T. V, p. 340 et
2. Du 2 février 1801 au 18 juillet 1830, date de la dernière réunion de la Congrégation, le nombre total des admissions a été de 1,373. On trouvera dans le livre de M. GeofTroy de Grandmaison, p. 314, le tableau de l'accroissement de l'Association, année par année. En 1824, le nombre des membres admis depuis le 2 février 1801 était de l,16o. En tenant compte des décès survenus el qui étaient assez peu nombreux, la plupart des congréganisles étant des jeunes gens, on arrive au chilTre donné plus haut, un millier de membres environ.
pour les besoins de sa cause, le nombre des membres de la réunion des Missions étrangères ; — en faisant figurer parmi eux le roi Louis XVIII, le comte d'Artois et le duc de Bourbon.
Pour égayer un peu ces pages, j'aurais aimé à reproduire ici le tableau d'une séance de la Congrégation, retracé par M. de Vaulabelle : les congréganistes ont leurs regards constamment fixés sur une bannière, placée au fond de l'enceinte réservée ; les servants de messe remplissent des « fonctions très variées, prélude habituel de quelque haute faveur politique ou administrative. » Puis, par un coup de baguette, comme cela se voit au théâtre, dans les féeries, « la chapelle se transforme en une sorte de salon ; la séance quitte son caractère religieux pour devenir une réunion mondaine. » Le directeur, — cet affreux P. Ronsin, qui porte une bague en or, tandis que les congréganistes, même les princes, les ducs et les marquis n'ont qu'une bague en argent, — - le directeur met la conversation sur les affaires du jour et s'entretient avec ses confrères de la marche de l'administration !
En regard de cette peinture de fantaisie qui, dans VHistoire des deux Restaurations, n'occupe pas moins de quatre grandes pages, le lecteur me saura gré de placer la page suivante, écrite par M. Eugène de la Gournerie, un congréganiste de 1824, un homme dont la modestie égalait le talent, le type le plus accompli de la vertu et de l'honneur :
Le secret de la Congrégation pour former des âmes viriles, c'était la piété et la charité. On se réunissait, de deux dimanches l'un, dans la chapelle haute des Missions étrangères, au pied d'un autel qui portait pour inscription : Cor unum et anima una. L'appel était fait par ordre d'ancienjieté et, pour tous, sans aucun titre. J'entends encore : Mat-
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thieu de Montmorency, Eugène de Montmorency , Bordier, Laënnec, Récamier, Gaultier de Claubry, Olivier de la Rochefoucauld, etc., etc. Venait la messe, à laquelle tous ou presque tous communiaient, puis une instruction, qui le plus souvent prenait pour texte l'évanjîile du jour, (;t dans laquelle j'atteste n'avoir jamais entrevu d'autre politique que celle qui se fait publiquement dans les chaires, c'est-àdire la grande politique du respect de Dieu et du respect de soi-même. On chantait enfin le Magnificat, on récitait le Miserere, et l'on se séparait heureux et forts, comme des frères qui s'aiment et qui ont prié ensemble.
Dans l'intervalle des réunions, ceux (jui le voulaient bien prenaient leur part des travaux de la Société des Bonnes- Œuvres, qu'avait fondée le pieux abbé Le (iris-Duval. Ils allaient assister les malades dans les hôpitaux, consoler les prisonniers dans leurs geôles, ou réunissaient les petits Savoyards pour leur tenir lieu d'instituteurs et de pères.
Voilà à quoi se réduisaient les mystères de la Congrénration, et voilà comment elle s'étudiait à faire des hommes. Elle savait que la fréquentation des sacrements, c'est-à-dire l'union avec Dieu, et la charité, c'est-à-dire l'union avec le prochain, suivant le mot de l'Évangile, sont le v(''ritable secret de la force 1 .
Cette page d'un témoin appartient de droit à l'histoire de la Congrégation ; je la recommando à M. r;ooffroy de Grandmaison pour la plus prochaine édition de son livre.
Si dur qu'il soit de passer d'un homme comme M. de la Gournerie à M. de Vaulabelle, force m'est bien de
m y resigner.
1. Eugène de la Gournerie, lea Origines de la presse religieuse. {Revue de Bretagne et de Vendée, juillet 1873.)
Avant de quitter son tome V, je dois en signaler encore ce passage :
Lorsque l'ordonnance du 21 décembre 1820 eut introduit, pour la première fois, dans le gouvernement deux membres de la Congrégation, MM. de Yillèle et Corbière, ce dernier, qui n'avait accepté le titre de ministre sans portefeuille qu'à la condition de diriger l'instruction publique, se hâta d'ouvrir dans l'Administration une brèche assez large pour y donner passage aux doctrines comme aux hommes de son opinion l.
Pas plus en 1820 qu'en 1815, MM. de Villèle et Corbière n'étaient membres de la Congrégation. Il y a mieux, M. de Villèle ne la vit jamais avec faveur; quant à M. de Corbière, il lui était ouvertement contraire 2.
Arrivé au pouvoir à la fin de 1821 3, le ministère Villèle était encore debout en 1826. Cette longévité inaccoutumée avait porté à son paroxysme la colère de l'opposition. Députés, journalistes, pamphlétaires, chansonniers, faisaient rage. La Congrégation, surtout, servait de thème à leurs attaques, de prétexte à leurs calomnies. Les avocats eux-mêmes s'en mêlaient. M. Dupin l'ainé, qui était une puissance dans ce tempslà, traduisait de Tite-Live l'épisode des Bacchanales, avait soin d'y faire entrer les mots : congrégation, affiliation, doctrines secrètes, etc., et le publiait sous ce titre : Procès fait à la congrégation des Bacchanales. M. Geoffroy de Grandmaison cite quelques passages de cette odieuse brochure, dont M. Dupin tirait encore vanité trente ans plus tard. « Quoique ce ne fût, dit-il dans ses Mémoires, qu'une traduction presque littérale