Papiers trouvés chez Robespierre, n° XXVI
LE BRiGADrER MDSCAR. 153
De telles leçons, une si odieuse propagande, ne pouvaient manquer de produire leurs fruits. Dans un grand nombre de régiments, le brigandage et la débauche étaient à Tordre du jour. « Il y a à la suite des bataillons, écrit au Comité de salut public un commissaire près l'armée de l'Ouest, une fourmilière de femmes qui corrompent ou amollissent le soldat, le portent au pillage et désorganisent l'armée K » Carnot écrit de son côté, de l'armée du Nord : « Un fléau terrible détruit nos armées. C'est le troupeau de femmes et de filles qui sont à leur suite. Il faut compter qu'il y en a autant que de soldats. Les casernes et les cantonnements en sont engorgés, et la dissolution des mœurs y est à son comble. Elles énervent les troupes et détruisent, par les maladies qu'elles y apportent, dix fois plus de monde que l'ennemi. A Douai, où nous avons vu dans un temps la garnison réduite à 350 hommes, il y avait près de 3,000 femmes dans les casernes 2. »
Les généraux étaient souvent aussi crapuleux que les soldats; tout leur était pardonné, du moment qu'ils étaient do vrais sans-ciiloltes. Un misérable comme Léchelle, un voleur comme Ronsin, devenait, de soldat, général en chef en quelques mois; par contre, le talent était souvent un motif de suspicion. Le ministre de la guerre Bouchotte écrivait au général Bouchard : « Les renseignements qui ont été donnés sur l'adjudant général Jarry ne permettent pas de l'employer. Songez que la machine ira beaucoup mieux avec de véritables sansculottes qu'avec ces prétendus hommes à talent, qui, ayant sans cesse la république sur les lèvres, ne l'ont point dans le cœur 3. »
1. Correspondance inédite du Comité de salut public, t. I, p. 427.