Ibid., p
rue du Bac et delà rue de Babylone), d'abord dans une pièce du second étage, qui fut transformée en oratoire, puis, au bout de peu de temps, dans une petite chapelle intérieure, située au troisième étage i.
Ceux qui en firent partie, à l'origine, n'étaient pas « des membres de l'ancienne aristocratie. » Ils s'appelaient Régis Buisson, François Régnier, Louis Gondret, Joseph Perdreau, Auguste Périod et Charles Frain de la Villegontier. Tous étaient étudiants en médecine ou en droit.
A la fin de 1801, le nombre des congréganistes était de 59; en 1809, lors du décret de suppression, ils étaient 395. A très peu d'exceptions près, tous étaient des jeunes gens ; presque tous appartenaient, comme Régis Buisson et ses cinq camarades, aux écoles de droit et de médecine. Quelques-uns venaient de l'Ecole polytechnique ; d'autres étaient auditeurs au conseil d'État. Us se rapprochaient tout naturellement, en vertu de cette loi qui veut que les bons se recherchent et s'unissent, comme les mauvais se recherchent et se liguent. Encore sous l'impression des spectacles terribles dont avait été témoin leur enfance, ils éprouvaient le besoin de s'affermir ensemble dans les sentiments et les principes qu'ils avaient puisés au sein de leurs familles, de fortifier leur foi par le bon exemple de la piété en commun. De son côté, le P. Delpuits, qui n'avait jamais été « attaché à la maison Doudeauville, » mais qui avait appartenu dans sa jeunesse à la Compagnie de Jésus, avait conservé le souvenir de ces
4. La Congrégalion, p. 128 et 161. — Sous la Restauration, le nombre des congréganistes ayant augmenté, la petite chapelle du troisième étage devint trop étroite. On monta dans la bibliothèque, vaste pièce située à l'étage supérieur et éclairée de six grandes fenêtres.
Congrégations de la Sainte-Merge qyà.^oMS la direction des Jésuites, avaient produit, dans leurs collèges et dans un grand nombre de villes, de si heureux fruits. 11 voulut faire revivre une de ces congrégations, grouper autour de lui quelques jeunes gens d'élite, pour en faire, avec la grâce de Dieu et sous la protection de Marie, des chrétiens fidèles et des apôtres dévoués. L'association nouvelle, érigée avec l'autorisation du cardinal de Belloy, archevêque de Paris, sous le titre de Sancta Maria, auxilium christianorum , n'avait pas d'autre but, ainsi que le montre du reste le règlement rédigé par le P. Delpuits et dont, à aucun moment, les congréganistes ne s'écartèrent. Le voici en son entier :
Pour être admis à porter le nom de congréganiste, il faut faire profession de la foi catholique, avoir fait sa preraiènî communion, jouir d'une réputation intacte sur la probitt', les mœurs et l'assiduité des devoirs du culte catholique, jouir aussi dans son état d'une sorte d'estime que la nianièn; de s'y conduire et les habitudes connues de la vie procurent ordinairement. Il est nécessaire aussi de demander et de désirer son association à la Congrégation, après avoir connu quel en est l'esprit, quels en sont les obligations et les avantages pour la sanctification. L'esprit de la Congrégation est celui de la charité évangélique : nous ne devons faire entre nous qu'un cœur et qu'une ame, cor unum et anima una.
Dira-t-on que, sous le Consulat et l'Empire, — nous arriverons tout à l'heure à la Restauration, — la Congrégation ne renfermait pas seulement des étudiants en médecine comme Cruveilhier et Hyacinthe Laënnec, le futur auteur du Traité d'auscultation médicale ; des étudiants en droit comme Ilennequin et Auguste de Quincerot, dont les professeurs disaient : « C'est la meilleure tète de l'École; » des polytechniciens comme
Teysseyrre i et Augustin Cauchy, illustre à vingt- cinq ans par ses découvertes mathématiques et membre de l'Académie des sciences à vingt-sept ans 2? Est-ce qu'elle ne comptait pas aussi un certain nombre de membres appartenant aux anciennes familles, Eugène et Matthieu de Montmorency, Alexis de Noailles, Maximilien de Béthune-Sully, Charles de Forbin-Janson, Martial de Loménie de Brienne, Louis de la Bédoyère, Antoine de Ponton d'Amécourt, Maximilien Séguier, Charles de Breteuil, d'autres encore? N'avaient-ils pas à craindre les suspicions, les rigueurs peut-être, du nouveau pouvoir? Et ne se peut-il pas que ceux-là du moins aient vu dans la Congrégation ce que M. de Vaulabelle y a découvert, une sorte de société mutuelle d'assurance contre la police de Real et de Fouché? Telle n'a pu être leur pensée, et cela pour une raison bien simple : ce dont ils étaient surtout menacés, c'était d'être nommés chambellans, ou aides de camp, ou auditeurs. Napoléon les poursuivait, en effet, mais pour les attacher à sa personne ou à sa cour. Il les persécutait de ses faveurs. Les portes des Tuileries se seraient ouvertes toutes grandes devant Matthieu et Eugène de Montmorency, le jour où ils auraient consenti à en franchir le seuil. Martial de Loménie de Brienne, Alexis de Noailles, dont le frère était, à dix-neuf ans, aide de camp du maréchal Berthier, Maximilien Séguier s, dont
1. M. Teysseyrre, après avoir été un des plus brillants élèves de l'Ecole polytechnique et y avoir rempli les fonctions de répétiteur, entra au séminaire de Saint-Sulpice. Sa Vie a été écrite par M. l'abbé Paguelle de Follenay.