Moniteur du 15 novembre
qui en ont parlé, depuis M. Théophile Lavallée jusqu'à M. Henri Martin, depuis M. Maxime du Camp jusqu'à l'anonyme du Dictionnaire Larousse.
Quelle est la valeur de ce document 1
La Gazette nationale ou le Moniteur universel a paru pour la première fois le 24 novembre 1789. A la demande d'un grand nombre de souscripteurs, les propriétaires, MM. Panckoucke et Agasse, se décidèrent, au commencement de 1790, à faire imprimer un supplément contenant le résumé des séances des États généraux à dater du 5 mai 1789, avec la relation des principaux événements antérieurs au 24 novembre i. C'est dans ce supplément et sous la date des 15 et 16 septembre 1789 que fut inséré l'article où il est parlé du Pacte de famine.
Cet article est anonyme. Il a été écrit dans des circonstances qu'il importe de rappeler et dans un but sur lequel il n'est pas possible de se méprendre.
La récolte de 1788 avait été mauvaise ; à la veille de la moisson, une grêle effroyable avait dévasté plusieurs provinces; l'hiver qui avait suivi avait été le plus dur qu'on eût vu depuis 1709. Dès le printemps de 1789, la disette se fait cruellement sentir. Le peuple effaré voit partout des accapareurs. Le sang coule à Paris; des émeutes éclatent à Saint-Denis, à Saint-Germain, à Poissy. Dans les campagnes, on brûle les châteaux, on dévaste les greniers. Ce ne sont, de tous côtés, « que
1. Voy. V Avertissement placé en tête de V Introduction historique publiée en l'an IV par l'éditeur du Moniteur universel.
convois arrêtés, blés pillés, meuniers et marchands de grains pendus, décapités, massacrés, fermiers sommés sous menace de mort de livrer jusqu'à leur réserve de semence, propriétaires rançonnés, maisons saccagées 1. »
Les adversaires de la Révolution mettaient naturellement à sa charge la misère publique et les crimes dont la France entière était le théâtre; par contre, ses amis devaient chercher à en rejeter la responsabilité sur les aristocrates et sur la royauté elle-même. Tel est précisément l'objet du factum inséré au Moniteur sous ce titre : Détail sur le monopole des blés entrepris par les ministres mêmes, dès i767, sous le nom d'un nommé Malisset, meunier à Corbeil -; puis, dans le numéro suivant, avec cet autre titre : Suite de V historique de l'accaparement des grains, de leur emmagasinement aux îles de Jersey et de Guernesey, d'après Vidée d'un chevalier Forbin, continuée par l'abbé Terray 3. Après avoir dénoncé, en commençant, les trames ourdies par les partisans des anciens abus, ligués pour relever l'idole du despotisme, l'auteur du factum les signale, à la fin, comme les vrais moteurs des troubles et des désordres ; il les accuse d'avoir, par leurs habiles et cruelles manœuvres, occasionné une disette réelle au sein de l'abondance, essayant d'abord de faire sortir des grains hors du royaume, s'efforçant ensuite de répandre de vaines terreurs, d'égarer dans son cours une circulation qu'ils ne pouvaient empêcher, &' altérer les denrées, d'acheter à grand prix l'inaction des hommes chargés de les préparer, de faire apparaître le fantôme épouvantable de la famine aux yeux des