‹ Légendes révolutionnairesChapitre 140 sur 165 · M. Beugnot, Mémoires, t. I, p · texte numérisé non relu

M. Beugnot, Mémoires, t. I, p

2. Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, t. XI, p. 6. — Voy. aussi le Journal des Goncourt, t. I*' : « Je ne sais pas, nous disait un jour Sainte-Beuve, de plus belles années que les quinze premières années du règne de Louis XVI. »

3. UOplimiste fut représenté pour la première fois par les comédiens français le 22 février 1788.

4. Voy. au tome P'" du Testament philosophique et littéraire par Charles Lacretelle, le chapitre xiv intitulé : De l'optimisme avant la Révolution.

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les témoignages s'accordent, et en particulier ceux des voyageurs de toutes nations qui ont visité la France au XVIII® siècle i.

Olivier Goldsmith, qui voyageait à pied, de village en village, de ferme en ferme, a vu de près les petites gens des villes et des campagnes ; il se plaît à signaler leur bonhomie et leur gaieté. « Heureux peuple, dit de son côté Laurence Sterne, qui, une fois par semaine au moins, est sur de déposer tous les soucis ensemble, et de danser et de chanter, et de secouer gaiement le fardeau des peines qui courbe jusqu'à terre le courage des autres nations ! » Un autre Anglais, John Moôre, si prévenu qu'il soit contre notre nation, ne peut se défendre d'admirer son caractère « aimable et enjoué. » Sa vive gaieté lui est chaque jour un étonnement nouveau. « Nous sommes revenus, dit-il dans une de ses lettres, par les boulevards, où une foule de bourgeois en habits des dimanches se réjouissaient, les jeunes en dansant des cotillons, les vieux en battant la mesure et en applaudissant les danseurs. » Au moment de quitter la France pour entrer en Italie, le docteur Rigby écrit à ses filles : « Croyez-moi, j'ai quitté la France avec regret.... J'ai été enchanté du peuple : travail, contentement et bon sens sont les traits particuliers de son caractère. »

Après les Anglais, les Danois et les Allemands. Voici un conseiller de justice d'Altona, Jean-Pierre Willebrandt, qui semble fort disposé à se plaindre. 11 reconnaît pourtant que « les Français sont supérieurs aux autres par la sociabilité, la serviabilité, l'affabilité prévenante. Il trouve chez eux une inaltérable gaieté. La

1. Les Voyageurs en France depuis la Remissance Jusqu'au XVIW siècle, par M. Albert Babeau, 1885.

vieillesse parmi eux n'est pas plus chagrine que la jeunesse K » Le journal de M™^ Laroche, femme d'un conseiller de Mayence, est de 1785. Elle aussi remarque presque partout la gaieté des gens et combien tout ce peuple a l'air heureux. Ici, sur les bords de la Loire, les paysannes marchent la quenouille au côté, filant et chantant. Là, dans un village de la Beauce, où elle arrive un dimanche soir, femmes, enfants, jeunes gens, filles et hommes, sont tous dans la rue, bien vêtus, passant leur temps à babiller avec les voisins, à chanter ou à jouer aux quilles, aux billes et aux volants. Ailleurs, aux environs de Libourne, « il me semble, écrit-elle, que je n'ai rien vu de plus attrayant que les collines descendant en pentes douces dans les larges vallées couvertes de riches champs à perte de vue, ombragées de milliers d'arbres, avec leurs petits villages, leurs petites chaumières isolées, leurs bosquets, et des paysans affables et gais comme il convient aux habitants de cet heureux coin de. terre. » A Bordeaux, même enchantement. Dans les salons, la conversation vive et légère ne tarit pas ; on chante, on récite des vers, et M""*" Laroche de noter sur son journal qu'elle se trouve dans une vraie société française où, selon le mot de Montesquieu, la mélancolie elle-même s'égaierait. Cependant, son voyage touche à sa fin, et voici comment elle résume ses impressions : « Je suis ici étrangère, j'aime ma patrie, mais je suis juste et je reconnais que la jouissance constante de l'amabilité, de la gaieté, de l'obligeance, est une des plus grandes parts d'une vie heureuse, et ce bonheur, la terre de France le donne surtout. »

Ces citations, qu'il me serait facile de multiplier.

es Voyageurs en France, p, 257.

