‹ Légendes révolutionnairesChapitre 93 sur 165 · Archives municipales de Rennes. — Albert Macé, p · texte numérisé non relu

Archives municipales de Rennes. — Albert Macé, p

tion et de ses agents, ils y applaudissaient. Le 23 mars 1794, au plus fort de la Terreur, ils rédigeaient une adresse à la Convention, où se lisaient ces lignes : « Continuez, Montagnards, à vous rendre dignes de la confiance populaire et restez constamment au poste que l'intérêt général vous assigne ; vos vertus Républicaines, manifestées par des actes récents d'une sévère justice envers des représentants infidèles % enflamment et agrandissent notre amour pour la république.... Point de paix ; nulle trêve avec nos ennemis ; que les volcans de la Montagne les pulvérisent ! Us sont inconciliables par système ; ainsi, plus de clémence^ plus de pitié; que l'humanité se taise pour l'amour de l'humanité même ! »

Après le 9 thermidor seulement, il arriva que Leperdit et ses collègues résistèrent une fois aux représentants du peuple ; mais dans quelles circonstances?

La loi du 21 germinal an 111 (10 avril 1795) avait ordonné le désarmement immédiat des citoyens qui avaient participé aux excès de la Terreur. En conséquence, les conventionnels Guezno, Guermeur et Grenot 2, alors en mission à Rennes, prirent, le 25 germinal, l'arrêté suivant :

Les représentants du peuple, envoyés près les armées des côtes de Brest et de Cherbourg, arrêtent que les administrateurs du district de Rennes se concerteront, sans délai, avec le commandant temporaire de cette place, pour faire exécuter, conformément à la loi du 21 de ce mois, par les troupes de ligne accompagnées d'un officier municipal, le

1. Deux représentants, Simond et Hérault de Séchelles, venaient d'être arrêtés, par ordre du Comité de salut public. Ils furent guillotinés, Hérault de Séchelles le 5 avril, et Simond le 13 avril 1794.

2. Guezno et Guermeur étaient députés du Finistère ; Grenot, député du Jura.

désarmement des citoyens dénommés d'autre part, connus dans leurs sections pour avoir participé aux horreurs commises sous le règne de la tyrannie qui a précédé le 9 thermidor.

Rennes, le 25 germinal, l'an III de la République française, une et indivisible.

Signé : Guezno; J.-T.-M. Guermeur; Grenot.

Cet arrêté et la liste qui y était jointe furent adressés, par les représentants, à la municipalité, qui répondit, le 27 germinal, par une longue lettre portant la signature de Leperdit et de dix officiers municipaux. Leperdit et ses collègues plaidaient les circonstances atténuantes en faveur des terroristes, dans lesquels ils ne voulaient voir que &q^ frères égarés. « On voit les chouans, écrivaient-ils, se promener tranquillement avec leurs armes dans l'intérieur de cette commune, et beaucoup de citoyens qui n'ont été qu'égarés, qui, par un zèle mal entendu, ont contribué indirectement à la tyrannie, ne jouiraient pas du même avantage? »

Par lettre du 28 germinal, les représentants du peuple autorisèrent la municipalité à borner < quant à présent » à onze personnes l'exécution de leur arrêté du 25.

Telle est la seule circonstance dans laquelle Leperdit ait résisté « aux arrêtés des représentants du peuple. » Il a déployé, ce jour-là, du « zèle, » du « courage » et de la « fermeté. » Soit. J'ajoute seulement que c'était | au profit des pires agents de la Terreur.

Le premier consul ne fit pas état des prétendus titres de l'ancien maire de Rennes. La délibération du 18 sep-

tembre 1802 fut mise au panier, et Leperdit ne fut pas nommé membre de la Légion d'honneur. En quoi peutêtre Bonaparte faisait preuve d'ingratitude, car, peu de jours auparavant, le 24 août 1802, Leperdit avait signé une adresse au premier consul, s'associant, en termes enthousiastes, à « l'allégresse générale qu'avait excitée dans la commune de Rennes le sénatus-consulte qui déclarait Napoléon Bonaparte premier consul à vie. »

La proclamation de l'empire ne refroidit nullement l'enthousiasme de Leperdit pour Napoléon. Non seulement il ne donna pas sa démission de membre du conseil municipal, mais nous le voyons, en 1808, accepter de porter aux pieds de Sa Majesté l'empereur et roi l'humble expression du profond dévouement de sa bonne ville de Rennes. L'empereur et l'impératrice, venant de Vendée, devaient arriver à Nantes le 9 août 1808. Le 30 juillet, sur autorisation du préfet, le conseil municipal de Rennes se réunit sous la présidence de M. de la Bourdonnaye-Blossac, maire ; Leperdit assistait à la séance. Je copie le procès-verbal officiel :

