Moniteur du 4 janvier
3. Lettre à Boze, écrite de la main de Vergniaud et signée de lui, publiée par VIsographie et tirée de la collection de M. Lalande.
2° Louis XVI ayant refusé de donner satisfaction à leurs demandes, ils ont préparé, dans les premiers jours d'août, un décret prononçant sa suspension. Sans prendre part aux conciliabules qui avaient pour objet l'attaque à main armée des Tuileries, ils ont laissé faire, espérant que quelque circonstance leur fournira l'occasion de devancer le mouvement insurrectionnel et peut-être de l'empêcher, en décrétant la suspension du roi ; bien décidés d'ailleurs, s'il se produit, à ne rien négliger pour le faire tourner à leur profit et pour en faire sortir ces trois mesures : la suspension de Louis XVI ; — le rappel des trois ministres qui leur sont dévoués; — le maintien du trône constitutionnel avec le prince royal, roi de nom, et de fait leur otage.
De ces trois mesures, il leur fut donné de réaliser les deux premières ; le conseil général de la commune ne leur permit pas de réaliser la troisième, et cela seul suffit pour entraîner la ruine de leurs plans, et pour que le 10 août, en même temps qu'il consommait la défaite de la royauté, commençât la défaite de la Gironde.
Et cependant, par suite de cette faiblesse de caractère dont ils donneront, jusqu'à leur chute définitive, des preuves si nombreuses et si déplorables, ces mêmes hommes qui n'avaient pas voulu le 10 août — encore bien qu'ils l'eussent rendu inévitable — ont crié bien haut, une fois la révolution accomplie, qu'elle était leur œuvre, et qu'ils en étaient les seuls auteurs. Ils ont proclamé que « la révolution du 10 août serait à jamais le plus beau jour de fête pour la France i. » A Robespierre, à Danton, à Marat, ils ont reproché de s'être cachés pendant la lutte et d'avoir attendu, pour se montrer, que la Gironde eût terrassé l'ennemi et assuré la
1 . A tous les républicains de France, par J.-P. Brissot, octobre 1792.
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victoire i. Eux seuls, les hommes de la Gironde, eux seuls avaient le droit de « s'intituler les hommes du 10 août 2! ,
La journée du 10 août fut souillée par les plus horribles massacres, par les plus lâches assassinats. Devant ces crimes qui s'accomplissaient à ses portes et presque sous ses yeux, l'Assemblée législative, où la Gironde exerce à ce moment un empire absolu, demeure impassible. Les Girondins auront-ils du moins, après l'événement, l'énergie de flétrir les crimes qui ont déshonoré ce qu'ils veulent bien appeler la victoire du peuple? Bien loin qu'ils aient ce courage, ils ne font allusion à ces crimes qu'avec la plus extrême timidité, et ils en font retomber la responsabilité non sur leurs auteurs, mais sur Louis XVI 3 1
Non contents de massacrer les Suisses et d'assassiner les Feuillants, les héros du 10 août avaient envahi les bureaux des journaux royalistes et constitutionnels; ils avaient saccagé les imprimeries, brisé les presses, brûlé les papiers, jeté les caractères par les fenêtres. Ces expéditions se firent aux applaudissements des Girondins et en particulier des journalistes Brissot et Carra. Quant à Gorsas, rédacteur du Courrier des 88 départements et girondin comme Carra et Brissot, il ne fut pas le moins avisé : il se fit adjuger les presses de VAmi du Roi ^ !
On vient de voir combien grand avait été, pendant
i. A Maximilien Robespierre et à ses royalistes, par J.-B. Louvel, novembre 1792. — Discours de Vergniaud en réponse à Robespierre, séance de la Convention nationale du 10 avril 1793.