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Février

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Une piété profonde fut une des premières vertus de M. de Lacalprade et le ferme appui de toutes les autres. Cette piété fut douce et aimable, comme toute véritable piété ; elle ne se démentit jamais, ni dans sa famille, ni pendant ses études, ni en province, ni à la capitale. Partout il vécut en véritable saint. A tous les devoirs que lui prescrivait la religion, il ajoutait toutes les œuvres de surérogation que lui inspirait une vive et pieuse imagination, et parmi ces œuvres et ces devoirs on pense bien que ceux de la charité n'étaient pas oubliés. Il édifiait les riches, il nourrissait les pauvres i .

L'exemple de Sarlat et de son barreau, d'autres encore qu'il serait aisé de multiplier, montrent que, sous Louis XVI, tel modeste présidial était un foyer de vie intellectuelle très supérieur à ce que sont aujourd'hui les plus importants de nos chefs-lieux de Cours d'appel. Que serait-ce donc si, des petites villes, de celles qui ne sont plus maintenant que des chefs-lieux d'arrondissement ou de canton, nous passions à des villes plus considérables, à Dijon, où nous trouverions le président de Brosses, cet homme « d'un esprit prodigieux, d'un goût vif et fin avec des parties de génie 2, » et à côté de lui, parmi les membres du Parlement de Bourgogne, tant d'esprits élevés, délicats, piquants, qui ne sont pas indignes de lui donner la réplique ; — à Nancy, où le salon d'un bourgeois ami des lettres, M. Sigisbert Mandel, réunissait chaque semaine les présidents et les conseillers du Parlement de Lorraine, et, avec eux, des littérateurs comme le poète Gilbert, l'abbé Bexon, collaborateur de Buffon, Lacretelle l'ainé

1. Jugements historiques et littéraires, par M. de Felelz, de l'Académie française, p. 202. — Paris, 1840.

2. Sainte-Beuve, Causeries du Lundi, l. Vil, p. «7 — Le président de Brosses, histoire des lettres et des Parlements au XVIII' siècle^ par Théophile Foisset, 1840.

et François de Neufchâteau, destinés à devenir i'un et l'autre membres de l'Académie française ^ ; — à Bordeaux, où l'Académie royale des belles-lettres, sciences et arts et l'Académie de peinture rivalisaient d'éclat ; où la société du Musée publiait chaque année un volume de vers signés par des négociants qui menaient de front le commerce des vins et celui des Muses ; où le Parlement avait à sa tête le président Dupaty ; où Jean de Sèze, Duranteau, Martignac père, Cazalet, Brochon, Vergniaud, Guadet, Gensonné, Ferrères, Devignes et d'autres encore remplissaient le palais des accents de leur éloquence 2?

L'un des meilleurs chapitres du livre de M. Albert Babeau est celui qui a pour titre : la Société et les plaisirs. Rien de plus agréable que les détails dans lesquels entre ici l'auteur, et il n'est point en peine d'établir que, sur ce point encore, entre l'ancienne société et la société présente, la comparaison n'est point à l'avantage de cette dernière. Il lui a même paru qu'un chapitre n'était pas suffisant pour rappeler les délassements et les plaisirs dont nos pères ne se faisaient pas faute. Les fçstins, qui étaient leurs plus grandes fêtes, sont l'objet d'un chapitre spécial intitulé : les Repas. Il y en a tant et de si plantureux, dans ce chapitre substantiel et admirablement nourri,

1. Promenades hisloriques à travers les rues de Nancy au XVIIP siècle, par Ch. Courbe, 1883.

2. Histoire de la Terreur à Bordeaux, par M. Aurélien Vidie, t. I, p. 5. — Le Barreau de Bordeaux de 1775 à 1815, par Henri Chauvot, 1856. — Aurélien de Sèze, par M. Auguste Nicolas.

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qu'à la fin on est tenté de dire, comme M™* de Sévigné : « Ce sont des festins continuels. Ah ! mon Dieu! quand pourrai-je mourir de faim i ! » A Lyon, une étrangère, M"™*' Piozzi, reçue chez des « marchands, » — un nom dont s'offusqueraient aujourd'hui nos plus petits boutiquiers, — ne tarit pas sur leur hospitalité et leur luxe. « Tout était servi, dit-elle, en vaisselle d'argent, et tout était magnifique, excepté le linge, qui aurait pu être plus beau. Nous n'étions pas très nombreux, de dix-huit à vingt-deux, autant qu'il m'en souvient, le matin et le soir; mais les dames jouaient de la harpe, les hommes chantaient gaiement, sinon harmonieusement, après dîner. Je n'ai jamais rencontré autant de cordialité de ma vie, ni vu exprimer cette cordialité d'une manière plus agréable.... Il y avait communément, continue M™** Piozzi, trente-six plats à diner et vingt-quatre à souper 2. » L'existence des négociants de Bordeaux était plus somptueuse encore; leur table était servie en vaisselle plate. Mais ce qui valait mieux que la vaisselle plate des négociants de Bordeaux et les vingt-quatre ou les trente-six plats des « marchands » de Lyon, c'était cette bonhomie, cette simplicité bourgeoise, dans le bon sens du mot, qui permettait à nos pères d'aller dîner les uns chez les autres, sans façon, sans cérémonie et sans invitation préalable, à la fortune du pot. Je ne vois pas que M. Albert Babeau ait signalé ce trait de mœurs, si éloigné de nos habitudes actuelles. 11 n'était pourtant guère de bourgeois un peu aisé qui, en ce temps-là, ne ressemblât au père de François Chéron. On lit, dans les précieux Mémoires que j'ai déjà cités :

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