‹ Légendes révolutionnairesChapitre 45 sur 165 · Le Registre d'écrou de la Bastille^ p · texte numérisé non relu

Le Registre d'écrou de la Bastille^ p

Saint-Jean, dit Evrard, bijoutier, accusés d'avoir fait graver à Genève une planche de cuivre propre à contrefaire les billets de la Caisse d'escompte, et relâchés, au bout d'un mois, faute de preuves suffisantes. Voilà donc un second retranchement à faire, et qui porte, celui-là, sur 40 détenus.

Nous recherchons combien Louis XVI et ses ministres ont fait mettre de gens à la Bastille. Nous n'avons donc pas à tenir compte des prisonniers qui s'y trouvaient à son avènement. Ces prisonniers étaient au nombre de 7. Ajoutés aux 12 prisonniers volontaires et aux 40 détenus remis en liberté à la suite d'ordonnances de non-lieu, ils nous donnent déjà un chiffre de 59 à déduire de celui de 288.

Les prisonniers de droit commun, les malfaiteurs qui étaient mis à la Bastille, en attendant d'être traduits devant les tribunaux ou d'être transférés dans une autre prison, ne peuvent aucunement être considérés comme des prisonniers d'État, de vrais prisonniers de Bastille. Il y a lieu également de les retrancher de la liste des 288. Leur nombre ne laisse pas d'être considérable. Voici d'abord la bande des escrocs, des banqueroutiers, des faussaires ; il n'y en a pas moins de 53. Je signalerai quelques-unes de ces intéressantes victimes :

Potiquet de Champigny, horloger, avait fabriqué de fausses signatures de Lecoulteux, administrateur de la Loterie royale, et de Benezech, administrateur du bureau royal de la correspondance nationale et étrangère.

Pierre Dunaud, ex-officier de la marine marchande, avait fabriqué et mis en circulation de faux billets de la Banque d'escompte pour une somme considérable.

Antoine Le Bel, premier commis de M. de Sainle-Foix, surintendant du comte d'Artois ; poursuivi pour falsifications et surtaxes de lettres patentes, ventes d'offices à des prix plus élevés que ceux portés aux tarifs ; transféré, au bout de quatre mois, de la Bastille à la Conciergerie.

Dargent, vice-consul d'Espagne ; avait déjà été jugé par le Parlement, pour avoir vendu de faux billets de loterie ; avait fabriqué une fausse lettre de M. Necker et de fausses actions de l'emprunt émis en 1780, et en avait vendu 50, pour 60,000 fr., à Dumaine, agent de change.

Jean-Nao-Tolanda Trivohin, tenant pension à Paris ; se disait fils du roi de Golconde et petit-fils du Grand Mogolet, à la faveur de ces noms et qualités, avait fait un grand nombre de dupes.

Pierre Joly, soi-disant banquier à Paris ; s'était fait inscrire comme banquier dans l'Almanach royal, et, comme tel, spéculait frauduleusement.

Pigenot de la Palun, maréchal des logis de la reine ; avait négocié à son profit une assignation de deux millions, provenant des caisses du sieur Marque t, receveur général, beau-frère de M. de Galonné.

Pillotte de la Barolière, ex-sous-lieutenant au régiment de Hanovre ; convaincu d'avoir imité des billets de la Caisse d'escompte ; on avait trouvé chez lui tous les ustensiles nécessaires à cette fabrication ; il prétendait n'avoir fait que des essais pour sa satisfaction personnelle. De ce faussaire, la république fit un général. Il combattit en Vendée et s'y fit remarquer par sa cruauté.

Charles-Nicolas Roland, caissier ; soupçonné de concussion, il était allé se constituer lui-même prisonnier à la Bastille. Transféré au Châtelet, il fut condamné,

le 12 aoûl 4782, par un arrêt de la Chambre des comptes 1.

A l'exception de dix, ces cinquante-trois malfaiteurs ne furent enfermés à la Bastille que pendant un petit nombre de mois, plusieurs même pendant quelques jours seulement. Quant aux dix qui furent détenus une année ou plus, voici leurs noms et états de services :

Pierre Lavenant, agent de change (1 an 1 mois 23 jours); — faillite. Infidélité dans sa charge ; accusé de s'être approprié un récépissé de nouvelles rentes viagères qu'un particulier lui avait confié.

Marie-Françoise-Josèphe Waldburg-Frohberg , femme de Stanislas-Honoré-Pierre Dupont de la Motte (1 an

4 mois 7 jours), faisait des dupes en se servant du nom et du cachet de la reine.

