Archives municipales de Rennes
Français l'assurance de la prospérité de l'empire, Vespérance d'un héritier direct du trône, et l'espoir d'une paix générale désirée par Sa Majesté et ses peuples. »
Voici le texte de cette adresse :
A Sa Majesté l'Empereur des Français, Roi d'Italie, Protecteur de la Confédération du Rhin.
Sire, Organe de ses concitoyens, le conseil municipal de votre bonne ville de Rennes vient déposer au pied de votre trône ses vœux et ses félicitations. Il partage l'allégresse que tous les Français ont ressentie en apprenant l'événement mémorable qui doit affermir le repos de vos sujets et garantir la paix du continent.
L'auguste princesse qui va s'asseoir auprès de vous, sur le premier trône du monde, y sera toujours environnée de nos respects, de nos hommages et de notre amour.
Puisse-t-elle bientôt combler nos désirs et notre reconnaissance en donnant au plus grand des monarques un héritier de vos vertus héroïques : tels sont les vœux que nous osons vous adresser en notre nom et celui de nos concitoyens. Nous sommes, avec le plus profond respect,
Sire, de Votre Majesté, les très soumis et très fidèles sujets.
Les membres du conseil municipal de la ville de Rennes.
Parmi les signatures brille celle de Leperdit. Je la trouve également au bas de l'adresse suivante, votée le 22 mars 1811, par le conseil municipal, à l'occasion de la naissance du roi de Rome :
Sire, le conseil municipal de votre bonne ville de Rennes s'empresse d'offrir à Votre Majesté l'hommage de ses félicitations sur la naissance du Prince impérial, que la Providence vient d'accorder à nos désirs, comme le gage assuré du repos et du bonheur qu'elle assure à nos neveux.
La ville de Rennes partage l'allégresse, etc.
Le ±2 octobre 1813, nouvelle adresse, toujours signée Lejierdil :
A Sa Majesté Vlmpéralrice, Heine et Régente.
Madame, La bonne ville de Rennes s'empresse de faire parvenir ù Votre Majesté l'expression des sentiments d'amour et de respect dont elle est pénétrée pour elle et qui, s'il était possible, augmenteraient encore dans ce moment où, lorsque notre magnanime Souverain sacrifie dans l'éloignement son repos et son bonheur à la défense de l'Empire français, nous voyons son auguste compagne se consacrer aussi tout entière aux soins et aux peines qu'entraîne l'administration intérieure. Il est impossible à des cœurs français de ne pas se sentir émus d'admiration pour ce double et touchant spectacle !
On le voit, l'ancien maire de Rennes avait depuis longtemps mis au grenier son échappe et sa carmagnole de 93, à moins qu'il ne les eût vendues à ces marchands qui crient sous les fenêtres des hommes politiques.... et des tailleurs : Vieux habits! vieux (jalons !
L'empereur est tombé, le Sénat a rappelé les Bourbons. Le maire de 93, le vieux jacobin qui a présidé, le 1\ janvier 1795, à la fête commémora tive de l'exécution de Louis XVI, ne peut pas reconnaître le gouvernement de Louis XVIII. Le moins qu'il puisse faire est de se renfermer dans la retraite et de vivre désormais à l'écart dans l'une des deux maisons possédées cidevant par les religieux jacobins, et qu'il s'est fait si opportunément adjuger en 1791. C'est aussi le parti qu'il a pris, s'il en faut croire ses historiens. Voici leur récit, le même, et pour cause, chez M. Adolphe Orain et chez Guillaume Le Jean, que chez Emile Semestre.
Au retour de Louis XVIII, Leperdit fut porté sur la
liste des conseillers municipaux. Il refusa de prêter serment. Le préfet, furieux, le fit appeler et lui dit : « Prenez garde, on ne se montre pas impunément hostile à Sa Majesté ; je pourrais vous l'apprendre.
— Vous êtes bien jeune, Monsieur, pour me donner des leçons.
— Vous prêterez serment. Monsieur !
— Jamais !
— Vous levez la tête bien haut.
— C'est que je n'ai rien dans ma vie qui puisse me la faire baisser.
Le préfet, confus, s'excusa et reconduisit Leperdit jusqu'à la porte i.
Encore une bien belle scène et qui n'a qu'un tout petit tort : elle n'est pas vraie. Leperdit a prêté serment à Louis XVIII.
Le 12 avril 1814, le conseil municipal de Rennes transmit au gouvernement provisoire une adresse dont voici les principaux passages :
Nosseigneurs, Privés de toutes relations avec la ville de Paris, depuis le 30 mars dernier, nous ignorions les actes de dévouement généreux du Sénat et les suites d'une révolution qui replace sur le trône de France l'illustre maison qui depuis dixhuit siècles Va gouvernée d'une manière si paternelle ; autrement nous eussions été des premiers à manifester notre joie par les actions de grâces que nous en avons hier rendues solennellement au Souverain des souverains et à vous faire connaître, Nosseigneurs, notre adhésion libre, pleine et entière aux actes du Sénat et à la nouvelle Constitution que vous avez proposée.
1. Emile Souvestre, Revue des Deux Mondes du 1" juillet 1838 et Mémoires d'un sans-culotte bas-breton, t. III. — G. Le Jean, Biographie bretonne, t. II. — Adolphe Orain, Notice biographique sur Leperdit, p. 29.
