‹ Légendes révolutionnairesChapitre 77 sur 165 · Mémoires, t. 1, p · texte numérisé non relu

Mémoires, t. 1, p

Citons d'abord un noble nom, si glorieux aujourd'hui, celui de l'officier républicain Hugo, père de notre grand poète. Carrier avait ordonné de massacrer, au château d'Aux, sept ou huit cents paysans de Bouguenais, qui venaient de déposer les armes sur la promesse d'une amnistie. Le jeune Hugo défend à ses soldats d'obéir au proconsul. Moins héroïques que lui, ^es soldats n'osent jouer ainsi leur tête. Il proteste, il lutte contre eux, et ne se retire que devant la force, en disant : « Yous n'êtes plus mes soldats, vous êtes les soldats de Carrier! » — « Quand je n'aurai plus de brigands à étouffer, s'écria le représentant à cette nouvelle, je fusillerai les patriotes de la façon de ce monsieur-là. Ils sont aussi dangereux que les autres. » Si Carrier avait eu le temps d'exécuter cette menace, la France perdait Victor Hugo 1.

Dans le livre, qui est supérieurement illustré, il y a ici une vignette avec cette légende : Le jeune Hugo au château d'Aux. La vignette est jolie, mais la scène qu'elle représente est imaginaire. Brutus Hugo ne se dressa point ainsi fièrement en face de Carrier. Il ne joua point sa tète. Il ne jeta point à ses soldats, transformés en bourreaux, ce cri héroïque : Vous n'êtes plus mes soldats, vous êtes les soldats de Carrier/ — Ce pauvre Carrier a bien assez à faire de répondre de ses propres crimes, sans qu'on lui en impute encore qu'il n'a point commis. Le massacre des habitants de Bouguenais eut lieu les 2 et 3 avril 1794. Ces malheureux avaient été arrêtés le 31 mars 1794. Or, à cette date, Carrier n'était plus à Nantes. Il en était parti depuis plus de six semâmes. Sa mission avait pris fin le 14 février 1794 2.

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