‹ Légendes révolutionnairesChapitre 138 sur 165 · Les Bowgeois d'autrefois, p · texte numérisé non relu

Les Bowgeois d'autrefois, p

Mon père aimait, à certains jours, la bonne chère et le bon vin, mais il aimait surtout à avoir quelques amis à sa table, car c'est de lui que je tiens cet adage que je n'ai jamais senti plus vivement que depuis que je suis seul sur la terre : On ne jouit que de ce qu'on partage. Mon père avait donc toujours table ouverte. Il suffisait d'avoir eu avec lui quelque rapport, même sur des choses d'assez peu d'importance, pour qu'il fût prêt à vous dire : Yenez manger ma soupe ; et il me semble encore entendre cet accent bref, adouci par ce sourire gracieux, ce front épanoui qui lui captivait tous les cœurs. Mais il ne songea de sa vie à donner un dîner utile, à calculer ce que pouvait lui rapporter l'aloyau ou le jambon qu'on lui servait sur sa table. La seule utilité qu'il espérait de ses dîners impromptus, c'était de lui fournir l'occasion d'exercer sa bonne humeur, de le distraire, de le délasser des fatigues du jour, sans oublier le plaisir qu'il était sûr de faire à ma mère, toutes les fois qu'elle le voyait en appétit et en gaieté l.

C'est ce bon vieux mot d'autrefois : Venez manger ma soupe, que j'aurais voulu trouver dans le chapitre de M. Babeau sur les Repas. Qu'il me permette de lui signaler aussi, dans son chapitre sur la Société et les plaisirs, une légère lacune. Il ne dit rien des comédies de salon, qui étaient l'un des plaisirs favoris de la société du xviii" siècle, chez les bourgeois aussi bien que chez les grands seigneurs.

Le père de Beaumarchais, l'horloger Caron, n'était rien moins que riche, avec son fils et ses cinq filles. M. de Loménie nous apprend qu'il ne put jamais arriver à la fortune 2. Il ne se privait point pour cela du plaisir de faire jouer chez lui, dans son modeste logis de la rue Saint-Denis, les pièces de Molière et de Regnard. Julie, la quatrième de ses filles, quoique très

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