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L'ENSEIGNEMENT AVANT

Eï PENDANT LA RÉVOLUTION '

On a vu, dans le précédent chapitre, que les bourgeois d'avant 1789 n'avaient pas grand'chose à envier aux bourgeois d'aujourd'hui. Sous le rapport de l'instruction, ils étaient même très supérieurs à ceux de l'heure présente. C'est ce qui ressort, avec une incontestable évidence, des faits et des documents réunis par M. l'abbé Sicard dans son livre sur les Ktudes classiques avant la Révolution.

En 1842, M. Villemain, ministre de l'instruction publique, présenta un projet de loi sur la liberté d'enseignement et le fit précéder d'un éloquent exposé des motifs. Le projet de loi ne tarda pas à sombrer, mais l'exposé des motifs a survécu. Comparant, sous le rap-

1 Les Éludes classiques avanl la Itèvolution, par l'abljc Sicani, un vol. in-18, 1887. — L'Œuvre scolaire de la liévolulion, [OlT Vaibhé A llain, un vol. in-8, 181)2.

port de l'instruction secondaire, 1842 à 1789, le ministre montrait qu'en 1789 un enfant sur trente fréquentait les collèges, tandis qu'en 1842 la proportion n'était plus que d'wn sur trente-cinq,

562 collèges, fréquentés par 72,747 élèves, tels étaient, pour l'année 1789, les chiffres donnés par M. Villemain, d'après des documents officiels ; mais ces chiffres étaient encore très au-dessous de la vérité, comme l'ont établi les enquêtes faites sur place depuis' 1842.

Pour la Seine-Inférieure et pour l'Eure, là où le tableau de M. Villemain porte 7 et 6 collèges, M. de Beaurepaire 1 en trouve 12 et 11. Dans la Sarthe, M. Bellée 2 trouve 20 collèges au lieu de 14. Dans l'Yonne, M. Quantin 3 donne 16 collèges au lieu de 8. Dans la Loire-Inférieure, M. Léon Maître 4 signale 12 collèges au lieu de 2. C'est donc, pour cinq départements seulement, trente-quatre collèges omis par M. Villemain.

L'auteur d'une brochure sur les Collèges en France avant la Révolution, M. Silvy, résume ainsiles résultats de l'enquête à laquelle il s'est livré : « On ne peut pas évaluer à moins de neuf cents le nombre des écoles secondaires sous l'ancien régime. Et je dois ajouter encore que mon enquête n'est point terminée et que je trouve chaque jour de nouveaux établissements. »

Pour être dans le vrai, il faut augmenter au moins d'un tiers les chiffres de M. Villemain, et reconnaître par suite que la proportion des élèves fréquentant les

1. Robillard de Beaurepaire, Recherches sur Vinslruction publique dans le diocèse de Rouen, 3 vol. in-8.

2. Bellée, Recherches sur Vinsiruction publique dans le département de la Sarthe.

3. Max Quantin, Histoire de l'enseignement secondaire dans le département de V Yonne.

4. Léon Maître, L'Instruction publique dans les villes et les campagnes du comté nantais avant 1789.

l'enseignement avant 1789. 357

collèges, descendue à un sur trente-cinq en 1842, était, en 1789, d'wn sur vingt!

L'instruction secondaire est tellement répandue, à cette époque de soi-disant obscurantisme, que de tous côtés des réclamations s'élèvent contre ce « torrent d'éducation qui entraîne tout, qui submerge les chaumières et dépeuple les campagnes '. » C'est un cri général contre le « trop grand nombre des collèges ; » les parlementaires, les philosophes sont les premiers à le faire entendre.

« Pourquoi cette fureur d'apprendre le latin et les langues? s'écrie la Chalotais.... N'y a-t-il pas trop d'écrivains, trop d'académies, trop de collèges? 11 n'y a jamais eu tant d'étudiants.... Le peuple même veut étudier. Des laboureurs, des artisans envoient leurs enfants dans les collèges des petites villes où il en coûte peu pour vivre 2. »

Un autre parlementaire, le président UoUand, tout en déclarant que « l'éducation ne peut être trop répandue, » que « chaque classe de citoyens » doit être « à portée » de recevoir « l'éducation qui lui est propre, » signale, à son tour, comme un danger l'extrême multiplicité des collèges, qu'il voudrait voir remplacés, au moins en partie, par de simples pédagogies. « N'y a-t-il aucun inconvénient, ajoute-t-il, à laisser subsister cette multitude de collèges qui se sont établis successivement dans k3s petites villes du royaume et jusque dans les bourgades?.... Les collèges de plein exercice sont trop multipliés. » Et le président Rolland citait à ce sujet la réclamation suivante de la nmnicipalité de Thouars : « Il s'est élevé depuis quelque temps un cri

1. Verlac, Nouveau plan d'éducation pour toute» le» classes, 1789.

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