Léon Aucoc, p
l'institut de FRANCE. 245
classe des sciences morales el politiques fut une des erreurs de sa carrière. On n'était plus, en effet, dans la situation de 1795. Le décret du 3 brumaire an IV (25 octobre 1795) consacrait d'une façon définitive la suppression de l'Académie française. 11 réduisait à une seule classe, la troisième, et à quarante-huit membres seulement, quatre des académies d'autrefois, l'Académie française, l'Académie des inscriptions et belles-lettres, l'Académie de peinture et de sculpture, l'Académie d'architecture. 11 bornait à deux sections, Grammaire et Poésie, la part de ceux qui cultivaient les lettres. De là la nécessité d'une autre classe où les philosophes et les publicistes pourraient avoir accès, où les Malebranche et les Montesquieu (s'il s'en trouvait) pourraient être admis. La seconde classe avait donc alors sa raison d'être. Elle ne l'avait plus, du moment que l'Académie française était rétablie. Ni Malebranche, ni Montesquieu, ni même Condillac n'étaient exposés à rester à la porte de l'Institut. La vérité, c'est que le rétablissement de la seconde classe, la création de l'Académie des sciences morales et politiques fut surtout une satisfaction donnée aux idées révolutionnaires, une politesse faite à la Convention par la révolution de juillet. « Pour reconstituer l'Académie consacrée aux sciences morales et politiques, disait U. Guizot dans son rapport, il importe d'abord de recueillir avec soin les débris de l'ancienne classe qui, longtemps dispersés par les événements, viendront comme d'eux-mêmes se réunir dans la nouvelle Académie. » Débris était bien le mot. L'ordonnance du 26 octobre 1832 inscrivit en tète de la liste des nouveaux académiciens ceux qui faisaient partie de la seconde classe à l'époque de sa suppression en 1803 : vieux restes de la Convention el du Directoire, anciens républicains tous plus comtes
les uns que les autres, le comte Garât, le comte Merlin, le comte Reinliardt,le comte Rœderer, le comte Sieyès, le prince de Talleyrand. M. Mignet entra, dès le premier jour, dans la nouvelle Académie, qui le choisit pour son secrétaire perpétuel. Cet habile homme s'acquitta en conscience du soin d'embaumer ces momies et de les entourer de ses bandelettes académiques. Il leur prodigua ses fleurs de rhétorique et n'eut pour eux que des éloges, même pour cet infâme Merlin, l'auteur de la loi des suspects, la plus rare figure de lâche qui ait décoré la Convention nationale !
L'Académie des sciences morales et politiques est depuis longtemps, grâce à Dieu, débarrassée de ces peu vénérables * débris ; » elle ne compte plus maintenant que d'honnêtes gens; mais cette création de la Convention répond si peu à un véritable besoin que ses membres, à peine entrés, aspirent à en sortir. Ils ne se considèrent comme vraiment académiciens que le jour où ils ont pu se faire accepter par l'Académie française.
Outre l'Académie des sciences morales et politiques, l'Institut actuel conserve encore un autre vestige de l'Institut de 1795.
Avant la Révolution, les différentes Académies vivaient à peu près sans relations les unes avec les autres. Colbert avait formé en 1666 le projet de constituer une Académie générale des lettres et des sciences. Cette assemblée aurait formé ce que Fontenelle appelle « les États généraux de la littérature. » Ce même Fontenelle, dans V Histoire de V Académie royale des sciences, donne sur le dessein de Colbert des détails très précis J. La bibliothèque du Roi était des-