Un volume in-16. Paris, 1875. Amyot, éditeur
carrière. Il avait alors cinquante-quatre ans. Débuter à cet âge, à Paris, et s'y faire presque aussitôt un nom célèbre et une réputation étendue, c'était, ce semble, pour un provincial, chose impossible; c'est pourtant ce que fit M. de Lacalprade. Ses consultations étaient regardées comme des modèles par leur éclat, leur netteté, leur science et leur logique. Sa discussion était tout à la fois vive, rapide, pleine de sagacité et d'érudition ; on disait de lui que si toutes les lois romaines étaient perdues, on les retrouverait dans la tête de l'ancien avocat au présidial de Sarlat. Lorsqu'il mourut en 1826, M. de Feletz publia sur lui, dans le Journal des Débats ^ un article nécrologique auquel j'emprunte les lignes suivantes. Elles appartiennent à mon sujet, puisque aussi bien, en esquissant la physionomie de M. de Lacalprade, l'abbé de Feletz a tracé un vivant portrait de Bourgeois d'autrefois :
.... Il fallait voir cet homme occupé toute la matinée d'affaires si sérieuses et si difficiles, de méditations si graves et si compliquées, sortir de son cabinet avec un front ouvert et serein, avec un esprit libre, et aborder avec une gaieté charmante des compatriotes et des amis qui l'attendaient dans son salon, en retenir les trois quarts à dîner, s'il ne pouvait les retenir tous, leur dire à tous les choses les plus aimables et les plus obligeantes, donner à sa bienveillance et à la pohtesse du sel et de l'enjouement par quelques traits d'une épigramme douce et innocente; parler aux femmes avec un accent particulier de grâce et de sensibilité, sourire même avec candeur à la beauté, et soutenir et varier la conversation la plus vive, la plus animée, la plus gaie, jusqu'à ce que d'autres affaires, d'autres consultations le rappelassent dans son cabinet, où il rentrait avec l'esprit le plus calme, le plus réfléchi, le mieux disposé à ses graves occupations.