Victoire Wallard, femme de Cahouet de Villers (1 an

5 mois 8 jours) ; avait fait des faux à deux reprises ; elle avait imité la signature delà reine pour se procurer des vêtements chez une modiste. Elle montrait partout une fausse lettre de la reine, la priant de contracter un emprunt de 200,000 livres à l'kisu du roi.

Georges-Frédéric Cleyman (2 ans 11 mois 25 jours), banqueroutier ; transféré à la Conciergerie.

Julien Marchand, intendant des princes de Rohan el, de Guémenée (3 ans 1 mois 21 jours); arrêté à la suite de la banqueroute du prince de Guémenée.

Manville, dit Willeman (3 ans 8 mois 20 jours); avait voulu jouer à son bénéfice la scène du Légataire universel, en fabriquant un faux testament de M. de Chalus.

4. Les renseignements sur ces divers détenus sont empruntés à la publication de M. Gustave Bord. {Revue de la Révolution, avril el mai 1883.)

Jean La Barte, dit Béchade, Bernard Laroche et Jean La Corège, commis négociants, et Antoine Pujade, négociant, délivrés tous les quatre le 14 juillet 1789, après une détention de deux ans et demi , étaient quatre faussaires décrétés de prise de corps et écroués à la requête du procureur du roi, au mois de janvier 1787, .pour falsification de lettres de change ^

A côté de ces 53 faussaires, escrocs et banqueroutiers, on trouve 7 misérables arrêtés pour viol d'enfant et attentats aux mœurs.

Viennent ensuite 31 individus incarcérés pour avoir pris part, aux mois de mai, juin et juillet 1775, aux émeutes dont Pontoise, Dreux et plusieurs localités de la Beauce avaient été le théâtre, à l'occasion de la cherté des grains. Leur détention varia de deux jours à deux mois, sauf pour trois, plus compromis que les autres, et qui furent retenus neuf et dix mois. Tous étaient prévenus de s'être livrés au pillage des blés et farines, crime de droit commun. Us ne rentrent donc pas, eux non plus, dans la catégorie des prisonniers d'État. De même, ne sont pas des prisonniers d'État, mais simplement des prisonniers de police, les introducteurs, colporteurs et vendeurs d'ouvrages prohibés, les imprimeurs et graveurs de livres ou d'estampes obscènes. Cette catégorie de détenus est, après celle des faussaires et des escrocs, la plus nombreuse de toutes, et comprend 38 individus.

Nous trouvons ainsi 53 faussaires et escrocs, 7 accusés d'attentats aux mœurs, 31 détenus pour participation à des pillages de blés et farines, 38 détenus poui introduction, impression, vente et colportage de livres

1. Gustave Bord, Revue de la liévolution, février à novembre 188:i. — Alfred Bégis, V Intermédiaire du 10 avril 1889.

prohibés ou obscènes, — ensemble 129 prisonniers qui, joints aux 59 que nous avions déjà dû retrancher de la liste des 288, réduisent cette liste au chiffre de 100 seulement.

Ce n'est pas tout. Au mois d'août 1783, éclata l'affaire du Collier. Le cardinal de Rohan, la comtesse de la Motte, M"° d'Oliva, Ré taux de Villette et sept autres personnes compromises dans cette scandaleuse affaire furent conduits à la Bastille. Peut-on les considérer comme des prisonniers d'État? Évidemment non. Ils n'étaient pas à la Bastille en vertu d'un ordre arbitraire et sous le bon plaisir du roi, seul juge de la durée de leur détention. Ils y étaient en attendant le moment de comparaître devant le Parlement, chargé d'instruire et de juger leur procès. L'instruction terminée, ils furent, en effet, transférés à la Conciergerie.

Un des chapitres de M. Funck-Brentano est intitulé : La Bastille- Hôpital. Après avoir montré que rien n'y manquait de ce qui était utile aux malades, l'auteur ajoute : « Nous pourrions nous étonner de trouver tout cet appareil médical et pharmaceutique dans l'enceinte d'une forteresse prison d'État. La Bastille était quelque peu un hôpital, de même qu'à cette époque les hôpitaux servaient souvent de prison. On embastillait des fous, des illuminés, des épileptiques et des hystériques, que l'on soignait à la mode d'alors. Voilà ce qu'il ne faut pas oublier ^ » Sous Louis XVI, sept fous entrèrent à la Bastille : M. de la Tour, fils d'un président du parlement d'Aix, et M. de Caussanel, gendarme, qui furent tous les deux transférés à Charenton; — le comte de Whyte de Malleville, enfermé d'abord au château de Vincennes, puis conduit à la Bastille le 29 fé-

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