Archives municipales de Rennes. — Albert Macé, p
On n'en produit pas une seule. En revanche, nombreux sont les faits qui ne permettent pas de prendre un instant au sérieux la thèse des avocats de Leperdit.
Le premier de ces faits ne laisse pas d'être assez significatif. C'est Carrier lui-même qui a nommé Leperdit officier municipal. Investi de pouvoirs illimités, il en usa pour renouveler toutes les administrations de la ville et du département. Le 25 septembre, il écrit à la Convention nationale :
Citoyens mes collègues,
Le patriotisme triomphe à Rennes : tout y marche sur la ligne révolutionnaire. Le grand et rapide changement qui vient de s'opérer dans cette cité produit les plus salutaires effets sur toute la ci-devant Bretagne....
Après bien des peines, bien des soins sur les choix, j'ai renouvelé avec mon collègue Pocholle, arrivé ici depuis peu de jours, toutes les autorités constituées, administrations de départements, de districts, municipalités, juges de paix, commissaires de police ; tout a été destitué et remplacé surle-champ. Environné des lumières des patriotes, j'ai fait les nouvelles élections avec cet esprit de justice et d'impartialité qui dirige toujours un cœur brûlant du bonheur du peuple. Celui qui habite les murs de Rennes en est enchanté, ces nouveaux administrateurs sont tous populaires, patriotes, vrais sans-culottes i.
Au moment où Carrier écrivait ainsi à la Convention, la municipalité nouvelle était en fonctions depuis cinq jours. Son installation avait eu lieu le 20 septembre, en présence de Carrier, que le nouveau maire, le citoyen Elias aîné, avait harangué en ces termes : « Représentants du peuple, vous les premiers fondateurs de notre félicité, quelle douce satisfaction pour vous de voir cette grande cité bénir le jour qui vous vit naître pour
1. Correspondance de Carrier. Revue rétrospective, l. V, p. 95.
son bonheur.... Toi surtout, brave et pur Carrier, toi qui as ravivé le feu sacré du patriotisme des Rennais, reçois de tes amis le baiser fraternel i. »
L'opposition de Leperdit à Carrier, dont en aucun cas il ne peut être question avant le 20 septembre, puisque avant cette date il n'était pas encore officier municipal, cette opposition ne s'est pas manifestée du 20 au 25 septembre, puisque le 25 Carrier écrivait : « Tout marche à Rennes sur la ligne révolutionnaire.... Les nouveaux officiers municipaux sont tous vrais sansculottes. » La résistance de Leperdit se serait-elle produite du 26 septembre au 6 octobre? Pas davantage. La correspondance de Carrier pendant ces derniers jours de sa mission à Rennes existe encore aux archives. Certes, il n'était pas homme à ne pas dénoncer la rébellion de l'officier municipal qui se serait mis en travers de ses projets. Comment se fait-il donc que ses lettres soient complètement muettes à cet égard? Elles le montrent au contraire s'applaudissant de ne rencontrer aucune résistance. Tout au plus signale-t-il le mauvais vouloir de « la rohinocratie qui fourmille dans cette ville jadis parlementaire 2. » Le tailleur Leperdit n'était pas un robin, un parlementaire : ce n'est donc pas lui qui est ici visé. C'était un sans-culotte, et de ce côté-là, Carrier nous apprend que tout marche comme sur des roulettes. « L'esprit public, dit-il dans sa lettre du 2 octobre, n'a jamais été entièrement perverti dans Rennes ; son feu sacré s'est toujours conservé dans le cœur de la nombreuse et brave sans-culotterie renfermée dans les murs de cette cité ^. »