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La Bourgeoisie française, p

Société royale des Bonnes-Lettres, fondée en 1821, sous le patronage du vicomte de Chateaubriand, du duc de Fitz-James, du baron de Vitrolles et du prince de Polignac, pour fournir un point de réunion, un centre d'étude aux amis de la religion, de la royauté et des lettres, il était l'orateur le plus applaudi ; Berryer luimême paraissait tiède à côté de lui.

M. Bardoux ne dit rien du barreau sous le Consulat et l'Empire, ce qui ne laisse pas d'être une lacune assez forte dans une histoire de la bourgeoisie depuis 1789. Il lui consacre seulement cinq ou six lignes : « Les Lepidor, les Gicquel, les Bonnet, les Archambault, les Delacroix-Frain ville, continuaient dans leur intérieur laborieux et modeste les traditions du barreau du xvm^ siècle ^... j> Il ne nomme ni les Delamalle, ni les Ferrey, ni les de Sèze, ni les Bellart, ni les Berryer, ni les Tripier, ni les Chauveau-Lagarde, ni les Roy, ni les Gairal -. Quant à Lepidor, qu'il a inscrit en tête de son tableau, c'était un jeune homme d'un talent aimable et facile, d'une santé chancelante, qui plaida peu et mourut prématurément :

Oh! le plaisant projet d'un enfant du Mont-d'Or, Qui de tant d'avocats va choisir Lepidor!

Au vingtième chapitre de la première partie de Don Quichotte, Sancho raconte à son maître l'histoire de Lope Luiz et de la bergère Torralva. Lope veut fuir

\. La Bourgeoisie française, p. 150.

2. Sur tous ces noms voyez le tome P' des Souvenirs de M. Berryer, p. 314 et suivantes.

LES BOURGEOIS d'autrefois. 339

Torralva ; poussant ses chèvres devant lui, il s'achemine à travers les champs de l'Estramadure pour passer au royaume de Portugal et, arrivé sur les bords du Guadiana, aperçoit un pêcheur qui avait près de lui un petit bateau, mais si petit qu'il n'y pouvait tenir qu'une chèvre et une personne ; ils s'arrangent cependant. Le pécheur se met dans sa barque, prend une chèvre et la passe. « Il revint, prit une autre chèvre et la passa encore. Il revint de nouveau, prit encore une chèvre et encore la passa.... Le débarcadère, de l'autre côté, était escarpé et rempli d'argile, et le pécheur perdait beaucoup de temps à ses alliées et venues; néanmoins, il revint chercher une chèvre, puis une autre, puis une autre.... >

Je suis un peu comme le pêcheur de Sancho; n'ayant à ma disposition qu'un tout petit bateau, je ne puis passer les erreurs de M. Bardoux qu'une à une, comme les chèvres de Lope Uuiz, et je ne me dissimule pas que j'ai déjà perdu beaucoup de temps dans mes allées et venues. Je renonce donc à passer tout le troupeau sur l'autre rive — la rive droite. Je ne voudrais pas d'ailleurs que l'on pût croire que, dans mon opinion, l'ouvrage de M. Bardoux soit dénué d'intérêt et de valeur. J'estime, au contraire, qu'il contient plus d'un passage judicieux, plus d'une remarque ingénieuse et fine. Les chapitres consacrés à la période révolutionnaire, comme ceux où l'auteur traite de la monarchie de Juillet, renferment de bonnes parties. Il n'en est pas de même, j'ai regret à le dire, des chapitres sur la Restauration, qui sont vraiment poussés trop au noir et empreints d'une regrettable animosité.

Il arrivait fréquemment, avant 1789, qu'un bourgeois riche, considéré, qui était investi d'une charge importante ou qui avait rendu des services au pays.

recevait du roi des titres de noblesse. Il me semble que si M. Bardoux eût vécu en ce temps-là, pareille fortune aurait fort bien pu lui échoir, et, certes, tout le monde eût applaudi. De quelles armes, de quelle devise aurait-il fait choix? A cet égard, tous ses amis, tous ceux qui ont l'honneur de le connaître, sont unanimes : sans hésiter un instant, il aurait pris ce blason qu'on trouve dans les Devises du P. Bouhours, une abeille avec ces mots : Sponte favos, segre spicula, le miel de bon gré, le dard à regret.

Oui, c'est bien cela. Qu'il s'agisse de la Révolution ou du gouvernement de Juillet, le dard ne sort qu'à regret; mais l'historien de la Bourgeoisie française a-t-il devant lui la Restauration, les ministres de la branche ainée, les hommes du parti royaliste, aussitôt tout change. Ce n'est plus une abeille qui distille le miel, mais une abeille partie en guerre. Que dis-je? c'est tout un essaim, toute une ruchée, ardente au combat, et telle que Virgile nous l'a décrite au quatrième livre de ses Géorgiques :

Spiculaque exacuunt rostris, aptantque lacertos....

Si ennemi que l'on soit des Bourbons et de leur gouvernement, force est bien de reconnaître que les règnes de Louis XVIII et de Charles X ont été, pour le commerce et pour l'industrie, une ère de prospérité. Les petites comédies du Théâtre de Madame nous en fourniraient, au besoin, la preuve, et nous dispenseraient de la demander aux gros volumes de M. Charles Dupin sur les Forces productives et commerciales de la France de d8U à d8S6 i. M. de Vaulabelle constate que, dès 1818, « le commerce faisait de rapides

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