Moniteur du 15 novembre
2. Les deux volumes de V Histoire de la Révolution, par M. Mignet, ont paru au printemps de 1824. — VHistoire de la Révolution^ de M. Thiers, commencée en 1823, ne fut terminée qu'en 1827.
coupe-têtes d'Avignon, au mois de mars 1792, comme il avait défendu, au mois d'octobre 1789, les coupe-têtes de Versailles, écrivait dans le Patriote français : « Les crimes inséparables d'une révolution ont toujours un objet d'intérêt public. Alors c'est la société presque entière, ou du moins une grande partie de la société, qui punit violemment quelques individus qui opposent une résistance criminelle à la volonté générale. »
Ils avaient le dégoût de la multitude, et ils répugnaient aux moyens violents! Et ce sont eux qui dans leurs journaux, le Patriote français de Brissot, les Annales patriotiques de Carra, le Courrier des 88 départements de Gorsas, poussent à la fabrication des piques. « Les piques ont commencé la Révolution, écrivait le Patriote français, le 13 février 1792, les piques l'achèveront.... Ce réveil du lion épouvante ceux qui comptaient sur son sommeil. — Où se porteront ces piques? disent-ils. — Partout où vous serez, ennemis du peuple ! — On les promène sur la terrasse des Feuillants, comme pour menacer le château des Tuile ries : oseraient-elles se porter là? — Oui, sans doute, si vous y êtes, là ! — Mais qui commande ces piques ? — La nécessité. — Qui en fera la distribution ? — Le patriotisme. — A qui seront-elles livrées? — Au courage. — Quel sera l'effet de cette armature nouvelle? — L'anéantissement des ennemis du peuple. »
Le 20 juin 1792, les porteurs des piques entraient aux Tuileries aux cris de : A bas M. Veto! au diable le Veto! et le soir de cette émeute hideuse, quand elle connut tous les détails de l'envahissement du château, et de quelles angoisses, de quelles douleurs et de quelles hontes avait été abreuvée la reine, W^ Roland, l'Égérie de la Gironde, laissa échapper ce cri de joie — et de regret : « Que j'aurais voulu voir sa longue humiliation î »
L'émeute du 20 juin était la préface de la révolution du [10 août. Indiquons exactement quel fut le rôle des Girondins dans cette seconde et à jamais néfaste journée.
Le décret du 20 avril 1792 portant déclaration de guerre contre le roi de Hongrie et de Bohème ; la suppression de la garde constitutionnelle de Louis XVI ; la création des piques et leur distribution aux citoyens Patriotes et bien connus ; le vote de l'Assemblée législative décernant les honneurs de la séance aux émeutiers du 20 juin ; l'appel à Paris des Marseillais et de ces fédérés des départements qu'un membre du club des Jacobins, le journaliste Robert, ami de M'"^ Roland, proposait d'appeler de leur vrai nom : les Insurgés ^ ; l'éloignement de toutes les troupes de ligne en garnison à Paris ; le décret du 25 juillet, plaçant la terrasse des Feuillants sous la police immédiate de l'Assemblée et ouvrant ainsi au peuple la porte des Tuileries ; le décret du même jour proclamant la permanence des sections, ce qui équivalait à déclarer l'émeute en permanence ; — toutes ces mesures ne pouvaient pas ne point entraîner la chute du trône. Or, ces mesures étant l'œuvre des Girondins, il est vrai de dire que la révolution du 10 août est aussi leur œuvre, et qu'ils doivent en porter la responsabilité devant l'histoire.
Si, cependant, laissant de côté les causes qui ont amené cette révolution, on veut absolument ne voir dans le 10 août que le fait isolé de l'attaque du chà-