‹ Légendes révolutionnairesChapitre 96 sur 165 · Lycée, ou Cours de littérature, t. IX, p · texte numérisé non relu

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l'institut de FRANCE. 223

sait de parler du tribunal révolutionnaire; il croyait voir Bailly, Malesherbes, tous ses amis immolés, l'appeler sur l'échafaud. « Ce délire d'un mourant, a dit Lemontey, montra au jour ce qu'était alors en France le sommeil des gens de bien. »

L'Académie des sciences ne fut guère mieux traitée que l'Académie française. J'ai déjà dit ce que devinrent Bailly et Condorcet, qui faisaient partie des deux compagnies. Bochard de Saron, président à mortier du Parlement de Paris, membre honoraire de l'Académie des sciences, monta sur l'échafaud, le 20 avril 1794. La veille, c'avait été le tour de Lavoisier, guillotiné comme Malesherbes, comme André Chénier. Pas plus que la vertu et la poésie, la chimie ne trouvait grâce devant la république. Bien en avait pris à Buffon de mourir à la veille de la Révolution, le 16 avril 1788. L'ancien intendant du Jardin du roi n'eût pas manqué d être traduit devant le tribunal révolutionnaire. A défaut du père, on se contenta du fils, ci-devant major en second du régiment d'Angoumois. Il fut guillotiné, lui quarante-sixième, le 10 juillet 1794.

Guillotinés également deux membres honoraires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres : L'Averdy, ancien contrôleur général des finances, le 23 novembre 1793 ; Le Fèvre d'Ormesson, premier président du Parlement de Paris, le 20 avril 1794.

Plusieurs membres de l'Académie de peinture et de sculpture furent réduits à émigrer ; le comte d'Angiviller, ce protecteur éclairé des arts ; — Ménageot, cidevant directeur de l'Académie de France à Rome ; — Doyen, l'auteur du beau tableau de la Peste des ardents, conservé dans l'éghse de Saint-Roch, à Paris ; — Fabre, de Montpellier; — le peintre paysagiste Pierre-Etienne Lesueur ; — M"'° Vigée- Lebrun, l'auteur

du portrait de Marie-Antoinette et de tant d'autres chefs-d'œuvre '.

Pas une seule des Académies ne devait être épargnée. J. Peyre, inspecteur des bâtiments du roi, était membre de l'Académie d'architecture. 11 fut arrêté. Sa femme ayant invoqué l'appui de David, celui-ci lui adressa la lettre suivante :

« Citoyenne, c'est au comité révolutionnaire qui a fait mettre votre mari en état d'arrestation à venir au Comité de sûreté générale de la Convention demander sa relaxation.

« P. S. Je profite de Voccasion pour vous prévenir qu'en général ceux qui ont tenu à des académies sont fort mauvais patriotes, et que si notre révolution éprouve des retards, c'est à eux principalement qu'il faut en attribuer la cause 2. »

Comme Peyre, Chalgrin, architecte du Roi et premier architecte de MONSIEUR, était membre de l'Académie d'architecture 3. H avait épousé la fille de Joseph Vernet. M'"'' Chalgrin, à peine âgée de trente ans, fut guillotinée le 24 juillet 1794. On lit dans les Mémoires d'un détenu, par Honoré Riouffe, qui fut son compagnon de

1. L'ancienne Académie royale de peinture ouvrait libéralement ses portes à tous les artistes notables, quels que fussent le genre de leurs talents, leur nationalité, leur âge, leur sexe même. Les femmes n'en étaient pas exclues. Le nombre des femmes qui, depuis Catherine Girardon jusqu'à M""*" Vigée-Lebrun, firent partie de l'Académie royale de peinture et de sculpture, s'élève à treize, dont cinq furent élues avant la fin du règne de Louis XIV et huit entre les années 1720 et 1783. (Delaborde, V Académie des beaux-arts, p. 11.)

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