LU INTRODUCTION
Les rapports des Jniik aTec lea pûens.
On sait qu'il y a dans le Thalmud des passages admirables de tolérance, mais on en trouve d'autres qui semblent indiquer une tendance hostile, et dont nos ennemis s'emparent pour nous attaquer. Les amis du judaïsme se défendent en passant sous silence ces passages et en s'appuyant sur les premiers, ou bien ils cherchent des circonstances atténuantes dans les persécutions assez fréquentes qui ont aigri le caractère de nos ancêtres. D'autres se défendent en disant qu'on ne doit tenir compte que des passages de tolérance et de charité envers les hommes de tous les cultes, passages conformes à l'esprit biblique et thalmudique, et non pas de paroles contraires dites il y a dix-huit siècles, dont le sens nous échappe, et dont nous ne connaissons pas l'occasion et les circonstances dans lesquelles on les a prononcées. Dans le Nouveau Testament aussi il y a des passages où des villes entières sont maudites [Mat.^ XL^iiy 23] et où Ton refuse aux païens les moyens nécessaires à la guérison de leurs enfants, voulant les réserver exclusivement pour les Juifs, que Jésus appelle les enfants de la maison, en considérant les païens comme des chiens [Matt. , XV, 26 ; Marc, VII, 27]. « Si ton frère a péché contre toi... regarde-le comme un païen. » [Matt., XVIII, 17.] Cependant les chrétiens disent avec raison : Nous laissons aux
RAPPORTS DBS JUIFS AVEC LES PAlENS. LUI
théologiens le soin d'interpréter ces paroles d'intolérance, et nous prenons pour modèles à si^vre d'autres passages pleins de charité. Les défenseurs du judaïsme disent la même chose du Thalmud : Nous ne connai»sons pas les circonstances dans lesquelles chaque parole a été prononcée, et nous ne prenons pour modèles à suivre que les sentences pleines de charité qui sont applicables à tous les hommes et dans toutes les occasions.
Quant à mot, je n'ai pas fait un choix de certains passages, je cherche à les expliquer tous sans en excepter aucun. On remarquera d'abord quelles étaient les opinions que les docteurs du Thalmud et leurs contemporains israélites se faisaient de leurs voisins païens, et qu^ étaient leurs rapports avec les non-Juifs. On verra ensuite quelles étaient les lois que le Thalmud a établies concernant les païens; enfin, on trouvera une nouvelle interprétation des passages qu'on accuse d'intolérance.
Voyons d'abord quelles étaient les dispositions d'esprit des Israélites envers leurs contemporains païens, et nous pourrons en même temps en tirer des conclusions sur celles des païens envers les Juifs. On lit dans une beraïtha : « Rabbi Akiba disait qu'il aimait les Mèdes à cause de leur manière de vivre polie et convenable. » On lit dans une autre beraïtha : « Rabban Gamaliel dit : « J'aime les Persans, car ils sont polis et convenables dans toutes leurs actions. » [V. plus bas, p. 2 et 3.] « Le chef de l'exil fit devant rab Schescheth l'éloge des Persans à cause des règles de convenance et de politesse qu'ils observaient pendant leurs repas. » [P. T.] On lit dans une beraïtha : « Quand on voit un savant païen, on doit dire : Béni soit le nom de Dieu^ qui a donné de la sagesse à ceux qu'il a créés. Quand on voit un souverain païen, on doit dire :
LiY nrrRODucnoN.
Béni Ëoit le nom de Dieu qni a donné de U majesté à oénx qu'il a créée. » [P. 9.} Rabbi Joudah fit Féloge des Rûmains [p. 27, note]. Rabbi Nathan dit qu'il est défendu de faire commettre à un païen un péché à son insu [p. 3&]« On draianda à rabbi EUeaer^ fils de Zadok : Pourquoi ke femmes convertieaau judtfratie sont^elies trèare<dterchéea, tandia que les eaclayea affiranehiea ne trouyent pas si facilement à se marier? Il a répondu qu'on veut bien épouser les premières^ parce qu'elles étaient chastes avant la conversion [V. laraité Horfoth, fol. 43, reeto]. Rab Joseph dit : ce Si un Juif achète un champ d'un pàfen, et si ee champ avait d'abord appartenu & un autre Juif, eelui-ei ne peut pas prétendre que le païen lui avait extorqué la vente du champ par violence ; car les paSeos de Babylone ont des tribunaux ^ et le Juif aurait pu porter plainte devant ces tribunaux contre le païen qui aurait voulu lui faire du tort. » [Y. plus bas, p. 389.] Les pieux docteurs du Thalmud aimaient à exalter les grandes vertus qu'ils avaient remarquées chez certains païens^ pour les présenter aux Juifs comme modèles à suivre, quoiqu'ils eussent pu trouver chez leurs coreligionnaires également des exemples illustres. C'est ainsi que la Ghemara rapporte de nombreux exemples de piété filiale attribués à rabbi Triphon, Abimé et autres. Cependant rab Oula aima mieux citer, comme exemple à suivre, la piété filiale du païen Dama, fils de Nethinah [p. 413 et 445}. Rabbi Johanan se levait devant des vieillards païens, en disant qu'il faut leur montrer du respect, car ils ont beaucoup souffert dans leur vie. Abayé leur donnait la main pour les appuyer [p. 415]. Rab Hisda saluait les passants païens avant qu'ils l'aient salué. Rab Khahana iftduait les païens en les appelant fMr^ un titre qu'on don-
RAPPORTS DBft JQIM AVBG LBS PAlENS. i;;^
nût aux ploft UlostreA savanU m Ittr^bBl ea les 8(bardaal [p. 393]. La mJgfJhïiah dit : Pourquoi Dioi^ n'artr-il créé qu'un seul homme qui devait peupler toute la terre? Pour que peraonna ue puisse dire à Vautre ; Je euie du sang noble et tu ne l'ea paa. » [V. traité Sjnhedrin^fol. 37» reeto.} L'auteur de la Sapienoe dit que Pieu aime lea psSeuft pour deux motifa, d'abord parce qu'il» sont eei eréaturee, et ensuite parée qu'ils sont des êtres faiUea et qu'il esttottt-pi|issai|t[Sepi«iuee, 1X^24^27].
Ainsi lee relations des Juiis avee )ee populationa ptfennes étaient des plus amioales [à l'exception deees» isdés mentionnés dans le Midruch Eikhah f t aillwM)^ Cela ne pouvait paa être autrement^ et on aundt pu l'ad^ mettre o priofi sans autre preuve historique, puisque :
a) D'abord les population» paUmnea et Irart ptétrMf n'avaient aucun goût pour la ecmversiw.
h) Ensuite les Juifs exerçaieni l'agrioulturç el lea autres professions que les pulens exerçaieni ^gi^menl. On sait que dans le temps moderne la haine mntre. les Juifs est surtout forte dans les pays où leur manière de vivre est différente de celle de leurs concitoyens, les premiers s' occupant principalement du commerce et les derniers surtout de l'agnculture. Il en aurait été exactement de même si les premiers s'occupaient de l'agriculture et les derniers du commerce. ]L(3U3 anqens Polonais punissaient le noble qui travaillait la tqrre ou celui qui faisait le commf it^ ; et ila avaient raison. Si les nobles avaient les mêmes occupations qu^ les paysans et les Juifs, il se serait vite fait un rapprochement tel des di'yersqat classes entre eîlesi que lii noblesse aurait perdu tous ses priyiléges, ^ qnp les paysans et k^ Juifs aéraient 4evenus citoyena jouiasan(