avait fait pour la religion, pour la magistrature, l'administration et les finances. 11 rendit, le 23 janvier 1803, un arrêté signé de son nom, à l'exclusion de ceux de ses deux collègues K Cet arrêté, sous couleur de réorganiser l'Institut, n'allait à rien moins qu'à détruire l'œuvre de la Convention.

Que cette œuvre fût manquée, pleine de lacunes et de vices, et qu'il y eût lieu de la réformer entièrement, c'est ce que mettait en pleine lumière le rapport présenté aux consuls par le ministre de l'intérieur 2, et qui fut envoyé au conseil d'État, chargé d'étudier le projet de réorganisation de l'Institut 3.

En voici quelques extraits :

Pour connaître les vices de l'organisation de l'Institut, nous avons comparé ses classes aux anciennes académies dont la France s'honorait depuis plus d'un siècle, et qui

1. Arrêté du gouvernement contenant une nouvelle organisation de Vlmtitul. 3 pluviôse an XI (23 janvier 1803). — Voir Léon Aucoc, p. 67.

2. Chaptal. — Lucien Bonaparte, prédécesseur de Chaptal au ministère de l'intérieur, avait, dès le mois de juin 1800, conçu le projet de rétablir l'Académie française, et il avait engagé les anciens académiciens à lui soumettre le plan d'une réorganisation de leur compagnie. Voir Mémoires de Aforellet, t. II, p. 18 et 89. — Charles Nisard, Portefeuille d'un Académicien, papiers de Suard, p. 275, 294 et suiv. — Paul Mesnard, Uisttoire de V Académie française, p. 207. — Ambroise Rendu et l'Université de France, par Eugène Rendu.

3. Ce rapport, dont l'original est conservé aux Archives nalionales, a été publié par M. Léon Aucoc, p. G7 et suivantes.

étaient devenues le modèle des institutions savantes et littéraires formées successivement dans tous les États de l'Europe.

Malgré l'important assemblage de toutes les connaissances humaines dans l'Institut, nous y avons reconnu des associations forcées entre des sciences presque étrangères Vune à Vautre, des divisions de classes en sections trop multipliées, souvent incohérentes, quelquefois presque ridiculement accolées malgré leur opposition, les recherches lentes et sévères sur l'antiquité rapprochées des élans de l'imagination des poètes et des peintres, l'histoire séparée des antiquités et des langues anciennes, qui en sont tout à la fois les vrais matériaux et les seuls instruments; la morale réunie à la géographie, celle-ci séparée de l'astronomie ; l'éloquence oubliée, les langues anciennes tenant la place des belles-lettres. Ces oublis, ces disparates, ces incohérences nous ont paru avoir une dangereuse influence sur le sort des lettres, altérer ou dénaturer les leçons de nos grands écrivains, tarir les sources de la véritable érudition, déplacer les arbitres et détruire les autorités du bon goût, abandonner à des hommes médiocres le sceptre de la littérature dont ils abusent si étrangement, égarer enfin la jeunesse et les étrangers qui cherchent en vain les traces de l'ancienne route.

A ces premiers défauts se joignent encore dans l'Institut, et sous l'apparence d'une alliance illusoire entre ses diverses parties, le vice des élections faites en commun pour des places dont un petit nombre seul peut apprécier les compétiteurs, le vice plus intolérable encore d'une association d'acteurs et de comédiens placés à côté des physiciens, des géomètres, des magistrats, des poètes, des auteurs dramatiques qu'ils vont juger pour le fauteuil académique, comme ils les ont déjà jugés au foyer de leurs théâtres. De pareils écarts n'avaient pas lieu dans les anciennes académies.

Les vices de l'Institut tiennent donc principalement aux différences qui l'éloignent du régime académique....

Au lieu des trois classes anciennes de l'Institut, nous proposons de le partager en quatre académies, et en reprenant cette illustre dénomination, nous avons rétabli pour chacune d'elles le titre qui les distinguait et auquel était

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attaché plus d'un siècle de gloire. L'Institut sera composé de l'Académie des sciences, de l'Académie des belles-lettres, de l'Académie française et de l'Académie des beaux-arts....

On s'est occupé de déterminer la composition de chacune des académies- Celle des sciences ne différera de la première classe de l'Institut que par l'addition d'une onzième section de géof^a-aphie ayant trois membres, et de huit associés libres. Ce léger changement lui donnera l'ancienne forme de l'Académie des sciences, dont la France a tiré tant de lustre et de si utiles résultats.

L'Académie des belles-lettres répondra à l'ancienne Académie des inscriptions et belles-lettres. Elle remplacera la classe des sciences morales et politiques. Elle sera formée de quarante membres et huit associés libres, sans distinction de classes, parce que ce partage serait inutile et nuisible même aux travaux de cette académie....

L'Académie fran(*aise, sur le modèle de celle de Louis XIV, sera composée de (Quarante membres et n'aura pas de classes. Le nombre des orateurs, des poètes, des hommes de goût qui doivent la composer ne pourrait être déterminé sans violer la marche de la nature et choquer même le bon sens.

L'Académie des beaux-arts, partagée en cinq classes, sera formée de vingt-huit membres : dix peintres, six sculpteurs, six architectes, trois graveurs et trois musiciens compositeurs i. Elle aura douze associés libres....

Le rétablissement des associés libres dans les académies est une mesure reconnue utile pour placer des hommes qui, sans cultiver exclusivement les sciences, peuvent cependant les servir par leur goût, leur fortune ou leur place. Une ancienne expérience en ayant assuré les avantages, nous les avons compris dans le projet....

