Ibid., p
visite à un prisonnier qui réclamait sa présence et qu'il était allé voir, malgré les ordres de ses médecins et les instances de M. Dambray : « Mon cher ami, lui disait avec intérêt le chancelier, vous ne devriez pas sortir dans l'état où vous êtes ; celui que vous voulez aller voir est peut-être moins malade que vous. » Le saint prêtre lui répondit : « Monseigneur, en sauvant cette âme-là, je sauve la mienne i . »
Ambitieux encore et hypocrites, l'abbé Desjardins, le grand vicaire et l'ami de Mgr de Quélen, dont il ne consentit jamais à se séparer ; l'abbé des Genettes, le curé de Notre-Dame des Victoires; M. Gabriel Brute, qui, après avoir été l'un des plus brillants élèves de l'École de médecine de Paris 2, puis l'une des gloires de Saint- Sulpice, se fit l'humble apôtre des populations perdues du nouveau monde et mourut évêque de Vincennes, dans l'État d'Indiana 3; l'abbé Dupuch, le premier évêque français de la terre d'Afrique * ; Mgr Borderies, évêque de Versailles, qui fut le maître de l'abbé Dupanloup et le père de son âme 5; et ces autres évêques, l'honneur de l'Église de France : NN. SS. Philibert de Bruillart, Mathieu, de Jerphanion, de Mazenod, Dufêtre, de Garsignies, Gerbet, de la Croix d'Azolette, Blancart de Bailleul. Et comment ne pas citer aussi ce congréganiste de 1829, Pierre Dumoulin Borie, hypocrite avéré, celui-là, puisqu'il est mort martyr au Ton-
2. 11 avait obtenu, en 1803, le grand prix au concours médical de la Faculté de Paris.
3. La Vie de Mgr Brute a été écrite en Amérique et traduite par M. Henri de Courcy (de Laroche-Héron).
4. Antoine Dupuch, congréganiste de 1818, quitta le barreau pour entrer au séminaire. Vicaire général de Bordeaux, son pays natal, il devint évêque d'Alger, après la conquête.
5. Vie de Mgr Dupanloup, par M. l'abbé F. Lagrange, t. I, p. 47.
kiii ^ ; et ce congréganiste de 1819, Xavier de Uavignan, substitut du procureur du roi à Paris, qui, au printemps de 18i22, s'arrachait à sa famille, à ses amis, à un avenir plein de promesses, pour aller s'ensevelir dans la solitude d'Issy; que des magistrats et des membres du barreau, Berryer en tête, allaient réclamer et qui, tout à coup, apparaissant au haut d'un petit escalier, dans le parc, au penchant de la colline, les saluait de loin avec un sourire céleste et leur disait : Eh bien! je vous ai donc plantés là! c'est fini - !
Les congréganistes que je viens de rappeler, il est vrai, se sont faits prêtres, et c'est, sans doute, parmi ceux qui sont restés laïques qu'il faut chercher les ambitieux et les hypocrites dénoncés par M. de Vaulabelle. Le type des congréganistes laïques, celui que tous ses confrères regardaient comme leur aîné et leur modèle, c'était Matthieu de Montmorency. On sait comment il mourut. Le 24 mars 1826, jour du vendredi saint, malgré les fatigues d'un grave étourdissement qui l'avait frappé, dans la rue du Bac, en se rendant, la semaine précédente, à la messe de la Congrégation, il avait voulu aller prier au tombeau dressé dans sa paroisse. 11 vint à Saint-Thomas d'Aquin, dans l'aprèsmidi ; mais, à peine s'était-il agenouillé pour adorer la croix, qu'il perdit connaissance : il chancela ; on accourut près de lui, il n'était plus 3.
A la nouvelle de cette mort, Lamartine, alors à Florence, écrivait à sa mère, le 6 avril 1826 : « La mort angélique de ce brave et saint duc de Montmorency me fait un vrai chagrin. C'était un homme unique,
1. Lors de la persécution de 1838. Pierre pumoulin Borie était vicaire apostolique du Tonkin occidental.