‹ Légendes révolutionnairesChapitre 92 sur 165 · Emile Souvestre · texte numérisé non relu

Emile Souvestre

M. Borie, premier préfet d'IUe-et-Vilaine, désigna les nouveaux officiers municipaux. 11 mit Leperdit sur sa liste. C'est par cette petite porte que l'ancien maire de 93 rentra à l'hôtel de ville, le 29 janvier 1800. Après avoir été l'élu des conventionnels Carrier et Esnue- Lavallée, il était l'élu du préfet de Bonaparte.

Au mois de mars 1802, Mgr de Maillé de la Tour- Landry fut nommé évèque de Rennes. Le conseil municipal décida qu'une députation de six membres se rendrait près de lui, pour lui présenter les hommages de la ville. Leperdit fit partie de cette députation. Huit ans auparavant, en ce même mois d'avril, il avait assisté comme maire à une grande fête civique en l'honneur de la mémoire de Marat. Le buste de VAmi du Peuple avait été porté processionnellement du temple de la Loi à la ci-devant église Saint-Sauveur, transformée en temple de la Raison. Le conventionnel Dubois-Crancé avait prononcé un discours, accueilli par les cris de « Vive la Montagne ! Vive Marat, l'ami du peuple ! » et la journée s'était terminée par un souper « simple et républicain. »

Mais en 1802, heureusement, on était loin de 1794. Le premier consul, sans se laisser émouvoir par la mauvaise humeur des quelques républicains qu'il avait introduits au Tribunat et au Corps législatif, continuait son œuvre de reconstitution sociale, de réaction antirépublicaine. Le 29 floréal an X (19 mai 1802), il institua l'ordre de la Légion d'honneur. Demandes et recommandations affluèrent bien vite. Le 18 septembre, le conseil municipal de Rennes prit une délibération invitant le gouvernement et le Sénat conservateur à comprendre le citoyen Leperdit dans la formation de la Légion d'honneur. « Considérant, disaient les membres du conseil, que le citoyen Leperdit, maire de Rennes

SOUS le régime de la Terreur et dans l'an III, a, pendant ce temps, totalement négligé les intérêts de sa famille pour s'occuper de ceux de ses concitoyens ; qu'il s'est opposé de tout son pouvoir aux actes du comité et de la commission révolutionnaire, et que les effets de son zèle n'ont pu être arrêtés ni par les dénonciations de ces autorités, ni par les menaces et les arrêtés des représentants du peuple, et que son courage et sa fermeté ont sauvé la vie à plusieurs citoyens 1. »

Plusieurs des membres qui signèrent cette délibération avaient siégé avec Leperdit au conseil de la commune en l'an II et en l'an III. Il ne leur eût pas déplu de se voir délivrer, dans la personne de leur ancien maire, une attestation de « courage » et de « fermeté. » En attendant que cette attestation leur vint du premier consul, ils se la délivraient à eux-mêmes. Ils se gardaient bien d'ailleurs de rien préciser. De ces actes de courage et de fermeté qui auraient honoré l'administration de Leperdit, pas un seul n'est signalé dans leur délibération.

La mairie de Leperdit se divisait en deux périodes distinctes : la première, du 24 février 1794 au 27 juillet de la même année, de son installation à la chute de Robespierre ; — la seconde, du 27 juillet 1794 au 22 août 1795, de la chute de Robespierre à l'adoption de la Constitution de VAn III.

Pendant la première période, Leperdit et ses collègues ne firent aucune opposition aux actes du comité et de la commission révolutionnaire; encore moins s'opposèrent-ils aux actes des représentants du peuple. Bien loin de protester contre la politique de la Conven-

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