Louis Blanc, Histoire de dix ans, t. L
3. Histoire parlementaire des Finances de la Restauration, par M. A. Calmon, t. J, 1868.
violentes, les complots et les conjurations militaires. Elle s'est attaquée à tout, elle a tout travesti, tout défiguré ; mais son triomphe a été de faire croire à la toute-puissance de la Congrégation; de la montrer partout agissante et partout maîtresse; de faire accepter par le peuple le plus spirituel de la terre cette bourde colossale, que tout en France, Chambre des députés et Chambre des pairs, ministères, armée, magistrature, royauté même, tout cela n'était qu'apparences trompeuses et vains fantômes, que le seul pouvoir réel était un pouvoir occulte, et qu'il ne le fallait chercher ni au Palais-Bourbon, ni au Luxembourg, ni aux Tuileries, mais à la rue de Sèvres, dans la cellule du P. Honsin!
Grâce au livre de M. Geoffroy de Grandmaison, nous savons maintenant ce qu'il y avait derrière cet épouvantail, ce que valent, au juste et au vrai, ces absurdes et meurtrières accusations. 11 a pu consulter les archives manuscrites de la Congrégation, il a retrouvé la liste complète de ses membres. A l'aide de ces papiers authentiques, il a écrit une histoire définitive, de tous points irréfutable. Pour tout esprit non prévenu, pour tout homme de bonne foi, après la lecture de son ouvrage, il ne reste plus rien des calomnies d'autrefois, des mensonges trop complaisamment répétés par les historiens. Encore une légende qui s'en va ! Voilà bien longtemps que les royalistes sont condamnés au rôle de vaincus. Hier encore, nous subissions une nouvelle défaite. Toute compensation, cependant, ne nous est pas refusée. Les faits actuels sont contre nous, soit ; mais au-dessus des faits, il y a les idées, ilya la vérité, la justice, l'honneur. Eh bien ! depuis quelques années, qu'ils le veuillent ou non, tous les historiens travaillent pour nous. Pas de publication nouvelle, —je parle de
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celles qui marquent et qui comptent, — d'où l'Église et la monarchie ne sortent justifiées, honorées, victorieuses. Pour moi, à l'heure présente, cette revanche me suffit.
Aux environs de 1848, M. Achille de Vaulabelle a fait paraître une Histoire des deux Restaurations i, qui obtint un succès considérable et qui compte encore de nombreux lecteurs. J'ai sous les yeux la septième édition, publiée en 1868. C'est un livre à deux faces, l'une qui sourit aux bonapartistes, l'autre qui rit aux républicains, — à peu près comme ces pièces de cinq francs de l'an IX, qui présentaient, d'un côté, l'effigie de Napoléon Bonaparte, et, de l'autre, l'inscription : République française. L'auteur y parle longuement de la Congrégation et dresse contre elle un réquisitoire, où il n'a garde d'omettre aucune des charges de l'accusation 2. Voici d'abord, d'après lui, quelles furent ses origines :
Sous la République, lorsque l'exercice public du culte catholique était interdit, quand les nobles et les prêtres demeurés ou rentrés à Paris se voyaient forcés de se dérober à tous les regards et de chercher dans une vie de silence et d'obscurité une protection contre les colères de l'époque, quelques catholiques fervents, membres pour la plupart de l'ancienne aristocratie, se livraient secrètement aux pratiques du culte sous la direction d'un ancien jésuite, l'abbé Delpuits, autrefois attaché à la maison Doudeauville.... La salle de la bibliothèque de l'ancien séminaire des Missions
1 . Histoire des deux Restaurations jusqu'à Vavènement de Louis- Philippe [de janvier i8i3 à octobre i830), par Ach. de Vaulabelle, 8 vol. in-8.
2. Voy. t. IV, p. 197 à 201 ; t. V, p. 335 à 347 ; t. VII, p. 225 à 258.
étrangères, rue du Bac, était le lieu ordinaire des réunions.... Le P. Delpuits, obéissant aux statuts de sa Compagnie, profita de la circonstance, ainsi que de la conformité d'opinions et de position du plus grand nombre de ses pénitents, pour en former une congrégation, où chacun mit, pour ainsi dire, au service de tous les confrères son influence et ses relations.... On parvint à établir des rapports même avec les bureaux de la Sûreté, ou, pour mieux dire, de la Police générale. Des visites domiciliaires, une arrestation, menaçaient-elles un des membres de la Société ou quelques-uns de leurs amis politiques, celui-là ou ceux-ci étaient avertis immédiatement. Avait-on besoin de passeports, on les obtenait par la même voie. Cette association ayant pour lien la religion, pour but une sorte de protection commune, se prolongea ainsi jusqu'à la fin de l'empire.... La mort du P. Delpuits, arrivée dans l'intervalle, n'avait apporté aucun changement dans la position de la société i.
11 y a, dans ces lignes, presque autant d'erreurs que de mots.
Ce n'est pas « sous la République, quand les nobles et les prêtres se voyaient forcés de se dérober à tous les regards, » c'est sous le Consulat, quand les églises se rouvraient, à la veille du Génie du Christianisme et du Concordat, que la Congrégation a été fondée, le 2 février 1801 2. Les premières réunions n'eurent point lieu « rue du Bac, dans la salle de la bibliothèque de l'ancien séminaire des Missions étrangères, t mais rue Saint-Guillaume, n" 27, dans l'appartenant du P. Delpuits, au second étage de la maison qui fait l'angle dos rues Saint-Guillaume et de Grenelle 3. Ce fut seulement à partir de 1812 que les congréganistes se réunirent au séminaire des Missions étrangères (à l'angle de la