Léon Aucoc, op. cil., p. cciv
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séances, pour s'occuper spécialement des objets qui leur ont été ou pourront leur être renvoyés par la Convention. Km conséquence, les scellés, si aucuns ont été rais sur les rc. gistres, papiers et autres objets appartenant à la ci-devant Académie, seront levés, et les attributions annuelles fait<!s aux savants qui la composaient leur seront payées comme parle passé et jusciu'à ce qu'il en ait été autrement ordonné.
Cette loi ne fut pas exécutée. Les membres de l'aiiciemie Académie ne crurent pas pouvoir accepter la situation qui leur était faite K
La République se berçait de l'espoir de supprimer la religion, comme elle avait supprimé les Académies, et elle comptait que la science la remplacerait ; c'est pourquoi elle mettait au premier rang la classe des sciences physiques et mathématiques. Venait immédiatement après, en deuxième ligne, la classe des sciences morales et politiques. Dans la pensée delà Convention, cette classe devait être la forteresse du sensualisme; et ce qui le marque bien, c'est que cette classe était divisée en six sections, et que la première de ces sections avait pour rubrique : Analyse des sensations cl des idées. Les disciples de Condillac y seraient en bonne place pour porter le coup suprême au christianisme expirant.
La Littéralure — c'est-à-dire ce qui avait été autrefois l'Académie française — était reléguée au dernier rang, dans la troisième classe.
De cette hiérarchie, d'après laquelle la poésie, l'histoire, les belles-lettres, humaniores litterœ, étaient subordonnées aux sciences morales, lesquelles étaient
1. M. J. Bertrand, dans son livre : V Académie des sciences et les académiciens de 1666 à d793, a reproduit la lettrt'. de Lavoisier, faisant connaître à la Convention (jue les circonstances ne permettaient pas de se servir de ce décret.
228 LEGENDES RÉVOLUTIONiNAIRES.
subordonnées elles-mêmes aux sciences physiques, rien n'a été conservé. En droit, l'égalité règne entre les diverses académies. En fait, de même qu'avant la Révolution la royauté assignait le premier rang à TAcadémie française, de même aujourd'hui, l'opinion continue de la classer la première, de la regarder comme Y Académie par excellence. Il est donc vrai de dire que de la classification, qui était la base même et le fondement du nouvel Institut, rien ne subsiste, absolument rien.
L'article ih du décret du 25 octobre 1795 déterminait ainsi la composition des trois classes : « L'Institut est composé de ill membres résidant à Paris et d'un égal nombre d'associés 7^épandus dans les différentes parties de la République i.... » Ainsi la Convention fixait à deux cent quatre-vingt-huit le nombre des membres de l'Institut, et elle répartissait dans des proportions identiques ces deux cent quatre-vingt-huit places entre les savants, les littérateurs, les artistes fixés à Paris et ceux qui habitaient la province : égahté numérique qui, certes, ne correspondait ni aux situations respectives des personnes, ni à l'importance relative des travaux accom^phs. Vouloir que l'Institut se composât, par moitiés égales, de membres habitant Paris et de membres habitant les départements, c'était abaisser forcément le niveau des conditions exigées et des mérites dont les candidats devaient avoir fait
1. Loi sur l'organisation de Vinslruclion publique^ titre IV : Instiiul national des sciences et des arts, art. 2.
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preuve. « Pour ne citer que cet exemple, dit M. Delaborde, dans la troisième classe, la section de musique et de déclamation se composait de six membres résidants et de six associés non résidants ; afin d'arriver à compléter le nombre de ceux-ci, il fallut bien se résigner aux choix les plus humbles et donner pour confrères à des maîtres universellement célèbres, tels que Méhul et Grétry, des musiciens à peu prè^ ignorés en dehors des localités où ils exerçaient leur art tant bien que mal i. »
L'Institut créé par la Convention était donc un Institut mi-parti parisien, mi-parti départemental — aussi éloigné de l'Institut actuel que Paris l'est de Carpentras ou de Quimper-Corentin.
Veut-on savoir quelle place était faite, dans ce premier Institut, à l'Académie française? Sur les huit seclions dont se composait la troisième classe on lui en avait réservé deux, celles de Grammaire et de Poésie. Chacune de ces deux sections devait élre composée de douze membres, dont six résidant à Paris el six résidant dans les départements. Vingt-quatre membres, donidouze obligatoirenient pris parmi les grammairiens et les poètes de chefs-lieux de district, voilà ce qui restait des Quarante! 11 est vrai que, pour rehausser leur prestige, la Convention leur donnait pour confrères des comédiens et des chanteurs, la déclamation étant mise sur la même ligne que la poésie. Comme les poètes do département, les comédiens de province avaient droit, eux aussi, à un certain nombre de places dans le nouvel Institut!
C'était au nom du principe de l'égalité que les auteurs du décret du 3 brumaire an IV avaient ouvert