‹ Légendes révolutionnairesChapitre 62 sur 165 · Séance de la Convention nationale du 9 mars · texte numérisé non relu

Séance de la Convention nationale du 9 mars

la période écoulée du l""" octobre 1791 au 10 août 1792, le mépris des Girondins pour l'humanité, la liberté et la justice. Du 10 août au 20 septembre, de la chute de la royauté à l'ouverture de la Convention, leur conduite ne fut ni moins cruelle ni moins lâche.

Dans la séance du 26 août ils décrètent que tous les ecclésiastiques non assermentés qui, dans un délai de huit jours, n'auront pas quitté le royaume, seront déportés à la Guyane française.

Quelques jours auparavant, le 17 août, ils avaient voté l'établissement d'un tribunal criminel, appelé à juger les crimes commis dans la journée du 10 août et autres crimes y relatifs, circonstances et dépendances. Et les criminels du 10 août, ceux pour lesquels la Gironde crée ainsi un tribunal extraordinaire, ce ne sont pas les conspirateurs, les insurgés et les assassins, ce sont les victimes, ce sont les vaincus, ceux qui sont restés fidèles à la loi et au devoir!

Ce décret remettait le soin de juger les vaincus du 10 août aux jurés choisis par les sections de Paris, c'est-à-dire aux hommes qui avaient fait la révolution du 10 août et qui se trouvaient ainsi juges et parties ; il privait l'accusé des moyens de préparer sa défense, et, après l'avoir traduit devant un tribunal formé de ses ennemis, lui enlevait la garantie du recours en cassation. Il fut rendu sur le rapport de la commission extraordinaire des vingt et un, dans laquelle figuraient, avec Brissot, Guadet, Gensonné, Vergniaud, Lasource et Condorcet. Brissot, l'auteur du rapport, après avoir démontré les avantages de la suppression du recours en cassation, ajoutait, au nom de la commission, ces paroles où le cynisme le dispute à la lâcheté :

Il ne reste donc rien à désirer, ni pour la célérité, NI POUR LA JUSTICE.

En même temps qu'ils diminuent les garanties accordées aux accusés, les Girondins multiplient les cas dans lesquels la peine de mort devra être prononcée. Ils décrètent la mort pour des actes purement politiques, le 15 août, le 2 septembre, le 16 septembre, le 17 septembre. Le décret du 17 septembre punit deja peine capitale les contraventions à la loi qui défend les cocardes autres que celles aux trois couleurs nationales. — La mort pour des rubans !

Les massacres de septembre ont été l'œuvre de la Commune de Paris, et les Girondins n'y ont pas pris part. Mais quelle a été leur attitude en face de ces horribles égor^emenls, qui ont duré cinq jours, du dimanche 2 au jeudi 6 septembre? Quel a été, pendant ces cinq journées, le rôle de l'Assemblée législative, où siègent les chefs de la Gironde ? Quel a été le rôle du conseil exécutif, et en particulier du ministre de Tintérieur, le girondin Roland? Quel a été le rôle du maire de Paris, le girondin Petion?

Pendant les cinq jours qu'ont duré les massacres, l'Assemblée législative n'a pas un seul instant essayé sérieusement de s'y opposer. La commission des vingt et un, que Brissot présidait, n'a pas osé regarder en face le crime de la Commune; elle a attendu trente heures avant de risquer une timide protestation, et, presque aussitôt, effrayée de l'excès de son audace, elle a donné sa démission, elle a déserté son poste.

Roland, ministre de l'intérieur, qui a charge de veiller plus spécialement encore que ses collègues du Conseil exécutif à la tranquillité de Paris et à la sûreté des

personnes, se contente d'écrire à l'Assemblée des lettres dont le principal objet est de célébrer ses vertus à lui Roland. Le 3 septembre, il donne au ministère un grand dîner et fait asseoir à sa table un membre du comité civil de la section des Quatre-Nations, le citoyen Laconté, qui avait signé, tout le jour, les bons de vin et de victuailles délivrés aux égorgeurs K Le6 octobre, il mot sous les yeux de la Convention l'état des dépenses faites par Fournier l'Américain pendant son expédition d'Orléans, et il saisit cette occasion pour faire, sans aucunes réserves, l'éloge du bandit qui avait présidé à Versailles, le 9 septembre, au massacre des prisonniers de la haute cour nationale 2.

A l'exemple du vertueux Roland, le vertueux Petion écrit, lui aussi, une ou deux lettres à l'Assemblée et au patriote Santerre, et donne, le 5 septembre, à la mairie, un diner auquel assistent Gensonné, Brissot et plusieurs autres députés. Vers la fin du repas, les convives voient entrer une quinzaine de travailleurs couverts de sang. S'adressant à. Petion : « Monsieur le maire, lui disent-ils, nous avons dépêché ces coquinslà ; il en reste encore quatre-vingts ; que voulez-vous que nous en fassions ? — Ce n'est pas à moi qu'il faut s'adresser, » leur répond Petion, et il leur fait donner à boire. Les coupe-têtes se retirent et la fête continue 3.

1. Déclaration du citoyen Antoine-Gabriel- Aimé Jourdan, ancien président du district des Peiits-Auguslins et de la section des Quatre- Nations, 1" floréal an III.

