Moniteur du 2 frimaire an Yï
l'enseignement avant 1789. 375
des écoles primaires a été jusqu'ici presque partout sans succès. » Les conclusions d'un autre rapport ne sont pas moins défavorables : t Les écoles primaires sont presque partout désertes.... Les instituteurs sont presque partout des hommes sans mœurs, sans instruction, et qui ne doivent leur nomination qu'à un prétendu civisme qui n'est que l'oubli de toute moralité et de toute bienséance.... »
Des nombreux témoignages, des documents irrécusables réunis par M. l'abbé AUain, il résulte que les écoles établies sous le régime de la loi de l'an IV furent en très petit nombre, que les instituteurs, les locaux et les élèves firent partout défaut et que si, de 1795 à 1802, l'instruction primaire ne périt pas tout à fait dans notre pays, on le dut presque uniquement aux écoles libres et chrétiennes qui se rouvrirent en quelques endroits et que le Directoire, pourtant, persécuta de son mieux.
Les petites écoles, sous l'ancien régime, étaient avant tout des écoles confessionnelles. Sous la république, les écoles primaires furent avant tout des écoles athées. La loi de brumaire an IV disait en son titre 1*', article 5 : « Dans chaque école primaire, on enseignera à lire, à écrire et à calculer, et les éléments de la morale républicaine. » La « morale républicaine, » les pères de famille savaient ce que cela voulait dire. Ils se refusèrent presque partout à envoyer leurs enfants dans des écoles où on ne leur faisait pas dire leur prière, t Pendant dix-huit mois, la Convention avait été, sur l'article de la religion, en révolte ouverte contre la volonté du peuple ; sur la parole de quelques brigands, elle affectait de croire que la France entière avait abjuré son Dieu, tandis que la désolation universelle protestait contre cette imposture. » Cette observation de
Grégoire est absolument conforme à la vérité. Les écoles primaires officielles restèrent désertes. A côté d'elles, sous le Directoire, en vertu de la constitution nouvelle qui permet aux citoyens « de former des établissements particuliers d'éducation et d'instruction, » s'élèvent des écoles libres, mais par places seulement, et au milieu de toutes sortes de difficultés et d'entraves. Elles réussissent pourtant, et en Tan VI, le ministre de l'intérieur, Letourneur, écrit avec désespoir : « Combien, dit-il, le spectacle que présente le tableau des écoles primaires ne doit-il pas affliger l'âme de tous les vrais républicains?.... Sans élèves pour la plupart, les instituteurs voient leur zèle entièrement paralysé, et ce n'eût été qu'en se prêtant par une lâche complaisance aux plus honteux préjugés, et en devenant parjures à leur serment, quHls auraient pu obtenir quelque succès. Et cependant, à côté d'eux, s'élevaient et s'élè. vent encore avec audace une foule d'écoles privées, où l'on propose impunément les maximes les plus opposées à la Constitution et au gouvernement, et dont la coupable prospérité semble croître en raison de la per~ ver site des principes qu'y reçoit la jeunesse. »
Le Directoire, que M. Thiers, dans son étrange Histoire de la Révolution, appelle « ce gouvernement légal et modéré i, » et que M. V. Pierre, mieux informé, appelle « un régime de honteux despotisme et de persécutions administratives 2, » — le Directoire, voulant à tout prix conjurer la ruine de l'enseignement officiel, employa tous les moyens, les procédés inquisitoriaux, la violence, la proscription, la mise hors la loi, non seulement des maîtres, mais des élèves. Une minutieuse