Mémoires du général Hugo, t. I, p
LE BRIGADIER MUSCAR. 167
D'après ce récit, les habitants de Bouguenais, conduits au château d'Aux, et fusillés les 2 et 3 avril 1794, comme le raconte, deux pages plus loin , le général Hugo, auraient été des rebelles, coupables d'une attaque à main armée, et condamnés comme tels. Hien n'est moins exact. On a vu tout à l'heure dans quelles conditions ces malheureux avaient été arrêtés. Bien loin d'avoir été pris les armes à la main, ils avaient été saisis chez eux, à leur travail, dans leur maison, dans leur jardin ; c'était, leur disait-on, pour leur donner, au château, « un billet civique. » Ces pauvres gens moururent avec courage, et le général Hugo raconte en ces termes leurs derniers instants :
Je vis, après quelques courtes questions de pure forme, condamner ces 270 infortunés à la peine terrible à laquelle ils s'attendaient : on les conduisit à la mort par petites troupes : ils la reçurent avec calme, à côté des fosses ouvertes pour les recevoir. J'ai beaucoup fait la guerre, j'ai parcouru de vastes champs de bataille, jamais rien ne m'a tant frappé que le massacre de ces victimes de l'opinion et du fanatisme i. »
11 ne dépendait pas de l'adjudant-major Hugo de s'opposer à ce massacre ; il ne pouvait en être que le témoin attristé : il ne fut pas autre chose. On a essayé pourtant, à cette occasion, de le transformer en héros. Voici ce qu'on lit dans une histoire des guerres de la Vendée, publiée en 1844, et dont l'auteur, M. Pitre Chevalier, fréquentait alors le salon de Victor Hugo :
Reposons enfin les yeux sur les hommes de cœur qui osèrent lever la tête quand chacun était à plat ventre, — et quand chaque tête qui s'élevait ainsi tombait sous le couperet du Tarquin de Nantes.