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Quelle sera la peine infligée

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et que la condamnation, pour être valable, réunît les trois quarts des voix.

Ils n'eurent garde d'adopter l'un ou l'autre de ces deux partis, qui l'un et l'autre eussent infailliblement sauvé Louis XVI. Us déclarèrent que Louis devait être condamné à la peine capitale, ce qui était, il faut en convenir, une étrange manière de le soustraire à la mort; et s'ils ajoutèrent que le jugement de la Convention devait être soumis à la ratification du peuple, nous savons par leurs propres aveux que, dans leur pensée, le renvoi aux assemblées primaires n'avait aucunement pour objet le salut de Louis XVI, et qu'il s'agissait pour eux, non de sauver le roi, mais de décharger la Convention, de se décharger eux-mêmes d'une responsabilité redoutable 1. Us voulaient pouvoir dire au peuple en lui livrant Louis : Cest à vous d'en répondre : imitant la lâcheté de Pilate, la surpassant même, car tandis que le procurateur romain disait aux Juifs : « Je ne trouve pas de crime en lui, » et encore : « Je suis innocent du sang de ce juste, » les chefs de la Gironde répétaient à l'envi : « Louis est couvert de crimes; Louis a mérité la mort. » Un contemporain qui assistait aux séances du procès de Louis XVI, Lacretelle le jeune, écrivait, quelques années après : « Le flegme cruel avec lequel les Girondins répétaient : Louis a mérité la mort, avait quelque chose de plus sinistre encore que les déclamaUons et les cris forcenés des Montagnards 2. »

1. Discours de Brissot, séance du l"janvier 1793. — Notes préparées par Vergniaud pour sa défense devant le tribunal révolutionnaire.

2. Précis historique de la Révolution française. Convention nationale, p. 145. — 1803.

Tant de fautes, tant de lâchetés, tant de crimes, ne troublent point les défenseurs des Girondins, qui ne veulent voir que la lutte de la Gironde contre la Montagne, de Louvet contre Robespierre, de Vergniaud contre Maral, et ne veulent pas que celte lutte ait eu une autre cause que l'indignation des Girondins contre les massacres de septembre, un autre mobile que « leur haine du crime, leur dégoût de l'anarchie, leur amour de l'ordre, de la justice et de la liberlé. »

Rien pourtant n'est moins exact. La rivalité, la lutte entre les Brissotins et les Robespierrisles est bien antérieure aux massacres de septembre ; elle remonte aux derniers mois de 1791.

Brissot et Robespierre avaient marché d'accord pendant toute la durée de l'Assemblée constituante. Brissot n'était alors que le rédacteur du Patriote français ; il avait besoin d'un appui, d'un prôneur dans l'Assemblée; de son côté, Robespierre avait besoin dans la presse de panégyristes ardents et nombreux. Brissot célébrait dans le Patriote français le courage, le civisme et l'incorruptibilité du député d'Arras, qu'il appelait le Caton de la Constituante : pour prix de ses services, Robespierre laissait tomber sur Brissot quelquesuns des reflets de sa popularité i.

L'Assemblée législative vint intervertir les rôles. Robespierre, ne pouvant en faire partie, se trouva rejeté dans la foule des Jacobins. Brissot, député de Paris, directeur d'un journal influent, écrivain et orateur,

1. Histoire de la Révolution de France, par deux Amis de la liberté, t. VII, p. 122.

portant l'art de l'intrigue jusqu'au génie, Brissot ne tarda pas à devenir dans l'Assemblée nouvelle le chef de la majorité et l'arbitre des destinées de l'État. Robespierre n'était pas pour s'accommoder de la prépondérance de son ancien ami; celui-ci lui devint odieux du jour où il se trouva placé au-dessus de lui, et lorsque la Société des Jacobins choisit Brissot pour président et relégua Robespierre dans les honneurs obscurs du secrétariat, nul doute que le ci-devant député d'Arras n'ait voué à son rival une haine mortelle ^ Vienne une occasion, et cette haine éclatera.

L'occasion ne tarda pas à se présenter. Dans les derniers jours de novembre 1791, une question fut soulevée, qui aussitôt passionna tous les esprits. La France devait-elle déclarer la guerre au roi de Hongrie et de Bohème? Brissot se prononça hautement pour l'affirmative dans son journal, à l'Assemblée législative, à la Société des amis de la Constitution; Robespierre se prononça contre la guerre. La tribune des Jacobins, seul terrain où ils pussent se rencontrer face à face, devint le théâtre de la lutte.

