La Chalotais, Essai d'éducation nationale, 17G
général contre la multiplicité des collé g es.... Le gouvernement a été persuadé que la culture des terres en souffrait et qu'une ambition mal entendue des pères de famille enlevait à l'agriculture et au commerce d'excellents laboureurs et de boris artistes.... Ce jugement est presque universel ' . »
Après les parlementaires, les philosophes. Diderot se plaint que tant d'enfants sortis de leur condition soient voués « à l'inutilité, à l'oisiveté et au libertinage 2. » Mercier, dans son Tableau de Paris, écrit de son côté :
Les collèges de plein exercice répandent dans le monde une foule de scribes qui n'ont que leur plume pour toute ressource et qui portent partout leur indigence et leur inaptitude à des travaux fructueux..... N'est-il pas ridicule et déplorable de voir des boutiquiers, des artisans, des domestiques même, vouloir élever leurs enfants ainsi que le font les premiers citoyens, se repaître d'une profession imaginaire pour leurs enfants, et répéter imbécilement d'après le régent de sixième : Oh ! le latin conduit à tout ! — On les accoutume à faire plus de cas d'un livre que d'une charrue, d'un marteau 3.
Les hommes politiques parlent ici comme les philosophes et les magistrats. L'intendant de Flandre écrit, le 22 septembre 1768, au contrôleur général des finances :
Je suis bien éloigné de croire que ce soit un bien pour l'État d'ouvrir des collèges aux enfants de la campagne ; la plupart ne deviennent que des sujets médiocres, qui, après avoir épuisé leur famille pour activer leurs études, n'en profitent que pour augmenter le nombre des religieux men-
\. Recueil de plusieurs ouvrages du président Rolland. II était membre du Parlement de Paris.