‹ Légendes révolutionnairesChapitre 68 sur 165 · Les Révolutions de Paris, n° 128. — Voy. aussi le n · texte numérisé non relu

Les Révolutions de Paris, n° 128. — Voy. aussi le n

4. L'Ami du peuple, n" 614, 1" décembre 1791. o. Les Révolutions de Paris, loc. cit.

lettre à tous les républicains de Finance sur la Société des Jacobins de Pans :

Ils m'accusent d'avoir provoqué la guerre. — Et sans la guerre, la royauté subsisterait encore ! — Ils craignaient la guerre faite par un roi!... Politiques à vue étroite! c'est précisément parce que ce roi parjure devait diriger la guerre, parce qu'il ne pouvait la diriger qu'en traître, parce que cette trahison seule le menait à sa perte, c'est pour cela seul qu'il fallait vouloir la guerre du roi !... C'était l'abolition de la royauté que j'avais en vue en faisant déclarer la guerre.... Les hommes éclairés m'entendirent, le 30 décembre 1791, quand, répondant à Robespierre, qui me parlait toujours de trahison à craindre, je lui disais : Je n'ai qu'une crainte, c'est que nous ne soyons point trahis. Nous avons besoin de trahison ; notre salut est là ; car il existe encore de fortes doses de poison dans le sein de la France, et il faut de fortes explosions pour l'expulser.

Un des aides de camp de Brissot, dans sa campagne en faveur de la guerre, J.-B. Louvet, a fait des aveux non moins explicites dans ses mémoires, publiés en l'an ill sous ce titre : Quelques notices pour l'histoire et le récit de mes périls depuis le Si mai. Ce même Louvet a dit encore, dans un autre de ses écrits : « Nous voulions la guerre, nous autres Jacobins, parce qu'à coup sûr la paix tuait la république; parce que, entreprise à temps, ses premiers revers inévitables pouvaient du moins se réparer et devaient jow/'^er à la fois le Sénat, les années et le trône i. »

Au mois d'avril 1792, Brissot et les Girondins ont fait déclarer la guerre à l'Autriche et par suite à la Prusse.

Au mois de septembre 1792, alors qu'ils sont les maî-

1 A Maximilien Robespierre et à ses royalistes, par J.-B. Louvet, député de France à la Convention par le Loiret, novembre 1792.

très absolus de rAssemblée, ils font déclarer la guerre au Piémont.

Au moins de février 1793, ils provoquent une guerre nouvelle contre l'Angleterre et contre la Hollande.

11 y avait sur nos frontières une puissance avec laquelle nous n'étions pas en guerre : c'était l'Espagne. 11 convenait de combler cette lacune. Dans la séance du 7 mars 1793, les Girondins font décréter que la République française est en guerre avec le roi d'Espagne.

Trois jours auparavant, le 4 mars, la Convention, — où la Gironde disposait encore de la majorité, puisqu'à ce moment même elle portait Gensonné au fauteuil de la présidence, en même temps que deux autres Girondins, Isnard et Grangeneuve, étaient nommés secrétaires, — la Convention mettait l'embargo sur tous les bâtiments des villes hanséatiques. Un seul gouvernement conservait encore la neutralité, les États-Unis d'Amérique. Lebrun, ministre des affaires étrangères, l'homme de la Gironde et le prête-nom de Brissot au département des relations extérieures, ne néglige rien pour aliéner de la république française la grande république américaine. Il reproche, en termes grossiers, à Gouverneur Morris, chargé d'affaires des Étals-Unis, l'indépendance que le roi Louis XVI a donnée à son pays 1.

Lorsque les Girondins sont tombés, il ne restait plus une seule guerre à déclarer, plus un seul ennemi à nous mettre sur les bras.

Ce sont eux encore, et non les Montagnards, qui ont inauguré ce système de propagande révolutionnaire,

1. Le déparlement des affaires étrangères pendant la Révolution (1787-1804), par Frédéric Masson, bibliothécaire du ministère des affaires étrangères.

de défi lancé à tous les trônes, d'appel à l'insurrection jeté à tous les peuples, qui devait avoir et qui a eu pour résultat, au dehors, une coalition formidable, au dedans des massacres et des échafauds. Jusqu'au jour de leur chute, ils n'ont cessé de prêcher le soulèvement des peuples contre les rois, ce qui équivalait à provoquer le soulèvement des peuples et des rois contre la France : politique véritablement insensée, dont Brissot avait tracé le programme en ces termes : // faui incendier les quatre coins de V Europe; noire salul est là ^. En résumé, les Girondins ont voulu, autant que les Montagnards et avant eux, la guerre révolutionnaire ; ils ont voulu, comme Napoléon, la guerre universelle "^ ; mais ils n'ont eu ni l'excuse du génie comme Napoléon, ni celle que peuvent invoquer quelques-uns des Montagnards, d'avoir vaillamment tenu tête n l'ennemi. Ces héros de basoche, qui ont mis le feu aux quatre coins de l'Europe, n'ont jamais été vus sur aucun champ de bataille.

Vin.

En précipitant la France dans une guerre contre l'Europe, les hommes de la Gironde n'appelaient pas seulement sur notre pays des dangers extérieurs redoutables; à l'intérieur même, ils ouvraient la barrière à tous les excès, à tous les crimes. La guerre, œuvre des Girondins, devait forcément donner naissance au gouvernement révolutionnaire, et ce gouvernement est aussi

1. Considérations sur la nature de la Révolution, par Mallet du Pan, p. M.

2. « La Gironde veut faire la guerre universelle. - (xMichelet, t. V, 620.)

leur œuvre. Ce sont eux qui l'ont créé et qui l'ont pourvu de tous ses organes, depuis le Comité de salut public, en haut, jusqu'aux Comités de surveillance, en bas.

Parce que c'est surtout aux mains des Montagnards que le Comité de salut public est devenu un instrument de domination formidable, il ne faut pas que cela nous fasse perdre de vue que cette arme a été forgée par la Gironde.

Avant le 10 août, dès le 9 juillet 1792, Brissot demandait à l'Assemblée législative « d'instituer dans son sein une commission de sûreté, peu nombreuse, un comité choisi parmi les hommes les plus actifs, les plus vigilants, les plus intrépides, les plus inflexibles, et qui serait chargé de l'examen de toutes les accusations de crime de trahison i. »

Le l'^'' janvier 1793, sur la proposition d'un membre de la Gironde, et malgré l'opposition de la Montagne, la Convention décréta la création d'un Comité de défense générale, transformé, le 2o mars suivant, en Comité de défense générale et de salut public.

Du Comité de défense générale est issu le Comité de salut public, organisé le 6 avril 1793, après un rapport du girondin Isnard, fait au nom d'un comité où figuraient avec lui Petion, Gensonné, Guadet, Vergniaud, Barbaroux, Camus, Lasource et Condorcel.

Les Girondins ont également pris une part considérable à la création du tribunal révolutionnaire (10 mars 1793). C'est là un fait qui, pour avoir été laissé dans l'ombre par la plupart des historiens de la Révolution, n'en est pas moins incontestable. Bien loin qu'ils se soient rlevés contre le principe d'un tribunal criminel extraordinaire, les députés de la Gironde ont accepté,

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