‹ Légendes révolutionnairesChapitre 32 sur 165 · Du mou riez, Mémoires, t. I, p · texte numérisé non relu

Du mou riez, Mémoires, t. I, p

4. « Il arriva à la Bastille à neuf heures du soir.... Un porte-clefs

Sous Louis XVI, elles étaient presque toujours meublées, et le nombre de celles qui l'étaient dépassa toujours de beaucoup le chiffre des prisonniers. Un lit de serge verte avec rideaux, une ou deux tables, plusieurs chaises, des chenets, une pelle et de petites pincettes *, tel était l'ameublement que le détenu trouvait en entrant; mais il était libre de faire venir des meubles du dehors. Beaucoup usaient de cette faculté. Les inventaires des objets appartenant aux prisonniers ont été conservés. On y voit figurer des commodes, des pupitres, des guéridons, des nécessaires, des fauteuils, des coussins en velours d'Utrecht. Les vainqueurs ne laissèrent pas d'être stupéfaits en trouvant ces a fauteuils » et ces « coussins en velours d'Utrecht, » là où ils ne s'attendaient à voir que « la paille humide des cachots. » Un contemporain, le cousin Jacques (Beffroy de Reigny), qui écrivit sous la dictée des vainqueurs eux-mêmes le Précis de la prise de la Bastille y a naïvement traduit leur étonnement. « On croyait, dit-il, qu'aucune prison n'offrait un spectacle plus affreux, » et l'on pénétrait dans des chambres très convenablement installées. « La prise de la Bastille, ajoute l'honnête Cousin Jacques, a dessillé les yeux du public sur l'espèce de captivité qu'on y éprouvait 2. ,

ou geôlier, très grossier et très robuste, lui alluma du feu.... Ce nouvel appartement avait une antichambre. C'était une fort belle chambre de vingt-six pieds de long sur dix-huit de large, avec une fort bonne cheminée. » (Dumouriez, t. I, p. 176.)

\. La Bastille dévoilée, fasc. II, p. 25.

2. Cousin Jacques, Histoire de France pendant trois mois, p. 84 Cité par Victor Fournel, les Hommes du ià juillet, p. 118.

Le gîte était passable, soit; mais la nourriture? « Ce que nous trouvons de plus inattendu dans l'histoire de la Bastille, dit M. Funck-Brentano, c'est la manière dont les prisonniers étaient nourris et soignés. Le gouverneur touchait pour l'entretien d'un bourgeois 5 livres par jour, d'un financier, d'un homme de lettres, 10 livres...., et ces chiffres doivent être triplés pour atteindre la valeur qu'ils représenteraient aujourd'hui 1. » Veut-on mettre sous ces chiffres des faits, des détails précis? Veut-on savoir, par exemple, comment étaient traités les hommes de lettres ? Marmontel va nous l'apprendre. C'est une des plus jolies pages de ses Mémoires,

Me voilà donc, dit-il, au coin d'un bon feu, méditant la querelle de César et de Pompée, et oubliant la mienne avec le duc d'Aumont. Voilà de son côté Bury, mon valet de chambre, aussi philosophe que moi, s'amusant à faire nos lits placés dans les deux angles opposés de ma chambre éclairée en ce moment par un beau jour d'hy ver, nonobstant les barreaux de deux fortes grilles de fer, qui me laissaient la vue du faubourg Saint-Antoine. Deux heures après, les verrous de deux portes qui m'enfermaient me tirent, par leur bruit, de ma profonde rêverie, et deux geôliers chargés d'un dîner que je crois le mien viennent le servir en silence. L'un dépose devant le feu trois petits plats couverts d'assiettes de faïence commune, l'autre dépose sur celle des deux tables qui était vacante un linge un peu grossier, mais blanc. Je lui vois mettre sur cette table un couvert assez propre, cuiller et fourchette d'étain, du bon pain de ménage et une bouteille de vin. Leur service fait, les geô-

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