Les quatre académies auront des secrétaires perpétuels. Le rétablissement de ces places fera renaître un genre d'éloquence très négligée depuis dix ans et donnera aux travaux académiques cet esprit de suite, cet enchaînement de faits et de pensées qui, seuls, peuvent fixer l'époque des

\. Par là se trouvaient exclus les chanteurs et les comédiens. La section de Musique et Déclamation devenait section de Musique seulement.

découvertes et tracer avec exactitude l'histoire des connaissances humaines....

Dans le nouveau projet d'organisation, on a cru devoir modifier l'état des associés.... En les considérant à tort comme membres de l'Institut, on a trop multiplié ce titre pour en faire estimer tout le prix, et l'on a méconnu les fonctions de simple correspondance auxquelles les associés devaient être appelés....

Les séances publiques de l'Institut tel qu'il est organisé aujourd'hui n'ont jamais eu cet intérêt qu'inspiraient autrefois celles des académies séparées. Il est évident que cela est dû à la disparité même des objets qui y sont traités et des personnes qui y assistent. Ceux qui y viennent pour la littérature et la poésie font peu d'attention aux mémoires de sciences. Tels qui se plaisent aux recherches sur l'antiquité ne sont pas sensibles aux charmes des vers; les amis des sciences exactes ne sont jamais satisfaits. Ce mélange nécessaire de spectateurs et d'auditeurs détourne l'attention qu'ils se devraient réciproquement. La foule de jeunes gens que les prix des arts y attirent une fois par an y porte encore plus de trouble par l'impatience de leurs désirs et la mobilité de leur âge. L'unique remède à ce mal qui n'irait qu'en croissant, c'est d'isoler la part de chacune des académies dans une séance particulière, c'est d'instituer une séance publique par année pour chacune d'elles. La responsabilité du succès, moins partagée, rendra les séances plus éclatantes. Chacune n'aura que les auditeurs qui y seront appelés par leur véritable goût....

Si chaque académie doit ouvrir tour à tour son sanctuaire au public et lui offrir le tribut de ses veilles particulières, il est également juste que le choix de ses membres lui appartienne exclusivement. La garantie des bonnes élections repose sur cette mesure....

Il a paru nécessaire que la confirmation des élections fût demandée au premier consul par les présidents des académies. Le chef du gouvernement doit sanctionner les choix et juger leur convenance politique.

Un des nouveaux articles permet à un membre de l'Institut d'être de plusieurs académies à la fois, et par conséquent d'en réunir les traitements. C'est le moyen d'ouvrir aux hommes distingués plusieurs routes à la gloire et à l'ai-

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sance; c'est par conséquent le moyen de multiplier, «l'agrandir les talents. D'Alembert, Gondorcet, Buffon, Vicqd'Azyr étaient de l'Académie des sciences et de l'Académio française; Bailly était des trois académies. Un savant devra donc aspirer à bien écrire, un grand écrivain à être savant, etc. La réunion des places (3t dos traitements n'a plus rien H craindre de la basse jalousie (jui la réprouvait naguère encore, ni des préjugés qui l'ont repoussée pendant quelques années déjà loin de nous. Le nivellement des fortunes dues au travail supposerait le nivoUement du mérite et du succès. Noîcs avons heureusement renoncé aujourd'hui à ces fausses idées....

Le rapport de Chaptal n était rien moins qu'un réquisitoire contre l'institut, tel que le décret du ;2o octobre 179o l'avait organisé. En adoptant les conclusions de ce rapport, l'arrêté consulaire du i23 janvier 1803 mit à néant, ou peu s'en faut, l'œuvre de la Convention.

Cet arrêté supprimait la classe des sciences morales et politiques.

11 rétablissait l'Académie française sous le nom de classe de la langue et de la littérature française.

11 rétablissait l'Académie des inscriptions et belleslettres sous le nom de classe d'histoire et de littérature ancienne.

Il donnait à la classe des sciences physiques et mathématiques l'ancienne forme de l'Académie royale des sciences.

Il rétablissait les secrétaires perpétuels.

U rétablissait au profit du chef du gouvernement le droit de confirmer ou non les élections.

Il supprimait les 144 associés pris dans les départements, et les remplaçait par des « correspondants, » qui ne porteraient pas le titre de membres ni l'habit de l'Institut.

11 supprimait la section de Déclamation et fermait les portes de l'Institut aux comédiens et aux chanteurs.

11 supprimait les élections faites en commun par l'Institut tout entier et y substituait les nominations faites par chacune des classes où des places viendraient à vaquer.

Il supprimait l'interdiction faite aux membres de l'Institut d'être de plusieurs classes à la fois.

Il supprimait les quatre séances publiques annuelles dans lesquelles toutes les classes étaient réunies.

Sur deux points seulement le premier Consul n'avait pas accepté les propositions de Chaptal. Il avait bien consenti à restaurer les anciennes académies, mais non à leur rendre leur nom. Ce nom les faisait dater du règne des Bourbons, et c'est ce qu'il ne voulait pas. De plus, l'Académie française rétablie avec son nom, c'était la littérature replacée au premier rang et audessus des sciences, ce qui n'était pas conforme à ses idées. « C'était surtout, dit M. Paul Mesnard dans sa remarquable Histoire de V Académie française, la littérature reconnue de nouveau comme une puissance et cherchant peut-être à ressaisir cette direction de l'opinion publique qui, au xviii'' siècle, l'avait rendue si redoutable 1. » Bonaparte ne l'entendait pas ainsi. L'arrêté consulaire du 23 janvier 1803 maintint la division de l'Institut en classes. Les sciences physiques et mathématiques restèrent dans la première. La langue et la littérature française furent placées dans la seconde.

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