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suffisent, si je no m'abuse, pour mellre hors de contestation le point que je tenais à signaler. Paysans ou bourgeois, nos pères d'avant 1789 possédaient cet inestimable trésor, la gaieté. L'auteur d'un bien spirituel et bien curieux pamphlet publié, en 1792, sous ce titre : Ann'quin Bredouille, Jean-Claude Gorjy, ne pouvait se consoler de voir disparaître cette vieille gaieté chrétienne et gauloise, qu'il appelle de ce doux nom : la pauvre chère dame de Liesse. « Pauvre chère dame de Liesse, s'écrie-t-il, est-ce donc pour toujours que vous avez abandonné ce peuple, l'enfant de votre prédilection? Ce peuple auquel on ne pouvait penser sans que votre image vînt se placer à côté de la sienne ' 1 » Hélas! oui, mon pauvre Gorjy, c'est pour toujours. La vieille gaieté française est morte : la Révolution l'a tuée.

VH.

Le livre de M. Albert Babeau est d'un historien, celui de M. Agénor Bardoux est d'un politique. Tandis que M. Babeau met en scène les bourgeois d'avant 89, les montre dans les conditions diverses où les place leur profession, les suit à la ville et à la campagne, franchit le seuil de leur demeure et s'assoit à leur table, M. Bardoux étudie surtout le rôle politique des classes moyennes depuis la Révolution. Il reste sur les hauteurs, négligeant les menus faits pour s'attacher aux vues générales, si bien que le véritable titre de son ouvrage serait celui-ci : Considérations sur les

1. Ann'quin Bredouille, ou le pelil-ncveu de Trislram Shandy. 6 petits volumes in-32, 1791-1792.

causes de la grandeur et de la décadence de la Bourgeoisie française depuis i7 89 jusqu'en 484,8.

Nos deux écrivains ne diffèrent pas moins de méthode que de but. L'auteur des Bourgeois d'autrefois pénètre dans l'intimité de son sujet, multiplie les enquêtes, se livre aux fouilles les plus patientes, fait état des plus petits détails, estimant que ce sont souvent les plus caractéristiques. Soit que les loisirs lui aient manqué, — ce qui ne surprendrait personne, puisque aussi bien il est sénateur, — soit plutôt qu'il ait jugé superflu, alors qu'il traitait un sujet presque contemporain, de faire de longues et minutieuses recherches, l'auteur de la Bourgeoisie française n'a guère mis en œuvre que des documents déjà connus. C'est à peine s'il y a, dans tout son volume, plus de cinq ou six notes, un peu moins que dans une seule page de M. Babeau. Et encore ces notes ne présentent-elles rien de particulier : elles renvoient à des livres que tout le monde a lus : les Mémoires d' Outre-Tombe de Chateaubriand, V Histoire de ma vie de George Sand, les Lettres parisiennes de M™® Emile de Girardin, les Lettres de X. Doudan. Les dates sont aussi rares que les notes. L'auteur était libre sans doute de ne nous en donner qu'un très petit nombre ; mais au moins fallait-il qu'elles fussent exactes. D'où vient donc que plusieurs de ces dates soient erronées ? Je n'en veux relever ici que deux ou trois.

Le célèbre article du Journal des Débats, qui se terminait par ces mots : Malheureuse France! Malheureux roi! n'est pas du 1^^ août 1829 i, mais bien du 10 août : il a suivi, et non précédé, la formation du ministère Polignac, annoncée par le Moniteur dans la

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