‹ Légendes révolutionnairesChapitre 87 sur 165 · Moniteur du 8 floréal an II (27 avril · texte numérisé non relu

Moniteur du 8 floréal an II (27 avril

3. Séance de la Convention du 5 prairial an III (Moniteur du 10). — Le décret d'accusation fut voté « au milieu des plus vifs applaudissements. >>

lequel les prêtres étaient généralement conduits *, et la commission Brutus Magnier, dont le président, Antoine-Louis-Bernard Magnier, âgé de vingt-deux ans, avait changé ses prénoms pour ceux plus patriotiques de Lepeletier-Beaurepaire-Brutus '-. Cette commission tenait deux séances par jour, l'une le matin à neuf heures, la seconde à six heures du soir. La guillotine, en permanence sur la place du Palais, était établie à l'entrée de la rue de Bourbon actuelle. Le tribunal criminel prononça quatre-vingt-sept condamnations capitales, dont vingt-trois contre des prêtres et onze contre des femmes 3. La commission Brutus Magnier envoya à l'échafaud deux cent soixante-sept victimes, parmi lesquelles vingt femmes 4. Sans le typhus des prisons, les exécutions auraient été plus nombreuses encore. « La maladie pestilentielle, écrivait la commission, a fait justice elle-même d'une infinité d'autres contre-révolutionnaires. »

Comme Esnue-Lavallée, Brutus iMagnier se donnait parfois le plaisir de faire exposer au bout d'une pique la tête de ses victimes. Le 13 floréal an II (o mai 1794), la tête de René Sébille, marchand de cassis, fut placée sur la chapelle de la Magdeleine. D'autres fois, il s'amusait à faire brûler devant les condamnés, au pied de l'échafaud, « les livres pieux, chapelets, reliquaires et autres ordures trouvées sur eux. »

1. Sur l'atrocité des condamnations prononcées par le tribunal criminel d'Ille-et-Vilaine, voir les Souvenirs de la persécution révolutionnaire à Rennes, par Mgr Gabriel Brute. (Revue de Bretagne et de Vendée, décembre 1860, janvier et mars 1861.)

2. VoirTexcellente monographie publiée en 1879 par M. Hippolyte de la Grimaudière sous ce titre : La Commission Brutus Magnier à Rennes.

3. Berrial-Saint-Priœ, la Justice révolutionnaire, t. l, p 221.

4. Berrial-Saint-Prix, p. 228. — La Grimaudière, p. 83 et 84.

11 arrivait aussi que, de temps en temps, on placardait sur les murs des affiches contenant la nomenclature des condamnés qui venaient de subir « la peine due à leurs forfaits par jugements de la commission militaire révolutionnaire, séante au ci-devant présidial. » Elles portaient les signatures de Z. P. B. Brutus Magnier, président, et de Scevola, secrétaire-greffier. En tète, cette inscription : vive la vengeresse du peuple, l'aimable guillotine ! J'ai sous les yeux, au moment où j'écris, le fac-similé d'une de ces affiches K Leperdit les voyait tous les jours collées sur le mur de sa mairie, et il ne les arrachait pas ! et il ne donnait pas sa démission !

Les registres municipaux de 1794 ont été conservés. Nulle part on n'y trouve trace d une protestation, même timide, même indirecte, contre les horreurs dont Rennes était alors le théâtre. En revanche, on y trouve la preuve que Souvestre, Le Jean et les écrivains à la

1. M. de la Grimaudière possède dans sa collection l'original d'une de ces affiches. — M. Jules Claretie a consacré à Brutus Magnier le chapitre VI de ses Derniers Montagnards (1867). Comme il n'a pas connu les documents déposés aux xYrchives de la cour d'appel de Rennes, comme il n'a rien su, ou presque rien, de la commission Brutus Magnier, il a fait de ce l)andit une sorte de héros. Peu s'en faut qu'il ne nous demande de l'admirer. « Il aimait, dit-il, et toutes ses colères, il faut bien le dire, cette fureur avec laquelle il traquait, poursuivait, condamnait les chouans, é\.aAerï\, doublées d'amour. Amour de la patrie, dévouement farouche à sa cause, âpre attachement à des principes embrassés avec enthousiasme, ces sentiments sublimes étaient en lui sublimés, et bouillonnaient, brûlaient comme la lave. Folie patriotique, fièvre, congestion, qu'importe ! Il aimait la République comme on aime une maîtresse.... Ce fanatique portait en sa tête de la substance cérébrale de héros. » Pages 271, 274. — Ah çà ! mais il me semble que messieurs les Rennais, pendant qu'ils y sont, feraient bien d'élever aussi une statue à Brutus Magnier.... sur la place du Palais, oii avaient lieu les exécutions.

suite ont travesti la vérité, lorsqu'ils ont représenté Leperdit faisant remettre en liberté les religieuses de l'Hôtel-Dieu incarcérées à la Tour-le-Bat.

Le fait était impossible, puisque le maire et les officiers municipaux, ainsi que je l'ai déjà dit, pouvaient bien faire arrêter les gens, mais ne pouvaient pas les faire mettre en liberté. Voici ce qui se passa :

Le 3 germinal an II (23 mars 1794), le conseil de la commune étant en séance, trois sœurs de la Charité se présentèrent. Elles exposèrent que depuis quelque temps elles étaient résidantes à la maison de la Pilletière, mais qu'elles avaient été congédiées par un administrateur du district. Elles venaient, en conséquence, demander des passeports pour retourner dans leurs familles. Le conseil les invita à continuer de soigner les pauvres de la cité, en se conformant H la loi. Sur les conclusions du substitut de l'agent national, on leur impartit un délai de vingt-quatre heures « pour se soumettre aux lois révolutionnaires en prêtant le serment prescrit, pour ensuite se vouer comme par le passé au soulagement des pauvres, sans quoi le conseil se verrait forcé de mettre à exécution la loi concernant les hospitalières et sœurs de Charité 1. »

A quelques semaines de là, le 29 germinal (18 avril 1794), les administrateurs du district de Rennes transmirent à la municipalité un arrêté des représentants du peuple « en mission dans la Manche et autres lieux environnants, » relatif aux sœurs de Charité et aux religieuses de toutes congrégations, employées ou non au service des hôpitaux. Aux termes de cet arrêté, toutes les religieuses n'ayant pas prêté le serment civique dans le délai prescrit par la loi devaient être mises en état d'arrestation comme suspectes ; celles qui appartenaient au personnel des hôpitaux civils ou

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