‹ Légendes révolutionnairesChapitre 150 sur 165 · Tableau de Paris, I, 243; III, 63 ; IV · texte numérisé non relu

Tableau de Paris, I, 243; III, 63 ; IV

l'enseignement avant 1789. 359

(liants, beaucoup moins utiles à l'État que de bons ouvriers ou laboureurs 1.

L'Université de Paris elle-même ne tient pas un autre langage. Dans les différents mémoires qu'elle adresse au Parlement, elle rappelle que la France t a besoin de soldats, de laboureurs, d'artisans, » que d'ailleurs, « au moyen de la multiplicité des collèges, il y a à la vérité plus d'étudiants, mais moins de savoir. »

Chose remarquable! ces plaintes contre la trop grande diffusion de l'instruction ne viennent pas du clergé; l'Église y demeure étrangère. Aussi bien, s'il y a ici un coupable, c'est elle, car cette multiplicité des collèges est son œuvre, et non celle des particuliers ou de l'État. C'est elle qui les a presque tous fondés et qui sait y appeler et y retenir les élèves. A un certain moment, les élèves fréquentant le collège de Clermont, devenu plus tard le collège Louis-le- Grand, — étaient au nombre de près de 3,000. En province, le collège de Billom, en Auvergne, comptait jusqu'à 2,000 élèves; celui des Oratoriens de Nantes en eut jusqu'à 1,200; celui de la Flèche en renfermail 1 ,300.

Dans tous ces établissements, à très peu d'exceptions près, l'éducation était gratuite. La libéralité faite parle Régent à l'Université de Paris, sur le produit des messageries royales, lui permit de donner Finstruction gratuite dans tous ses établissements de plein exercice, ce que les jésuites avaient toujours fait dans leur collège Louis-le-Grand.

La royauté poussait aussi à la gratuité en province. Les lettres patentes données aux collèges, par exemple

1. Histoire de V enseignement secondaire dans le Pas-de-Calais, par M. de Hautcclocque,

pour le collège de Montpellier en 1765, portaient: « L'enseignement sera gratuit. »

Cette gratuité, du reste, n'était point une charge pour le budget, et les contribuables n'avaient nullement à en souffrir; elle était due à la généreuse piété des fidèles, aux fondations de bourses, aux riches dotations dont rÉghse était la dispensatrice. « Quand on parcourt en détail, dit M. l'abbé Sicard, le relevé des revenus des collèges avant la Révolution, on s'aperçoit que le plus clair des fondations venait des gens d'éghse, d'union de bénéfices, etc. » Et il ajoute un peu plus loin : « La gratuité était dans les idées et dans les mœurs avant la Révolution. Les fondateurs assuraient aux maisons d'éducation des revenus soit importants, soit modestes, un établissement n'étant pas censé fondé tant qu'il n'était pas doté. »

Si quelques esprits voyaient avec peine cette large gratuité et la signalaient comme un péril, c'étaient précisément ceux qui étaient imbus des idées révolutionnaires et qui déjà les propageaient. En 1789, un homme qui, à peu d'années de là, siégera sur les bancs de la Convention, M. Daunou, écrivait dans le Journal encyclopédique : « On a décerné de magnifiques éloges à ceux qui ont contribué à rendre gratuite l'éducation des collèges. Cette gratuité n'est sûrement pas sans danger, et je n'en aperçois pas moins dans le nombre si multiplié des collèges qui existent en France i. »

On le voit, pas n'était besoin de bouleverser la

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