Après quelques escarmouches préliminaires, elle s'engagea à fond le 18 décembre 1791. Depuis ce moment, elle alla s'aggravant de jour en jour, et, bien avant le 10 août, elle avait pris un caractère qui rendait toute réconciliation à jamais impossible. En présence de ce fait indéniable, que devient la thèse des historiens qui placent après le 10 août seulement et après les massacres de septembre l'origine de la lutte entre les Girondins et Robespierre ?

Les faits elles dates, il est vrai, n'embarrassent guère

i. Histoire, etc., par deux Amis de la liberté, t. VII, p. 123. — Histoire des journaux de la Révolution française, par L. Gallois, t. I, p. 273.

les amis de la Gironde. S'il est un épisode qu'ils soient parvenus à faire universellement accepter et que tous les historiens se transmettent de l'un à l'autre comme une vérité incontestable et incontestée, c'est celui dans lequel on nous montre les Girondins, au plus fort de leur lutte avec la Montagne, entourés d'ennemis, à la veille de périr, et refusant le concours de Danton! 11 leur apporte son éloquence, sa popularité, son audace ; et, en échange, que leur demande-t-il? une seule chose : qu'ils veuillent bien ne pas réveiller les souvenirs de septembre ; qu'ils consentent seulement à se taire, et ils sont sauvés ! Sans hésiter, en hommes qui tiennent le succès pour peu de chose et la vie pour rien, quand l'honneur est en jeu, les Girondins repoussent la main que Danton s'obsline à leur tendre. Ils refusent de se sauver, au prix d'un lâche silence. Us périront, mais du moins ils n'auront pas, ne fût-ce qu'un jour, fait un pacte avec le crime! Potiiis mori quàm fœdari!

La scène est belle, à coup sûr, mais elle n'est pas vraie.

Quelques-uns des principaux membres du parti girondin, Louvet, Buzot, M™® Roland, ont écrit leurs mémoires au lendemain même des événements '. Nul doute qu'ils n'aient parlé d'un épisode où leurs amis ont joué un si beau rôle. Et pourtant si vous ouvrez ces mémoires, vous n'y trouverez rien qui se rapporte à cet épisode, pas même une simple allusion. Comment serait-il possible d'expliquer un pareil silence, si les conférences entre les Girondins et Danton avaient eu le

1. Nous ne rappelons pas ici les Mémoires de Barbaroux ni ceux de Petion, parce que les premier» ne vont pas au delà du 21 septembre 1792, et que les seconds ne commencent qu'au 31 mai 1793. Les tentatives de conciliation entre Danton et la Gironde ayanl pris place entre ces deux dates, Petion et Barbaroux n'avaient pas à s'en occuper.

caractère que les historiens se sont plu à leur donner? Nous avons en revanche, sur cet épisode même, un témoignage décisif, émané de Meillan, le courageux député des Basses-Pyrénées, qui était à son banc, à la Convention, le 2 juin 1793, pendant que, réfugiés chez lui, dans sa chambre de la rue des Moulins, Brissot, Guadet, Gensonné, Petion et plusieurs de leurs collègues attendaient l'issue de la séance K Ce témoignage est précis, détaillé, formel. Meiltan fixe la date à laquelle ont eu lieu les conférences entre les principaux membres des deux partis qui divisaient la Convention; il indique l'endroit où se tinrent les réunions ; il nous apprend qu'^7 assista à toutes les conférences -. Son récit mérite donc une confiance entière. 11 résulte de ce récit qu'il y eut en effet des tentatives de rapprochement entre Danton et les chefs de la Gironde et que l'initiative vint de Danton; mais il met en même temps hors de contestation ce point, que le refus des Girondins fut causé par leur défaut de confiance dans la sincérité des avances qui leur étaient faites, par les soupçons, assurément très légitimes, que leur inspirait l'exislence d'un comité d'insurrection, auquel ils avaient peine à croire que Robespierre et Danton fussent étrangers. De la demande qui leur aurait été adressée de ne plus remuer le sang de septembre, de l'oubli où ils auraient mis leur intérêt pour ne songer qu'à celui de l'humanité, de leur obstination à se perdre plutôt que de consentira garder le silence sur le crime de Danton, de toute cette légende héroïque, il n'y a pas trace dans les Mémoires de Meillan : il la faut laisser aux romanciers et aux dramaturges.

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