Atxhives municipales de Rennes. — Albert Macé, p
Procès-verbal du 12 pluviôse (31 janvier) :
Ce jour, 12 pluviôse an III, sept heures et demie du matin, nous maire et officiers municipaux de Rennes soussignés, rassemblés à la maison commune, savoir faisons qu'avertis par ce qui était arrivé hier lors de la distribution du pain, nous avons requis le commandant temporaire de faire doubler les patrouilles et de faire marcher une force imposante sur l'annonerie : d'après ces mesures, nous nous y sommes rendus, y avons trouvé le peuple dans un mouvement de fermentation extraordinaire, criant de toutes ses forces qu'on fixe le pain de six livres à 30 sols, quoique porté à 50 sols dans la pancarte. Il y a eu beaucoup de pierre jetées dans les portes^ les menaces les plus violentes et les propos les plus grossiers ont été lancés contre nous, on a toujours insisté sur la réduction du prix du pain à 30 sols. Les portes de l'annonerie étant forcées, nous voyant investis de toutes parts, assurés que presque tous les individus qui demandaient du pain n'avaient apporté que 30 sols pour avoir un pain de six livres, d'après le bruit public et le cri général d'hier qu'il avait été fixé et réduit à ce prix; crainte de plus grands malheurs, nous avons été forcés de céder au torrent, le pain de six livres a été délivré à raison de 30 sols, et nous avons prévenu le public qu'il était impossible de le donner à ce prix dorénavant...., et nous sommes retirés à la maison commune, où nous avons rédigé le présent.
Procès-verbal de la troisième et dernière journée :
Le treize pluviôse, troisième année républicaine, nous maire et officiers municipaux de Rennes soussignés, faisons savoir qu'environ les sept heures du matin, une troupe considérable de femmes, parmi lesquelles se trouvaient confondus quelques hommes, s'est présentée aux portes de la maison et en ont franchi l'entrée : nous sommes, avec le secours de bons citoyens qui se sont rendus à notre invitation, parvenus à faire évacuer l'intérieur de la maison commune ; mais, par toutes nos observations, n'ayant pu parvenir à en débarrasser le contour et voyant que le désordre, loin de disparaître, semblait aller à son comble, nous avons requis
le commandant temporaire de déployer l'appareil d'une force armée importante, quelques compagnies ont été mises sous les a /'mes; cependant l'attroupement ne cessant d'investir la maison commune et de prendre un accroissement progressif en raison de la tolérance, nous avons à neuf heures réitéré notre réquisitoire au commandant temporaire ; il s'est présenté au lieu de nos séances et nous a annoncé que le peuple semblait exiger l'élargissement d'un nommé Desilles, détenu à la maison et tour la Montagne par ordre du représentant du peuple Boursault, et d'un nommé Sevin, que nous avons fait arrêter comme prévenu d'être un des chefs du rassemblement.
Considérant qu'il ne nous appartenait pas de préjuger les motifs qui avaient porté le représentant du peuple à faire arrêter Desilles ;
Considérant que Sevin est un homme repris de justice et connu pour avoir une opinion contraire aux principes de la Révolution ;
Considérant qu'il y avait des inconvénients à céder à une pétition faite de vive force, nous avons cru ne pouvoir accéder à un vœu qui ne nous semblait émis que pour marquer la malveillance. Le commandant temporaire s'est retiré sur notre invitation et a fait monter des chasseurs à cheval. Une agitation plus vive s'est manifestée dans le groupe, le commandant temporaire a tiré le sabre, les chasseurs ont pris le galop et le groupe s'est divisé ; mais l'effervescence n'ayant rien perdu de sa force, la générale a été battiœ^ les officiers supérieurs de la garnison se sont présentés à l'assemblée de la commune, les administrateurs qui la composent leur ont fait connaître l'impossibilité où ils se trouvent de déférer à la demande qu'ils ont renouvelée de la sortie de Desilles et Sevin, et les ont instruits des mesures qu'ils ont adoptées pour procurer au peuple une distribution de pain plus égale. Cette distribution se tient en ce moment au prix de 50 sols, sous la surveillance de quelques-uns de nos membres, et l'état actuel du peuple semble annoncer le retour du calme l.
(Suivent les signatures.)