M. le maire observe que S. M. l'Empereur et Roi est attendu à Nantes le 8 août prochain mois ; que son arrivée y est certaine à cette époque ; qu'au très grand regret de la ville de Rennes, après un séjour à Nantes de deux jours, il se rendra directement à Paris par Angers; qu'il paraît convenable de former une députation et solliciter l'autorisation nécessaire pour être admis à ses audiences à Nantes, lui exprimer le vif amour des Rennais pour sa personne sacrée, les regrets qu'ils ont témoignés lorsqu'ils ont été assurés qu'ils seraient, dans le moment actuel, privés du bonheur de le posséder à Rennes, qu'ils ont l'espoir et le plus vif désir de le voir à une époque la plus rapprochée possible.

Le conseil accepte unanimement la députation proposée et arrête qu'elle sera composée de M. le maire et de quatre

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membres pris dans son sein; mais qu'elle aura lieu aux frais des membres du conseil général. Les quatre membres désignés par les voix du scrutin pour former la députation sont Rapatel, Leperdit, Darmaillé et Petit. »

Le 11 août, le maire et les quatre délégués de Rennes furent reçus par l'empereur à l'hôtel d'Aux, où résidait alors le préfet, M. de Celles. Ils étaient accompagnés de vingt-cinq à trente gardes d'honneur de cavalerie et d'infanterie venus d'IUe-et-Vilaine. On se rappelle le rôle prêté, en cette occasion, à Leperdit par Emile Souvestre et le « jeune historien » Le Jean ; comment Leperdit aurait dit tout uniment à Napoléon que le peuple détestait son despotisme ; comment l'empereur aurait mis en œuvre, pour le gagner, toutes les séductions de son génie et de sa puissance ; comment enfin, après une lutte d'une heure, battu mais rempli d'admiration pour le vieux républicain, il aurait murmuré, en le suivant d'un long et triste regard : « Homme de fer !» — C'est presque aussi beau que la fable du Paysan du Danube :

Le député vint donc et fit cette harangue....

Et, en effet, ici encore, c'est bien une fable, que son auteur, Emile Souvestre, aurait pu intituler : le Paysan de la Vilaine.

J'ai sous les yeux une petite brochure publiée à Nantes en 1808 sous ce titre : Détails du passage de LL. MM. impériale et royale dans leur bonne ville de ■ | Nantes. D'autre part, un historien local, M. ^Camille Mellinet, au tome XII de son ouvrage : La Commune et la Milice de Nantes, ne consacre pas moins de soixante pages au récit du séjour de l'empereur à Nantes. Il va sans dire que ni la brochure de 1808 ni M. Mellinet ne soufflent mot de Leperdit. Les Rennais ne furent reçus

par l'empereur que le 11 août, quelques instants avant son départ, qui eut lieu ce même jour, à une heure après midi. Napoléon à ce moment avait autre chose à faire que de s'épuiser en vains efforts pour convertir Leperdit : il venait d'apprendre le désastre de ses troupes à Baylen et la capitulation du général Dupont ! Quelle nécessité pour lui, d'ailleurs, de prêcher l'ancien maire de Rennes ? Est-ce que ce dernier ne lui était pas entièrement acquis ? Si Leperdit avait eu, en 1808, les sentiments républicains qu'on lui prête, est-ce qu'il aurait voté, comme il le fit, pour qu'une députation fût envoyée à l'empereur? Est-ce qu'il aurait consenti à être l'un des délégués chargés de lui exprimer le vif amour des Rennais pour sa personne sacrée ? Est-ce qu'il aurait permis au maire, parlant en son nom, à lui Leperdit, de tenir à Napoléon ce langage : « Sire, il est digne de votre cœur paternel de consoler vos fidèles sujets. Le maire de votre bonne ville de Rennes et ses co-députés seraient bien heureux s'ils pouvaient reporter à leurs concitoyens l'espérance de posséder bientôt Votre Majesté ; il ose. Sire, vous supplier de la faire renaître dans leurs âmes ; alors seulement la joie laplus vive succéderait à la tristesse bien naturelle dans laquelle nous avons laissé une ville si dévouée^ si pénétrée d'amour et d'admiration pour le plus grand des souverains ^ . »

Deux ans plus tard, survenait le divorce de Napoléon et son mariage avec l'archiduchesse Marie-Louise. Le conseil municipal de Rennes, convoqué sur autorisation du préfet, le 19 mars 1810, chargea trois de ses membres de rédiger une adresse à l'empereur « sur l'heureux événement de son mariage, qui donnait aux

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