‹ Légendes révolutionnairesChapitre 78 sur 165 · Bretagne et Vendée, par Pitre Chevalier, p · texte numérisé non relu

Bretagne et Vendée, par Pitre Chevalier, p

2. Fin mars et commencement d'avril 1794, le représentant du peuple en mission à Nantes était le citoyen Garreau. (Voir la note 1 de la page 160.) Cet excellent homme eût désiré sans doute n'employer contre les habitants de Bouguenais que des musiciens; mais,

LE BRIGADIER MUSCAR. 169

Le général Hugo — rendons-lui cette justice — ne dit pas un mot, dans ses Mémoires^ de sa prétendue résistance aux ordres de Carrier. En revanche, à propos des femmes fusillées à Bouguenais, il se met lui-même en scène dans des conditions de nature à lui faire grand honneur, à lui et à son ami Muscar :

A peine, dit-il, ces malheureux (les 270 paysans de Bouguenais) furent-ils condamnés, que le tribunal reçut ordre de revenir à Nantes. Le président pria Muscar de faire juger les jeunes filles par une commission militaire, et cet officier, désirant les sauver, me nomma, quoique bien jeune encore, pour présider à ce tribunal, certain que je ne démentirais pas les sentiments d'humanité qu'il me connaissait. Il n'osa point influencer la nomination des autres membres, mais il me pria de tout faire pour les apitoyer sur les infortunées dont le sort était remis entre nos mains.

Un vieux sous-lieutenant du 13e de Seine-et-Oise, nommé Fleury, s'il m'en souvient bien, homme sombre et taciturne, devant opiner le premier, je craignais que sa voix n'influençât défavorablement les autres juges, et je crus, avant de lui demander son opinion, devoir, après la rentrée des prévenues dans la chapelle, représenter au tribunal qu'il était bien pénible, pour des militaires, d'être appelés i\. prononcer sur le sort de malheureuses victimes de la guerre ; qu'il l'était plus encore quand les jugements devaient tomber sur des jeunes filles qui ne pouvaient avoir pris aucune part aux hostilités ; sur des infortunées qui toutes versaient déjà des larmes de sang par suite des événements affreux dont nous venions d'être témoins, et dont elles ne pouvaient douter, puisque tous les feux avaient retenti jusqu'à elles. J'engageai les juges à bien se recueillir, à ne chercher aucun modèle de conduite et à prononcer d'après leur cœur.

Alors ce vieil officier, que je craignais tant, dit à haute voix et sans sortir de son caractère : « Je me suis fait mili-

comme sa proposition n'avait pas encore été adoptée par le Comité de salut public, il dut, en attendant, laisser au brave Muscar le soin de les fusiller en masse. Que voulez-vous? On ne fait pas toujours tout ce que l'on veut : on fait ce que l'on peut.

taire pour combattre des hommes et non pour assassiner des femmes. Je vote la mise en liberté des vingt-deux prévenues, et leur renvoi immédiat chez elles.

Cette opinion, qui m'aurait précipité dans les bras du brave homme, si j'avais osé le faire, fut appuyée de suite par un lieutenant de la légion nantaise qui le suivait, et bientôt une heureuse unanimité ouvrit les portes de la chapelle à ces enfants tous à genoux. Muscar vint alors remercier le tribunal de sa généreuse conduite, et nous exprimer ses regrets que les deux cent soixante-dix 'prisonniers qui venaient de périr n'eussent pas été soumis à un arrêt aussi doux que le nôtre l.

Manifestement contraire à la vérité en ce qui regarde le commandant Muscar et les prétendus sentiments d'humanité de ce fusilleur de femmes, le récit du général Hugo n'est pas plus exact en ce qui touche la commission militaire dont il aurait été le président.

M. Alfred Lallié a retrouvé au greffe du tribunal de Nantes quelques-unes des pièces concernant cette commission militaire. L'adjudant-major Hugo n'en était point le président. Le vieux ^ous-lieutenant du IS^ de Seine-et-Oise, nommé Fleury, n'en faisait pas partie.

Voici quelle en était la composition : Simon, second 1 chef du bataillon de YUnion, président ; Boudar, Bourette, Jubert, Rothan, Kraust, Brutus Hugo, ce dernier faisant fonctions de greffier. Du moment que le capitaine Hugo, au lieu d'être le président de la commission, n'en était que le greffier, il est évident que son récit manque de base et croule de toutes parts. Ce qui achève de le démontrer, c'est que, d'après ce récit, les jeunes filles et les femmes traduites devant le conseil militaire auraient été immédiatement remises en liberté et renvoyées chez elles; il est, au contraire, établi par

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