Puissions-nous bientôt adressera la personne sacrée de S. M. Louis XVIII les expressions de notre amour, de notre respect et de notre fidélité....
Leperdit avait signé l'adresse du 12 avril 1814; aussi était-il nommé, le 30 décembre, membre du conseil municipal de Rennes, par ordonnance du roi Louis XVIII. C'est même lui qui figurait le premier sur la liste. Le 6 mars 1815, il prêta serment dans les termes suivants :
Je jure et promets à Dieu de garder obéissance et fidélité au roi, de n'avoir aucune intelligence, de n'assister à aucun conseil, de n'entretenir aucune ligue qui soit contraire à son autorité ; et si, dans le ressort de mes fonctions ou ailleurs, j'apprends qu'il se trame quelque chose à son préjudice, je le ferai savoir au roi.
Un mois après, le 20 avril 1815, Leperdit mettait son nom au bas d'une nouvelle adresse, qui commençait ainsi :
Sire, Réunis en vertu d'autorisation du préfet de notre département, nous nous empressons d'offrir à Votre Majesté l'hommage du dévouement le plus sincère....
\otre Majesté, le 20 avril 1815, c'était l'empereur Napoléon. Le 6 mars précédent, Votre Majesté, c'était le roi Louis XVIII.
Pour Leperdit, les serments comme les adresses se suivaient et ne se ressemblaient pas. Le 23 avril 1815, il en prêtait un nouveau en ces termes :
Ju jure et promets obéissance aux Constitutions de l'Empire et fidélité à l'Empereur.
Voilà V Homme de fer que les républicains veulent couler en bronze. L'aventure ne laisse pas d'être assez réjouissante.
Mais n'ai-je pas torl de plaisanter ainsi, à propos d'un homme dont la vie, nous le savons maintenant, n'eut rien d'héroïque, mais dont la mort a été accompagnée de circonstances véritablement tragiques? Estce que tous ses biographes n'ont pas raconté qu'il était déjà gravement malade, lorsqu'au mois de février 18:22 on avait appris à Rennes la découverte de la conspiration Berton ; — que l'un de ses fils, impliqué dans les poursuites, avait été condamné à mort et exécuté au mois de septembre 1822 ; — qu'on avait caché au vieillard cet horrible malheur, et que chaque matin, pendant dix-huit mois, il avait demandé des nouvelles de son fils, feignant de le croire, comme on le lui disait, cloué sur son lit par la maladie ? Le lecteur n'a sans doute pas oublié comment — toujours d'après ses bio • graphes — le vieux républicain, celui qui avait bravé Carrier et battu Napoléon — eut, à son heure dernière, \ un cri superbe, un mot sublime : « Mon fils est mort.... Je le savais/.... Que Dieu pardonne à ceux qui l'ont tué! »
Eh bien ! ce dernier épisode de la vie de Leperdit i est tout juste aussi vrai que les précédents. J:
Leperdit n'a jamais eu de fils. Il n'a eu que deux ^ filles, mariées l'une à M. Brevalet, l'autre à M. Ferait, entrepreneur de charronnage à Rennes. En 1822, M. Ferait fut compris dans les poursuites auxquelles donna lieu la conspiration du général Berton. Il fut
1. Leperdit mourut le 3 août 1823 (et non en 1825, comme il est dit dans la Biographie bretonne). « Il refusa, dit M. Albert Macé, les secours de la religion et fut inhumé civilement. »
renvoyé devant la cour d'assises de Poitiers, sous l'accusation de complots, d'attentats et de non-révélation. Mais le procureur général, M. Mangin, dans son réquisitoire à l'audience du r> septembre 182:2, ne retint que le délit de non-révélation du complot. Après avoir rappelé les présomptions réunies contre Ferait, il ajouta :
Gela sunU-il pour prouver (jue Férail ait pris la résolution d'afjir ? Nous vous disons. Messieurs, notre pensée tout entière; nous ne devons rien vous proposer que nous ne fussions prêts à faire à votre place : (!li l)ien ! c'est en obéissant à ce sentiment que je dirai qu'il n'est pas suflisamment prouvé dans mon opinion que Férail ait arrêté la résolution d'agir pour détruire le gouvernement du roi. Mais que cet homme ait connu le complot, à cet égard, nous dirons qu'il ne reste pas le moindre doute et que Férail est un non-révélateur.
M" Brunet présenta la défense de Férail : « Étant illettré, dit-il, il ne pouvait espérer aucun emploi d'un gouvernement quelconque ; il n'a donc pu être ambitieux. L'espoir du pillage ne l'a pas séduit : il jouit d'une honnête aisance. »
Avant la clôture des débats, Férail fît la déclaration suivante : « Je ne suis ni carbonaro ni chevalier de la liberté, je n'ai jamais entendu prononcer ces mots qu'à l'audience. Je prie messieurs les jurés de prendre en considération que je suis un père de famille qui n'a pris aucune part dans cette affaire i. »
Reconnu coupable de non-révélation, Férail fut condamné, le 11 septembre 1822, à cinq ans d'emprisonnement et 2,000 fr. d'amende. Il fut gracié au bout d'un an et demi par ordonnance royale du 7 avril 1824 -', et reprit la direction de son atelier de charronnage.