2. Lettre de Roland, ministre de l'intérieur, au président de la Convention nationale, en date du 6 octobre 1792,

3. Lors du procès des Girondins, ce fait fut affirmé par Chabot, Fabre d'Églantine et Duhem, l'un des convives de Petion. Brissot et Gensonné, signalés comme ayant assisté au dîner du 5 septembre, ne contestèrent pas les récits de Duhem, de Fabre et de Chabot,

Les Girondins ne se sont pas bornés à laisser les égorgements suivre librement leur cours, alors qu'ils avaient en mains le pouvoir et la force de les arrêter; ils n'ont rien négligé, au moment où ces crimes s'accomplissaient et dans les jours qui ont suivi, pour les expliquer, pour les atténuer; leurs hommes d'État et leurs publicistes n'ont pas craint de les approuver.

Dans les journées de septembre, la lâcheté de la Gironde s'est élevée aussi haut que la scélératesse de la Commune.

Les massacres de septembre avaient couronné la session de l'Assemblée législative ; celle de la Convention fut inaugurée par un autre grand crime, le procès et la condamnation de Louis XVI.

L'initiative du procès du roi appartient aux Girondins. Le ministre Roland, dans une circulaire aux municipalités, en date du 1^' septembre, en proclamait la nécessité. Après un long exposé dans lequel il accusait Louis XVI d'avoir soudoyé des assassins, dispersé nos armées, ouvert nos frontières, préparé le ravage de nos provinces et le massacre de nos familles, il ajoutait : De tels crimes ne peuvent rester impunis. UN GRAND PROCÈS VA S'INSTRUIRE K...

Il s'instruisit, en effet, et l'on retrouve un Girondin à chacune des étapes de ce procès exécrable.

C'est un Girondin, Barbaroux, qui, le 16 octobre,

encore bien qu'ils aient discuté longuement, sur d'autres points, ces trois dépositions. [Bulletin du tribunal révolutionnaire, seconde partie, n° 61.) 1. Moniteur de 1792, n" 254.

demande que la ConventS)n se forme en comité judiciaire, et que la discussion s'entame sur le procès de Louis XVI.

C'est un Girondin, Dufriche-Valazé, qui rédige et dépose, le 6 novembre, le Rapport sur les crimes du cidevant roi.

C'est un Girondin, Petion, qui, le 13 novembre, fait décréter que la Convention traitera tout d'abord cette question : Le roi peut-il être jugé?

C'est sur la motion de Petion que, le 3 décembre, la Convention décide que Louis sera jugé, et qu'il le sera par elle.

C'est encore sur la motion de Petion qu'elle décrète, le 4 décembre, qu'elle s'occupera tous les jours, depuis midi jusqu'à six heures, du procès de Louis XVI.

C'est Barbaroux qui, dans la séance du 11 décembre, donne lecture de VActe énonciatif des crimes de Louis Capet, dernier roi des Français.

C'est le Girondin Ducosqui, dans la même séance, fait décider que l'acte d'accusation sera lu en entier au ci-devant roi, ensuite article par article, et qu'à chaque chef d'accusation on lui demandera : Qu'avez-vous à répondre ?

C'est sur la motion de deux Girondins, Guadet et Boyer-Fonfrède, que la Convention, le 14 janvier, fixe l'ordre dans lequel devront être posées les questions à résoudre.

C'est un Girondin, Buzot, qui, le 15 janvier, au moment où il va être procédé à l'appel nominal sur la première question i, demande que le vote de chaque député soit mis à côté de son nom sur les trois questions, et que cette liste soit imprimée et envoyée aux quatre-

1. « Louis est-il coupable de conspiration contre la liberté de nalion et d'attentat contre la sûreté générale de l'État? »

vingt-quatre déparlemenis. Celte motion est adoptée, ainsi que celle du Girondin Birotleau, aux termes de laquelle chaque membre est tenu de monter h la tribune pour émettre son vote.

Enfin c'est Vergniaud qui, le 17 janvier, à neuf heures du soir, proclame le résultat de l'appel nominal sur la troisième question ^ et déclare, au nom de la Convention nationale, que la peine qu'elle prononce contre Louis Capet est celle de mort.

C'est Vergniaud qui, le 20 janvier, à minuit et demi, proclame le résultat de l'appel nominal sur la question de sursis, et donne lecture de la rédaction délinitive des décrets rendus contre Louis XVI.

Plusieurs d'entre eux, il est vrai, ont demandé que le jugement de la Convention nationale contre Louis Capet fût soumis à la ratiftcation du peuple. Mais cette motion n'avait nullement pour objet de sauver Louis XVI. Au mois de janvier 1793, les Girondins disposaient encore d'une majorité considérable. Le 10 janvier, la Convention procéda au choix d'un président et de trois secrétaires. L'élection eut lieu par appel nominal. Vergniaud fut nommé président. Les trois secrétaires furent trois Girondins, Gorsas, Lesage et Bancal des Issarts, l'intime ami de M"® Roland. De tels votes attestent l'influence qui appartenait alors aux chefs de la Gironde ; ils étaient véritablement maîtres de l'Assemblée, et il dépendait d'eux de sauver ou de perdre Louis XVL Si donc ils voulaient le sauver, ils n'avaient qu'à se prononcer hautement conire la mort ou à demander, comme le fit Lanjuinais, que la Convention, si elle persistait dans son dessein de juger le roi, suivît du moins la proportion des suffrages exigée par la loi,

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