‹ Légendes révolutionnairesChapitre 85 sur 165 · Revue rétrospective, t. V, p · texte numérisé non relu

Revue rétrospective, t. V, p

réponse : « Je n'ai pas le droit de refuser, puisqu'il y a du danger. Je me crois incapable, mais j'essaierai. Si je recule au moment du péril, punissez-moi. »

Emile Souvestre et M. Le Jean oublient qu'en 1794, ce n'étaient pas les citoyens qui choisissaient leur maire ; la Constitution avait été suspendue et le gouvernement révolutionnaire proclamé. La Convention avait décrété l'épuration des divers corps administratifs, ainsi que de tous les citoyens remplissant des fonctions publiques quelconques. En conséquence, le 21 février 1794, les représentants Esnue-Lavallée et François, délégués dans les départements de la Mayenne et d'Ille-et-Vilaine, « après avoir consulté le vœu des douze commissaires nommés à cet effet par la société populaire et réépurée de Rennes i, » nommèrent les nouveaux officiers municipaux et investirent des fonctions de maire le citoyen Leperdit. Un maire choisi à ce moment, et dans de telles conditions, par un représentant du peuple qui était l'émule de Carrier, pouvait-il être un héros de modérantisme? Se pouvait-il qu'il se fût signalé, quelques semaines auparavant, par des actes publics de résistance à l'oppression, par l'énergie de ses protestations contre le gouvernement révolutionnaire et contre le système terroriste?

J'ai dit qu'Esnue-Lavallée était un émule de Carrier. Un trait suffira pour le peindre. Le 25 janvier 1794, il écrivait de Rennes au comité révolutionnaire dit de surveillance de Laval :

Citoyens, Je viens d'envoyer à la commission militaire, à Vitré, l'ex-prince Tallemont 2. J'envoie également à Laval, à la

1. Considérants de l'arrêté du 3 ventôse an II (21 février 1794). Archives municipales de Rennes.

2. A. P. de la Trémouille, prince de Talmont, seigneur de Laval.

commission militaire, Enjubault-Laroche i, aliii qu'il y soit

Vous voudrez bien, sitôt l'exécution de Tallemont 2, faire attacher sa tête au bout d'une pique et la faire placer de suite sur la principale porte du ci-devant château de Laval, alin d'épouvanter les royalistes et fédéralistes dont vous êtes environnés.

Vous voudrez bien aussi faire les mêmes honneurs ù la tête d'Enjubault-Laroche....

Du courage, de l'activité, de l'énergie; les aristocrates trembleront et ça ira. Vive la République !

Salut et fraternité.

Signé : Esnue-Lavallék.

Deuxième lettre :

9 pluviôse (28 janvier 1794).

Je vous recommande de faire à Jourdain 3, après son jugement, les mêmes honneurs qu'à Enjubault et à Tallemont : ce sera une pique de plus k faire fabriquer. Je crois que vous ferez bien d'en faire fabriquer quelques autres, afin d'en avoir de prêtes au besoin h fur et à mesure que les conspirateurs mayennais seront arrêtés.

Les ordres d'Esnue-Lavallée furent suivis. La tète du prince de Talmont et celle de Jourdain furent exposées à la porte du château de Laval; quant à la lêle d'Enjubault, on lexposa devant la maison de sa femme 4.

Enjubault-Laroche avait été arrêté dans des conditions toutes particulières. Ayant quitté la retraite où il se cachait depuis quelque temps, il rencontre sur la

1. Ancien membre de l'Assemblée consliluanle, ancien président du tribunal de Laval.

"1. Le prince de Talmont n'était pas encore jugé; il le fut seulement le lendemain, 7 pluviôse an II (2G janvier 1794).

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