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cette personnalité qui avait fait en grande partie leur force et leur grandeur. Elle voulait abolir entièrement et pour toujours cette primauté de l'Académie française, qui avait blessé tant d'amours-propres et soulevé tant de jalousies. Elle entendait enfin que le niveau de l'égalité s'étendit sur ces Académies mêmes qui avaient été trop longtemps des corps privilégiés. Que telle fût au fond la vraie pensée des auteurs de la loi du 3 brumaire an IV, Daunou, dans son rapport, n'en fait pas mystère. « Il est temps, disait-il, que la gloire aussi ressente Vinfluence de Vuniver selle égalité, et qu'elle puisse ouvrir à la fois son temple au savant qui con tinue Pascal et d'Alembert, au poète qui recommence Racine, à l'orateur, à l'historien, à l'artiste, à Vacteur célèbre qui recrée les chefs-d'œuvre du grand théâtre en leur donnant l'âme du geste, du regard et de la voix, et qui achève ainsi Corneille et Voltaire. »
Quoi qu'il en soit, ce qui n'avait lieu, avant 1789, qu'entre l'Académie des inscriptions et belles-lettres et l'Académie des sciences, a lieu maintenant entre toutes les Académies. Elles se réunissent quatre fois par an pour se rendre compte de leurs travaux. De plus, une commission centrale administrative, composée de deux membres élus par chaque Académie et des secrétaires perpétuels, est chargée de régir et d'administrer, sous l'autorité du ministre de l'intérieur, les propriétés communes aux diverses Académies et les fonds y affectés.
On m'accordera bien que dans la considération qui entoure l'Institut, dans sa grande et légitime illustration, ce « groupement » administratif est pour peu de chose ; — pour peu de chose aussi, on voudra bien le reconnaître, l'Académie des sciences morales et politiques, qui manque décidément de prestige. La gloire de l'Institut est due tout entière à l'Académie
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française, à rAcadémie des sciences, à l'Académie des inscriptions et belles-lettres, à l'Académie des beauxarts. Or, ces Académies, qui les a fondées? Louis XII l et Louis XIV. Qui les a détruites? la Convention. Supprimées en 1793, elles n'ont été véritablement rétablies que par Napoléon et par Louis XVIll. L'Institut de France ne doit à la République qu'une chose : son nom. L'Amérique aussi doit le sien à Améric Vespuce, mais cela n'empêche pas que c'est Christophe Colomb qui l'a découverte.
vu.
Serait-il donc vrai que plus un gouvernement est honnête, bienfaisant, réparateur, et plus l'opposition qui lui est faite est acharnée, violente, implacable ; — que plus un gouvernement opprime les consciences, ruine et démoralise le pays, plus il se rit de la religion, de la justice, de l'honneur même, et plus l'opposition qu'il rencontre est molle, timide, effacée, facile au pardon et prompte à l'oubli, prête, en toute rencontre, à s'excuser de la liberté grande ?
Un gouvernement s'est trouvé, depuis le commencement de ce siècle, qui a reçu des contemporains et qui gardera dans l'histoire ce beau nom : la Restauration ; un gouvernement qui a rendu à la France ces deux biens inestimables, la paix et la liberté; à l'abri duquel
1. La Congrégation, par M. Geoffroy de Grand maison, 1 vol. in-8, librairie E. Pion, Nourrit et C*. Paris, 1889.
le commerce, l'agriculture, la marine, l'industrie, se relevant de leurs ruines, ont pu renaître, prospérer et grandir, en même temps que la poésie et les lettres, l'éloquence et l'histoire, donnaient à l'Europe et au monde le spectacle du « plus beau et du plus hardi mouvement intellectuel qu'aucun de nos siècles eût encore vu i. » Respecté au dehors, à la fois pacifique et victorieux, il associait aux succès de son drapeau les intérêts de la civilisation, affranchissait la Grèce de la domination des Turcs, et, par la conquête d'Alger, délivrait la Méditerranée des pirates qui l'infestaient. A la veille de sa chute, il préparait, par l'habileté de sa diplomatie, l'extension de nos frontières jusqu'au Rhin 2. Et toutes ces choses, il les faisait à peu de frais. Servi par des ministres intègres, il payait les dettes léguées par l'Empire et les contributions de guerre imposées par les alliés, dégrevait la propriété foncière, rachetait par l'amortissement près de trente-quatre millions de rente 3, réalisait enfin ce prodige d'avoir de gros excédents de recettes sur de petits budgets.
Ce gouvernement, le meilleur que nous ayons eu, est celui qui a vu se dresser contre lui l'opposition la plus ardente et la plus opiniâtre. Pas un jour, pas une heure, ses adversaires n'ont désarmé. Pour le combattre, tout leur a été bon, ils ont tout mis en œuvre, la tribune et les sociétés secrètes, l'émeute et la chanson, les complots dans l'armée et les mensonges dans la presse. La calomnie surtout est devenue entre leurs mains une arme terrible ; elle a eu raison de la vérité et du bon sens ; elle a réussi là où avaient échoué les attaques