Paul Mesnard, p
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Par le nombre de ses membres, par son mode d'élection, par la plupart de ses prérogatives, cette seconde classe était bien la reproduction de l'ancienne Académie française, mais elle n'en portait pas le nom, et cela suffisait pour qu'elle ne recouvrât ni son autorité ni son prestige. Membre de V Académie française, il n'y avait presque rien au-dessus de ce titre '. Membre de la IP classe, cela ne disait rien au public.
Dans son rapport, Chaptal avait insisté sur l'utilité que présenterait, dans les académies autres que l'Académie française, le rétablissement des « associés libres 2. » C'était encore un retour à l'état de choses ancien. En 1789, l'Académie des belles-lettres comptait comme « académiciens honoraires » ou comme « académiciens libres, » le duc de Nivernais, Lamoignon de Malesherbes, Le Fèvre d'Ormesson, premier président du Parlement de Paris, le cardinal de Bernis, le maréchal prince de Beauvau, dom Clément et dom Poirier, bénédictins de la congrégation de Saint-Maur, Bailly, Hennin, Silvestre de Sacy, etc. A l'Académie des sciences, on trouvait, parmi les « honoraires, » Amelot, Berlin et de Machault, ministres d'État, le duc d'Ayen, le duc de la Rochefoucauld, Bochard de Saron, prési-
1. Au xviii' siècle, la prééminence de l'Académie française était si bien reconnue, qu'en 1799, à Venise, le cardinal Maury pouvait dire à Joseph de Maistre, non, il est vrai, sans une forte pointe d'exagération méridionale: « L'Académie française était seule considérée en France et donnait réellement un état.... Un mathématicien, un chimiste, etc., ne sont entendus que d'une poignée de gens; le littérateur, l'orateur, s'adressent à l'univers. A l'Académie française, nous regardions les membres de celle des sciences comme nos valets. » Lettres et opuscules inédits du comte Joseph de Maistre, t. II, p. 232.
2. A aucun moment de son histoire, l'Académie française n'a eu d'associés libres ou de membres honoraires.
dent à mortier au Parlement ; et parmi les « associés libres, » le marquis de Montalembert, le marquis de Chabert, chef d'escadre, Andouillé, premier chirurgien du roi, Perronet, premier ingénieur des ponts et chaussées. Les « honoraires associés libres » de l'Académie de peinture et de sculpture étaient le comte de Choiseul-Gouffier, le maréchal de Ségur, le marquis de Turpin, le baron de Breteuil, M. de la Reynière, administrateur général des postes.
Malgré l'avis de Chaptal, le premier Consul ne crut pas devoir faire revivre ces traditions. Les académiciens libres ne devaient être rétablis que sous la Restauration.
Le 21 mars 1816, Louis XVIII rendit une ordonnance dont voici le préambule :
La protection que les rois nos aïeux ont constamment accordée aux sciences et aux lettres nous a toujours fait considérer avec un intérêt particulier les divers établissements qu'ils ont fondés pour honorer ceux qui les cultivent : aussi n'avons-nous pu voir sans douleur la chute de ces académies qui avaient si puissamment contribué à la prospérité des lettres, et dont la fondation a été un titre de gloire pour nos augustes prédécesseurs. Depuis l'époque où elles ont été rétablies sous une dénomination nouvelle, nous avons vu avec une vive satisfaction la considération et la renommée que l'Institut a méritées en Europe. Aussitôt que la divine Providence nous a rappelé sur le trône de nos pères, notre intention a été de maintenir et de protéger cette savante compagnie; mais nous avons jugé convenable de rendre à chacune de ses classes son nom primitif afin de rattacher leur gloire passée à celle qu'elles ont acquise, et afin de leur rappeler à la fois ce qu'elles ont pu faire dans des temps difficiles, et ce que nous devons en attendre dans des jours plus heureux.
L'article l^'" de l'ordonnance du 21 mars était ainsi conçu :
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L'Institut sera composé de quatre académies, dénommées ainsi qu'il suit, et selon Tordre de leur fondation, savoir : L'Académie française ;
L'Académie royale des inscriptions et belles-lettres ; L'Académie royale des sciences ; L'Académie royale des beaux-arts.
Aux termes de l'article 10, l'Académie française devait reprendre ses anciens statuts.
Les articles 18, 19 et 21 avaient Irait aux académiciens libres :
Article 18. Il sera ajouté, tant à l'Académie royale des inscriptions et belles-lettres qu'à l'Académie royale des sciences, une classes d'académiciens libres, au nombre de dix pour chacune de ces deux Académies.
Art. 19. Les académiciens libres n'auront d'autre indemnité que celle du droit de présence. Ils jouiront des mêmes droits que les autres académiciens et seront élus selon les formes accoutumées.
Art. 21. L'Académie royale des beaux-arts aura également une classe d'académiciens libres, dont le nombre sera déterminé par un règlement particulier, sur la proposition de l'Académie elle-même l.
Les académiciens libres étaient rétablis, l'Académie française reprenait son nom et ses anciens statuts. Cette fois, c'en était bien fait de la c grande création » de la Convention nationale. Il ne fallut pas moins qu'une révolution nouvelle, non pour reconstituer l'Institut de 1795, mais pour faire revivre l'une de ses classes, sup-
1. Aux termes du règlement de l'Académie des beaux-arts, approuvé par l'ordonnance royale du 9 juillet 1816, la classe des académiciens libres est composée de dix membres.
primée depuis trente ans. Deux ans après la révolution de juillet, le 26 octobre 1832, M. Guizot, ministre de l'instruction publique, proposa au roi Louis-Philippe de rétablir l'ancienne classe des sciences morales et politiques. Le ministre disait dans son rapport au roi :
Le Consulat l'abolit, et la Restauration ne la rétablit point. L'institution leur était suspecte par ses mérites mêmes. Mais le gouvernement que la révolution de 1830 a fondé ne saurait conserver la défiance des pouvoirs qui l'ont précédé. Lorsque les principes d'un gouvernement ne sont pas conformes aux droits de l'humanité, il peut redouter la raison humaine : elle peut l'ébranler même quand elle ne s'égare pas, et l'inquiéter même en le respectant. L'ordre politique qui s'est élevé en France est à l'abri de telles inquiétudes. Son origine est assez nationale, l'union des intérêts du pouvoir et de ceux de la société est en France assez fortement garantie, pour que le gouvernement de Votre Majesté se montre supérieur aux soupçons que l'on concevait avant lui, et s'honore de seconder les progrès de l'intelligence humaine, sans redouter ses égarements. La stabilité de notre charte peut braver les erreurs spéculatives ; et la pensée, dans ses témérités les plus hasardeuses, ne saurait prévaloir contre la vérité pratique de nos heureuses institutions. C'est le privilège des gouvernements libres de résister aux épreuves dont s'elïraie le pouvoir absolu. D'ailleurs, la France a profité de ces longues et coûteuses expériences. Des idées saines se sont répandues ; les lumières deviennent de jour en jour l'une des meilleures garanties de l'ordre; la raison s'honore de consolider les fondements des plus nobles croyances de l'humanité ; et les sciences morales et politiques serviront désormais (on peut Tespérer) à rafîer-mir ce qu'elles ont jadis ébranlé 1.
L'optimisme de M. Guizot s'élevait à la hauteur de son talent. Les événements devaient, ici encore, donner un démenti à ses illusions. Le rétablissement de l'ancienne