‹ Légendes révolutionnairesChapitre 69 sur 165 · Moniteur du 10 juillet · texte numérisé non relu

Moniteur du 10 juillet

sans la moindre difficulté, ce que Lanjuinais — qui n'était pas girondin — a si bien appelé t l'abominable irrégularité de la suppression d'appel en matière criminelle; » ils n'ont exigé d'autre garantie pour les accusés que celle résultant de l'existence de jurés pris dans tous les déparlements et nommés par la Convention : garantie complètement illusoire, puisque le choix de ces jurés allait être soumis aux fluctuations d'une Assemblée qui était elle-même l'esclave des passions populaires et le jouet des circonstances; — ils ont voté sans observations l'article aux termes duquel les jurés devaient opiner à haute voix, et c'est seulement le lendemain de ce vote néfaste que l'un deux a soulevé des objections tardives, qui devaient être et qui sont demeurées sans effet ; — ils ont pris une part active à la rédaction du décret, et c'est un de leurs principaux orateurs, Isnard, qui a proposé et fait adopter la rédaction du premier article, le plus important de tous; rédaction si large, si compréhensive, qu'elle dépassait la rigueur de celle présentée par Robespierre, et qu'elle allait permettre d'envoyer à l'échafaud tous ceux qui seraient suspects à la faction dominante.

Le tribunal révolutionnaire une fois créé, et créé par eux, ils n'ont pas cessé, soit d'étendre ses attributions, soit d'activer sa marche, trop lente au gré de plusieurs d'entre eux. Ils ont multiplié les lois qui font un délit de la pensée, un crime de l'intention, lois atroces, aussi nombreuses qu'impitoyables, et qui toutes prononcent la peine de mort. Lorsqu'ils seront, à leur tour, traduits devant le tribunal révolutionnaire et traînés à l'échafaud, ce sera en vertu les lois mêmes rédigées et votées par eux :

Non lex est juslior ulla Quam necis artifices arte perire sua!

Sait-on à quel chiffre s'élèvent les lois votées par les Girondins avant le 31 mai 1793 et prononçant la peine de mort en matière politique? A trente et une! Et l'une d'elles, le décret du 5 mars 1793, édictait la peine de mort contre les jeunes filles émigrées âgées de quatorze ans, qui, après être rentrées en France une première fois et avoir été déportées, y rentreraient une seconde fois!

Cela ne leur a pas suffi. Il ne leur a pas suffi d'inscrire dans la loi l'arrestation des suspects el d'y déposer un autre principe non moins odieux, celui de l'arrestation des otages; ils n'ont pas reculé devant cette monstruosité qu'on appelle la MISE HORS LA LOI et qui envoie un proscrit à l'échafaud, sans jugement, sur la seule constatation de son identité!

Robespierre et Saint-Just ont bien, après la chute de la Gironde, fait décréter des lois abominables, la loi de prairial, par exemple : mais c'étaient là fantaisies de tyrans et caprices de bourreaux. Point n'était besoin, en effet, de lois nouvelles pour remplir les prisons et pour alimenter la guillotine. Lorsque la Gironde est tombée, le 2 juin 1793, la Terreur était faite!

Et maintenant devons-nous pousser plus loin cette étude? Est il utile de montrer que les Girondins, au 31 mai el au 2 juin, sont tombés mis 'rablement, désertant leur poste à l'heure du péril, étonnant par leur faiblesse leurs adversaires eux-mêmes ï, et finissant au cri

1. Dépêche écrite de la Convention le 31 mai 1793, par les délégués de la Commune, et signée : Naudin, Garelle, Cavaignac, Henry.

de sauve qui peut i? Est-il nécessaire de les suivre en Normandie, où ils étonnent leurs partisans par leur nullité, par leur imprévoyance et par leur sotte vanité 2 ; — où ils refusent de se joindre aux braves gens qui se sont levés pour leur querelle, et d'où ils s'éloignent sans avoir tiré un coup de fusil, sans avoir compromis leur considération au contact de vulgaires soldats, et pouvant certes se rendre, avec leur collègue Petion, celte justice, que leur conduite n'avait rien eu ùe chevaleresque 3? Devons-nous enfin les montrer au tribunal révolutionnaire, abdiquant devant leurs juges celte fierté qu'ils ne devaient retrouver que devant l'échafaud, s'excusant d'avoir attaqué Maratet faisant sonner bien haut leurs attaques contre Louis XVI; rejetant sur leurs amis absents les responsabilités les plus lourdes, sur leurs amis qui se cachent, qui seront découverts demain peut-être et contre lesquels on s'armera, pour les traîner au supplice, de ces lâches dénonciations; se défendant, non en hommes d'État qui acceptent la responsabilité de leurs actes, mais en hommes de loi qui plaident les circonstances atténuantes; tombant, comme ils avaient vécu, en avocats?

Si nous avions à les accompagner ainsi jusqu'au bout, après avoir fait sa part à la justice, nous ne refuserions pas la sienne à la pitié. Nous nous plairions à redire, à notre tour, qu'ils sont morts avec courage, — comme tout le monde mourait, même les femmes, même les jeunes filles, en ces jours où la Terreur avait tué jusqu'à l'espérance.

Qu'il nous soit permis, en terminant, de renvoyer ceux de nos lecteurs qui ont bien voulu nous suivre jus-

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