Biographie universelle, de Michaud, v" Quatremère
« Si l'on veut faire attention à la différence des temps, a écrit M. de Tocqueville, on se convaincra qu'à aucune des époques qui ont suivi la Révolution, la prospérité publique ne s'est développée plus rapidement que pendant les vingt années qui la précédèrent 1 . » Les négociants et les financiers voyaient naturellement leur situation dans la société grandir avec leur richesse. Cependant, comme la considération et l'influence ne se mesuraient point alors à la seule fortune, bien au-dessus du commerce prenait rang la magistrature. M. Albert Babeau en a parlé excellemment. « Cette magistrature, dit-il, sévère d'allure, souvent rigide, se présente encore à nos yeux comme le type le plus élevé de l'honnêteté publique et privée.... Elle a sans doute un décorum, un vernis extérieur qui en impose , elle peut avoir ses défauts, peut-être un peu ses ridicules; mais il n'est rien de si estimable que ces familles de magistrats chez qui la sagesse, le travail et la probité sont héréditaires comme les charges de magistrature. Elles sont l'élite de la bourgeoisie ; surtout en province, elles en ont conservé les qualités maîtresses; elles exercent autour d'elles une influence véritable, parce qu'elles la méritent -. »
Les avocats marchent presque de pair avec les magistrats; leur banc, au Parlement de Paris, est semé de fleurs de lis, comme celui des conseillers ; comme eux,
1. UAncien régime et la Révolution, par Alexis de Tocqueville,