Esprit des lois, liv. XXIII, ch. xxix
visionnement était disséminé dans un grand nombre de dépôts, à Provins, à la Ferté-Milon, à Nogent, à Melun, à Bray, à Charenton, à la Motte-Tilly, à Montceaux, à Beaulieu, à la Ferté-sous-Jouarre et dans les magasins de Saint-Charles, situés à Paris, « faubourg de la Gloire K » Les frais à la charge du Trésor, considérables pendant les années de disette, ne laissaient pas d'être assez lourds, même dans les bonnes années. La succession de plusieurs années d'abondance obligeait, en effet, le gouvernement à remplacer plusieurs fois les blés emmagasinés par des blés des nouvelles récoltes ; il se trouvait ainsi amené à faire des opérations commerciales dont la surveillance était d'autant plus difficile que les magasins étaient plus nombr^x et plus éloignés, les uns des autres. Le contrôleur général ne pouvait pas diriger ces opérations, et il ne voulait pas que le Trésor en subit les risques. M. de L'Averdy, ancien conseiller au Parlement, à qui le contrôle général avait été confié au mois de décembre 1763, se préoccupait, à juste titre, de cette situation, lorsqu'il reçut de Malisset et de ses associés, MM. Le Ray de Chaumont, Rousseau et Perruchot, la proposition suivante : « Confiez-nous les blés que vous tenez en réserve. Nous ne les garderons pas d'une ma nière coûteuse, au risque de les laisser gâter. Mais nous les vendrons au prix courant et nous les remplacerons sans cesse, en sorte qu'en quelque temps que vous le désiriez, nous vous représenterons toujours la même quantité en magasin et nous serons toujours prêts à vous les remettre. Nous ne vous demanderons rien pour l'achat et peu de chose pour l'entretien 2. »
4. Archives nationales, F^S 1192, et F^S 264. 2. Avis aux honnêtes gens qui veulent bien faire, brochure de l'abbé Baudeau, insérée dans les Éphémérides du citoyen, en 1768.
Le contrôleur général accepta ce marché, qui n'avait rien que d'honorable et qui était avantageux pour le Trésor, nous Talions voir tout à l'heure.
Et c'est là tout le Pacte de famine! 11 n'y a pas autre chose :
Le voilà découvert ce secret plein d'horreur!
Fait pour douze ans, le traité du 28 août 1765 a été résilié par le contrôleur général le 31 octobre 1768 i. Si la « fameuse société Malisset 2 , — et, en dehors d'elle, il n'en existe aucune autre dont puissent tirer argument ceux qui croient au Pacte de famine, — si cette société n'a duré que trois ans et deux mois, que deviennent les soixante-dix ans de pacte de M. Vacquerie, les soixante ans de Le Prévôt et de ses copistes? Que devient le prétendu renouvellement de 1777 et la substitution à Malisset de Foullon et Bertier, « ces accapareurs de la pire espèce 3? » Que valent les dires de M. Henri Martin, affirmant que « la société Malisset eut ses coudées franches après la destruction des parlements, » qui eut lieu en 1771? La * fameuse société » eut ses coudées franches en 1771; mais il est à croire qu'elle n'en abusa guère, puisqu'elle était morte depuis plus de deux ans.
Pendant les trois années qu'elle a vécu, la société Malisset a-t-elle, du moins, « donné une fortune scan-
1. Mémoire de l'agent du Trésor public, de mars 1791. [Archives nationales, F^S 1193.)