Les Bourgeois d'autrefois, p
LES BOURGEOIS d'aUTREFOIS. 317
ils perlent l'iiermine Mis sont si liaul placés dans l'estime publique que Fabre d'Églanline, dans sa comédie, le Philinte de Molière^ ayant à mettre en scène un grand honnête homme, ne trouve rien de mieux que de donner ce rôle à un personnage qui ne se nonnnera ni Arïste ni Clitandre, mais qu'il appellera de ce seul nom V Avocat.
Les hommes do loi , les fonctionnaires de tout ordre, les titulaires d'office, les officiers, sont loin d'avoir la même importance. Gardez-vous pourtant de les confondre avec les fonctionnaires d'aujourd'hui. Sous l'ancienne monarchie, le fonctionnaire, même le plus modeste, étant propriétaire de sa charge, ne relevait guère que de sa conscience : il était indépendant et libre. Sous notre régime démocratique, le fonctionnaire, même le plus huppé, n'est qu'un commis à gages. M. Taine a, sur ce chapitre, des pages admirables. J'y renvoie le lecteur 2, non sans me réserver la satisfaction d'en citer au moins ces quelques lignes :
Rien de semblable alors i\ cette colonie aml)ulanto qui vient, par ordre d'en haut, administrer chacune de nos villes, à ces étrangers de passage, sans consistance, sans biensfonds, intérêts, ni liens locaux, campés dans un logement loué, souvent dans un logement garni, quelquefois à l'hôtel, éternels nomades, à la disposition du télégraphe, toujours prêts à déménager pour s'en aller à cent lieues, moyennant cent écus d'augmentation, faire la même besogne abstraite. Leur prédécesseur (le fonctionnaire d'autrefois) était du pays, stable et satisfait ; il n'était pas obsédé par le désir de l'avancement; dans l'enceinte de sa corporation et de sa ville, il avait une carrière. N'ayant point l'envie ni l'idée d'en sortir, il s'y accommodait; il contractait l'esprit de corps, il s'élevait au-dessus de l'égoïsme individuel, il met-
1. Berlin, Les Mariages dans ^ancienne société française, p. 420.