‹ Légendes révolutionnairesChapitre 75 sur 165 · Bâtiments du lycée de Nantes · texte numérisé non relu

Bâtiments du lycée de Nantes

3. Déposition manuscrite d'Olive Recapet; déclaration n° 41. — Louise Courant, lingère, n** 62. Pièces remises à la Commission des Vingt et vn, p. 91.

4. Procès-verbal du Comité révolutionnaire de Nantes. Séance du 2 pluviôse an II (21 janvier 1794). — Carrier était arrivé à Nantes le 8 octobre 1793.

pendant urgent de tirer ces femmes de leur cruelle situation. »

Dix d'entre elles en étaient tirées dès le lendemain par le sensible Muscar qui, pour ne pas prolonger plus longtemps leurs tortures, les envoyait à la mort. Voici dans quels termes il transmettait cette nouvelle à ses amis de la commission militaire de Nantes, par une lettre en date du 8 germinal :

Je viens de faire fusiller dix brigandes ; une onzième, nommée Jeanne Bouveau, tout aussi coupable que les autres, étant femme d'un brigand et complice de son mari, est enceinte de cinq mois. Le conseil militaire assemblé pour la juger, craignant d'offenser la nature en suivant le cours de la justice, a cru devoir la renvoyer à votre tribunal. Votre sagesse saura concilier les égards qu'on doit à son état avec l'inflexible sévérité de la loi i .

Je laisse à un juge dont M. Albert Duruy ne récusera pas l'autorité, le soin de caractériser la conduite de l'homme qui fait fusiller des femmes, des vieillards de soixante-dix-liuit ans et des enfants de quinze ans. Le 16 mai 1798, au moment de partir pour l'expédition d'Egypte, le général Bonaparte écrivait aux commissions militaires de la 9" division l'ordre du jour suivant :

J'ai appris, citoyens, avec la plus grande douleur, que des vieillards, âgés de soixante-dix ou quatre-vingts ans, de misérables femmes enceintes ou environnées d'enfants en bas âge avaient été fusillés, comme prévenus d'émigration.

Les soldats de la liberté sont-ils donc devenus des bourreaux ? La pitié qu'ils ont portée jusqu'au milieu des combats serait-elle donc morte dans leurs cœurs? La loi du 19 fructidor a été une mesure de salut public; son intention

1. Cette lettre de la main de Muscar porte sur l'adresse : « Aux membres de la commission militaire séante maison Pépin, à Nantes. » (Archives du greffe.)

LE BRIGADIER MUSCAR. 165

a été d'atteindre les conspirateurs, et non de misérables femmes et des vieillards caducs. Je vous exhorte donc, citoyens, toutes les fois que la loi présentera à votre tribunal des vieillards de plus de soixante ans ou des femmes, à déclarer qu'au milieu des combats vous avez respecté les vieillards et les femmes de vos ennemis. Le militaire qui signe une sentence de mort contre une personne incapable de porter les armes est un lâche.

A quoi tiennent les réputations? Que les documents mis au jour par M. Alfred Lallié eussent disparu, comme tant d'autres pièces de l'époque révolutionnaire, égarées ou détruites, — et Muscar passait du coup à l'état de héros sans tache, de brigadier sans peur et sans reproche! Déjà, avant même que lui échût la bonne fortune de rencontrer un panégyriste tel que M. Albert Duruy, son humanité, ses vertus avaient élé célébrées par le général Hugo dans ses Mémoires, et par Victor Hugo lui-même au chapitre I"'" de son autobiographie.

En 1793, Lcopold-Sigisbert Hugo, père du grand poète, faisait partie du même bataillon que Muscar, le 8" du Bas-Rhin, dit bataillon de l'Union. J'ai sous les yeux l'original d'une adresse des officiers, sous-officiers et soldats de ce bataillon, en date du 10 juillet 1793. Dans celte adresse, datée du camp sous Angers, près delà Vendée, « les républicains composant le bataillon de l'Union » félicitent la Convention d'avoir expulsé de son sein les députés girondistes et d'avoir donné à la nation la Constitution de 93 : « Législateurs, nous sanctionnons cotte sublime Constitution et nous jurons d'en défendre les principes et de répandre jusqu'à la

dernière goutte de notre sang pour écraser les tyrans, les fanatiques, les royalistes et les fédéralistes. » — — Parmi les signatures, à côté de celle de Muscar, premier chef du bataillon de l'Union, je trouve celle de BrutusHugo, adjudant-major i.

Une étroite amitié unissait le chef de bataillon et son adjudant, si bien qu'il leur arriva de refuser de l'avancement pour ne pas se séparer 2. A la fin de 1793 et dans les premiers mois de 1794, nous les retrouvons tous les deux au château d'Aiix. Muscar, nous l'avons vu, commande le poste, Hugo signe plus que jamais : Brutus.

En 1823, à une époque où il ne se souvenait plus guère de s'être placé autrefois sous le patronage de Brutus, le général Hugo est revenu sur ses souvenirs du château d'Aux et les a quelque peu romancés dans ses Mémoires.

Tous les détachements, dit-il, qui se rendaient du château d'Aux à Nantes par la traverse qui passe sous Bouquenay 3, étaient ordinairement attaqués par les habitants de cette commune. Notre cavalerie ayant souffert dans l'une de ces attaques, l'officier supérieur qui commandait la colonne dont elle faisait partie se retira ; mais au lieu de rentrer au château, il revint de nuit sur Bouquenay, y prit 270 hommes et 22 jeunes filles qu'il nous amena le lendemain 4.

1. Je dois la communication de celte pièce à M. Gustave Bord, dont la collection d'autographes et de documents inédits sur la Révolution est une des plus précieuses qui soient en France.

2. Mémoires du général Hugo, t. I, p. 59. — Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie, 1. 1, p. 9 : « Muscar remercia Hoche et lui rendit sa nomination. Hugo en fit autant, pour ne pas se séparer de son ami. »

3. Bouguenais et non Bouquenay, comme l'écrivent le général Hugo et Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie.

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